ACTE III, SCENE IV
cette figure, cette bonté?... Mais comment cela peut-il se faire?... je ne sais plus vraiment ce que je dois penser»
ALBERT
Une erreur, où je ne suis pour rien , vous a fait prendre un de mes amis pour moi, et au moment de vous détromper, je vous ai vu tellement irrité contre le nom que je porte, que j'ai voulu attendre un instant plus favorable pour m'expliquer... mais devant une accusation comme la vôtre, je n'ai pas pu me taire plus longtemps... Oui, je le répète, c'est moi qui suis l'époux de Marguerite.
BONNARD
0 mon Dieu !
albert, avec une profonde douleur.
Ce ne fut qu'après avoir uni son sort au mien que j'appris ce duel... (Bonnard fait un geste de doute. ) Oui, Monsieur, ce duel... si funeste... où mon père fut le plus malheureux peut-être. bonnard, à lui-même, un peu sur le devant. Sa profonde douleur m'embarrasse, et je n'ose plus soutenir... ce dont je suis bien certain pourtant !
( Il indique les papiers qu'il tient. )
ALBERT
Et maintenant, Monsieur, je ne m'opposerai pas à votre volonté !..• Vous pourrez... emmener votre nièce quand vous le voudrez!... avant même que vous fussiez arrivé, j'avais déjà pensé à une séparation... nécessaire... c'était mon projet! bonnard, étonné.
Ah!
ALBERT
Il est inutile, Monsieur, de revenir sur un passé cruel... (Avec émotion. ) Marguerite sera libre, son sort à elle peut encore être heureux... je l'espère !
bonnard, très-étonné.
Mais Marguerite ne serait plus qu'un enfant dépouillé de son héritage... une femme repoussée par son mari, et votre fortune... albert, l'interrompant.
Arrêtez, Monsieur!... votre volonté était d'abord d'emmener à l'instant votre nièce, et vous savez que mon devoir est d'y consentir... Quant à ma fortune, à moi, elle s'élève juste à la somme dont vous dites que votre frère fut dépouillé...
BONNARD
Dans ces lettres, où s'en trouve une de sa femme, qui m'a déchiré le cœur... les preuves existent, Monsieur, que Senneville était bien porteur de cette somme, et ces preuves pourront servir devant les juges.
226 MARGUERITE
ALBERT
Servir à quoi , Monsieur? à déshonorer la mémoire de mon père et le nom que je porte ?... Ah! vous ne me connaissez pas, si vous croyez que je laisserai traîner devant les tribunaux, pour le discuter publiquement, un honneur dont je n'ai jamais permis à personne de douter !... j'aime mieux la pauvreté qu'un pareil éclat! .. d'ailleurs, qu'ai-je besoin de fortune à présent? en m'éloignant, Monsieur, j'ordonnerai que tout ce que je possède au monde soit remis entre vos mains pour le donner à votre nièce... Maintenant, excusez-moi, Monsieur, je me retire!... supporter plus longtemps un pareil entretien est au-dessus de mes forces.
( Il sort par la porte à gauche du public. )