ACTE I, SCENE \ï
un enfant, c'est un ami qui veut éclairer un jeune homme... il ne faut jamais compromettre ni son avenir, ni celui de la femme qui se fie à vous... il y a dans une pareille folie du malheur et des regrets pour tous deux!... Oui, mon ami... dès ta première aventure tuas été trop loin, et cependant, comme la morale après les sottises ne sert à rien , je t'en fais grâce , pour aviser ensemble au moyen de les réparer.
hermann, avec confiance et tendresse.
Que vous êtes bon, mon père !
le baron, d'un air confidentiel.
Est-elle jolie, la petite ?
hermann, avec confiance.
Charmante!...
le baron, à part, V examinant.
C'est qu'il n'est pas mal non plus... tout mon portrait.
hermann, à part, avec joie.
Quelle bonté !... je ne m'y attendais guère.
le baron, haut et gaiement.
Est-ce que tu es encore amoureux ?
hermann, étonné.
Comment ?
LE BARON
Écoute donc, il y a plus d'un mois.
HERMANN, étonné.
Mon père !
LE BARON
Il est vrai que tues si jeune...
Je n'aimerai jamais que Clémence.
le baron, riant.
Ah! je me souviens... c'est toujours comme cela qu'on dit la première fois.
HERMANN
Je vivrai pour elle seule.
LE BARON
Oui dà!... Mais tu te trompes, si tu crois que j'ai fait le voyage de Paris pour entendre cela.
HERMANN
Et que voulez-vous donc que je vous dise, mon père ? c'est la vérité.
[le baron.
Au reste, je ne te blâmerai pas de garder de bons sentiments
ûîi2 CLEMENCE.
pour cette jeune fille, et je te conseillerai même de faire quelque
chose pour elle quand tu te marieras
HERMANN, étonné.
Comment ?
LE BARON
Oui, Tannée prochaine, à l'époque de ton mariage avec mademoiselle de Morainville.
HERMANN, étOTiné.
Que dites-vous donc, mon père ? mademoiselle de Morainville... mon mariage!... mais je suis...
le baron, souriant.
Marié ?
HERMANN
En Angleterre !... Vous l'ignoriez ?
le baron, riant.
C'est une plaisanterie.
HERMANN
Rien n'est plus sérieux, mon père.
le baron, moqueur, mais avec bonté.
Vous êtes un enfant, Hermann.
HERMANN
Votre cruelle sévérité m'a imposé , il est vrai , près de vous la timidité d'un enfant.., mais la confiance de Clémence m'a donné près d'elle la raison d'un homme... je suis resté noble et loyal... je n'ai pas fait ma maîtresse de la fille innocente qui s'était fiée à mon honneur, et Clémence est ma femme.
LE BARON
Clémence?... ce nom n'est pas celui...
hermann, embarrassé.
Camille, Clémence... ces deux noms sont les siens... Oui, je le répète, Clémence est ma femme.
le baron, se moquant et haussant les épaules. Votre femme !.. . Je n'ignorais pas que vous le lui aviez fait croire, et c'est cela que je blâmais... Je la supposais votre dupe, je me trompais, à ce qu'il paraît, et c'est vous qui êtes la sienne.
HERMANN , choqué.
Mon père !...
Mademoiselle Camille, ou Clémence Rinval, car tous ces nomslà... petite bourgeoise sans fortune, trouverait très-bon sans doute d'être la femme du riche et unique héritier d'une grande famille , le premier parti de la province... c'est une bonne affaire !... excellente pour elle... il n'y a qu'une petite difficulté... c'est que c'est impossible... voilà tout.
Impossible?...
Sans doute.
Mais mon mariage ?.
Est nul.
Cela n'est pas.
Il sera déclaré tel.