‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 203 sur 350 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

MADAME DUBAND.

Sûrement!... courant après tous de tous côtés.

CLÉMENCE

Chère bonne amie !...

MADAME DURAND

Que de tourments depuis votre départ!..

CLÉMENCE

Mais que vous avez bien fait de venir!...

HEUMANN

Vous resterez ici avec nous. . .

madame durand, étonnée.

Avec vous ?

clémence, toute joyeuse, entourant de ses bras madame Durand, qui s'est assise. Hermann fait de même de Vautre côté.

Nous vous aimerons bien vous resterez ici heureuse et

tranquille !

madame durand, avec gaieté et bonhomie.

Tranquille !... heureuse !... j'aurais pu l'être, sans mari, sans enfants , sans soucis. Mais n'ai-je pas eu du malheur !... je me charge d'élever Maria, votre pauvre mère. (Avec tristesse.) Hélas ! ... ensuite je ne peux quitter son enfant, que ses dernières paroles m'avaient recommandée, et j'ai le chagrin de vous voir triste et mécontente chez votre grand'mère : cela me serrait le cœur !

CLÉMENCE

Votre bonne gaieté m'a souvent consolée!

MADAME DURAND

Moi, j'aime à rire, à plaisanter : nous autres pauvres gens , qui vivons au jour le jour, nous avons besoin de joie pour soutenir notre courage... mais une enfant élevée comme vous, ça n'a pas de force contre les contrariétés. J'obtiens qu'on vous laissera courir sur la montagne de Châteanneuf; c'était un endroit désert! Mais bah! dès qu'il y a une jeune fille quelque part, il y a tout de suite un jeune homme qui se trouve là.

clémence, d'un ton suppliant.

Oh ! ma bonne amie...

MADAME DURAND

J'entends; vous craigniez les reproches... mais je suis si contente de vous retrouver, que je ne veux pas vous affliger !

CLÉMENCE

Vous êtes si bonne, que vous pardonnerez et que vous nous donnerez des conseils ; car je veux aller trouver mon père et lui présenter mon mari.

madame durand, tout effarée, se levant vivement.

Votre mari !

CLÉMENCE

Sans doute.

MADAME DURAND

Vous avez pris un mari ?

clémence, d'un ton caressant.

Chère petite madame Durand !

MADAME DURAND

Oui!... vous voulez me dire que moi j'en ai bien pris deux jadis... ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux, et pourtant c'était avec le consentement de ma famille.

CLÉMENCE

On nous l'eût refusé à nous... alors nous sommes allés en Angleterre, parce qu'on peut s'y marier sans avoir besoin de personne.

MADAME DURAND

Un enlèvement... un mariage secret!... Bon Dieu!

clémence, gaiement.

N'est-ce pas comme dans les romans que vous lisez à ma grand'mère ?

MADAME DURAND

Les vieux romans, les romans passés de mode... Est-ce que dans les nouveaux il peut être question de mariage?... On n'y fait plus la cour qu'aux femmes mariées.

CLÉMENCE

Il n'y aura jamais que mon mari qui me fera la cour... Si vous saviez quel bon ménage est le nôtre, depuis quinze jours que je suis sa femme !

madame durand, avec un gros soupir.

Sa femme !... elle est mariée !... et son père, qui est à mille lieues de cette nouvelle !

CLÉMENCE

Mon père !... Se souvient-il seulement qu'il a une fdle?

MADAME DURAND

Lui?... Mais il n'y a rien sur la terre qui lui siit aussi cher que son enfant !

clémence , lui prenant la main.

Oh ! dites donc cela bien vite, et prouvez-le-moi, s'il est possible.

MADAME DURAND

Il faudrait pouvoir vous dire tout ce que voire père souffrit quand, au bout d'un an de mariage, notre chère Maria mourut en vous donnant la vie, et qu'il fallut vous laisser à sa pauvre mère, qui , sans cela, serait morte de son désespoir. Il devait vous reprendre avec lui dès que vous auriez atteint votre dix-septième année ; mais quand ce moment approcha, quand il ne resta plus que six mois du temps que vous deviez passer près de votre grand'-

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