ACTE II, SCENE
BONNARD
Frère chéri, que j'aimais d'une tendresse toute paternelle, car Senneville, plus jeune que moi de dix années , était resté enfant sous ma seule surveillance ; je l'avais élevé , marié suivant ses désirs, et je revenais avec l'espoir d'apporter l'opulence dans sa maison, et de vieillir près de lui et de ses enfants j'arrive, et je n'ai
plus de frère ! un duel me l'a enlevé , et un mariage m'enlève sa fille unique... Pendant que je prenais des informations sur sa mort, dont j'ignore encore et l'auteur et la cause, j'apprends par M. Forster que vous venez de marier à je ne sais quel comte une jeune personne nommée Marguerite de Senneville... Plus de doute, c'est ma nièce... Je monte en voiture avec Forster , et je viens vous demander quel est ce comte... ce mauvais sujet, sans doute?
LA CHANOINESSE
Monsieur !
BONNARD
Voilà pourquoi j'ai voulu vous voir, vous parler à vous-même, Madame ; à vous qui avez disposé, m'a-t-on dit, du sort de Marguerite de Senneville.
la chanoinesse, se levant.
Monsieur , je ne sais rien des parents de Marguerite , car moi aussi j'ai longtemps voyagé hors de France ; quant à elle, mon neveu le comte Albert de Saint-Méry. .
bonnard , l'interrompant.
Le comte de Saint-Méry ? mais je me souviens de ce nom , et
jadis... il y a vingt ans...
Vous avez connu mon frère, peut-être ? Hermann de Saint-Méry?... le père d'Albert ?
BONNARD
Oui !... Hermann!... c'est bien cela !... je l'ai vu avec Senneville à l'époque du mariage... et j'en suis fâché pour vous, comme pour son fils, mais c'était bien le plus mauvais sujet !
LA CHANOINESSE
Monsieur î
BONNARD
Et si son fils lui ressemble? Mais où voulez-vous donc en
venir ?
LA CHANOINESSE
Je voulais dire, Monsieur, qu'il me pria de demander en mariage pour lui une jeune personne...
BONNARD
Ciel ! ma nièce peut-être ?... Et vous y avez consenti?
190 MARGUERITE
LA CHANOINESSE
Moi , Monsieur , je ne manquerais pour rien au monde une occasion de marier une demoiselle , ce serait contre mes principes !.... Marguerite de Senne ville est la femme de mon neveu.
BONNARD
Je me doutais qu'il était arrivé malheur à cette pauvre enfant !... c'est de famille !
Aucune vue intéressée n'a pu déterminer Albert ; Marguerite est sans fortune.
BONNARD
Cela n'est pas possible !
LA CHANOINESSE
C'est certain !... et son bonheur...
BONNARD
S'il est aussi certain que sa pauvreté ?...
LA CHANOINESSE
Avec vos préventions !...
BONNARD
Prouvez-moi que j'ai tort.
LA CHANOINESSE
Je l'espère bien !
BONNARD
Et moi je ne demande pas mieux.
LA CHANOINESSE
Si vous vouliez seulement...
BONNARD
Quoi donc ?
LA CHANOINESSE
Rester ici, dans ce château, pendant quelques jours.
Moi?... au milieu de tous vos gens titrés?... et quand les rensei gnements que je cherche m'attendraient à Paris?
LA CHANOINESSE
Je vous en donnerai de meilleurs.
un domestique , entrant par la porte de droite. Je viens dire à madame que sa nièce , madame la comtesse de Saint-Méry, qui rentre de la promenade, désirerait lui parler. bonnard , faisant un mouvement.
Elle est ici !...
la chanoinesse , le retenant.
Restez !. . (Au domestique.) Je me rends près d'elle. (Le domestique sort.) Monsieur Bonnard, pas de trouble !... pas de scène !.... soyez calme !... oui, c'est votre nièce!... moi je voulais que vous la