LE BARON , HERMANN
HERMANN
Mon père !...
LE BARON
Ah ! vous voilà, Monsieur ?
Je vais... je voudrais...
LE BARON
Quel air effrayé ! (A part.) Parlons-lui doucement. (Haut,) Eh bien! Hermann...
hermann, avec défiance.
Mon père!
LE BARON
Mais qu'as-tu donc ?
hermann, étonné, à part, Quel ton doux et bon !
LE BARON
Est-ce que tu aurais peur?... C'est bon pour un enfant, mais un homme...
hermann, s' approchant un peu»
La crainte de vous avoir déplu... est la seule qui puisse approcher de mon âme...
LE BARON
A la bonne heure... car, Dieu merci, tues un homme maintenant... et tu t'es joliment émancipé sans ma participation... maïs, un peu plus tôt,., un peu plus tard.., ce devait linir par là... Il faut
230 CLEMENCE
que jeunesse se passe , et je me souviens encore d'avoir eu vingt ans.
hermann, tout charmé.
Mon père!...
le baron, approchant un siège et s' asseyant.
Écoute, Hermann : il faut que nous ayons une petite explication... Je vais te parler en ami... Si je t'ai élevé rudement, sans admettre cette confiance que je t'accorde aujourd'hui... c'est un principe de famille, vois-tu... Les enfants ont toujours été forcés à une obéissance passive chez les barons de Châteauneuf, et je ne suis pas de ceux qui renient les idées de leurs pères. J'ai gardé intactes leurs croyances et leurs habitudes... et tu feras comme moi... J'obéissais dans ma jeunesse... c'est à toi d'obéir à présent... plus tard, tes fds te rendront cela... et chacun ayant son tour, personne n'a le droit de se plaindre.
HERMANN
Mon père, l'honneur de votre famille sera transmis intact à mes fils... soyez-en sûr...
LE BARON
Je n'en doute pas... Ton éducation a été celle d'un bon gentilhomme... tu ne sais pas grand' chose... mais tu manies l'épée de manière à apprendre à vivre au premier qui se permettrait de trouver que tu n'en sais pas assez... car personne ne doit jamais avoir le droit de se dire plus brave, plus généreux et plus noble de cœur qu'un baron de Châteauneuf. Avec ces idées-là... qui en valent bien d'autres, tu n'as pas besoin de toutes celles qu'on met à présent dans la tête des hommes de ton âge. Comme moi, tu mèneras douce et joyeuse vie... tu chasseras sur tes terres, (riant.) et aussi un peu, à ce qu'il paraît, sur les terres des autres... puis , tu feras magnifiquement les honneurs de ton château à tes nobles voisins... (avec malice) et aussi à tes jolies voisines... c'est une bonne vie , mon enfant... la vanité, la gloire et l'ambition qui vous entraînent dans les villes , font mille victimes pour un heureux. Les simples plaisirs sont universels au contraire... chacun en peut avoir sa part, car du soleil, de l'amour et de la joie, le ciel en a créé pour tout le monde. (Souriant.) Et j'en ai eu ma part!
hermann, étonné et content.
Quoi ! vous, mon père!...
le baron, avec une espèce d'orgueil et de fatuité.
Les jeunes gens croient vraiment que leurs pères sont venus au monde à soixante ans... On a été jeune... et l'on n'est peut-être pas seul à se le rappeler... Mais on s'est toujours conduit en brave et loyal gentilhomme... Vois*tu, ce n'est plus ici un père qui gronde