‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 192 sur 350 · LA FILLE DE L'AVOCAT · texte numérisé non relu

LA FILLE DE L'AVOCAT

Comédie en deux actes et en prose, représentée, pour la première fois, sur le théâtre du Gymnase dramatique, le 26 novembre 1859.

Lettre à un ami absent, sur les théâtres de Paris.

En vous adressant ce petit ouvrage, je veux vous dire comment et pourquoi j'ai cherché de nouveaux interprètes pour cette nouvelle comédie, quoique le public ait traité avec beaucoup d'indulgence les ouvrages que j'ai fait représenter au Théâtre-Français, et qu'il soit venu les y chercher. Cela vous apprendra quelque chose sur la direction de nos théâtres de Paris, dont les étrangers connaissent seulement les résultats, sans se douter que ces résultats seraient probablement différents, si les écrivains dramatiques étaient toujours laissés à leurs inspirations naturelles.

Tous les théâtres de l'Europe représentent habituellement des traductions de pièces françaises, et il est rare qu'une pièce étrangère soit traduite ou imitée pour un théâtre de Paris : ce qui prouve au moins la fécondité prodigieuse de la France dans ce genre d'ouvrages! C'est un avantage qu'aucun pays ne peut de notre temps lui contester.

En effet, si jadis les grands écrivains dramatiques de tous les pays ont analysé le cœur humain avec la puissance du génie; s'ils ont peint les passions avec l'énergie du talent, et tracé les caractères avec l'habileté de l'expérience, les écrivains de notre époque ont exploité les mille petites circonstances de la vie intérieure et les combinaisons nombreuses où les caractères et les passions se montrent, se heurtent et se développent chaque jour ; et ils les ont traitées avec un talent, une adresse et un bonheur qu'aucune autre époque n'avait atteints. Mais si ce talent s'est souvent restreint dans les bornes étroites de petites comédies courtes et légères, c'est peut-être parce que les pièces sont faites avant tout pour être jouées, et qu'il y a ici plusieurs excellents théâtres pour représenter des ouvrages de petites dimensions, tandis que les grands ouvrages littéraires n'ont pas de moyens de paraître au grand jour de la représentation.

Le Théâtre-Français a un immense répertoire composé de tous les chefs-d'œuvre dramatiques de plusieurs siècles ; leur représentation occupe la moitié des jours de l'année. Il y a ensuite, dans une direction dont les intérêts ne sont pas liés à ceux du théâtre qu'elle dirige, des protégés qui prennent la plus grande partie des autres jours. Il reste donc si peu de place pour les écrivains qui apportent là des succès sans protection, que souvent leurs ouvrages disparaissent de l'affiche et du réper-

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