ACTE I, SCENE VI. m
HERMANN
LE BARON
HERMANN
LE BARON
HERMANN
LE BARON
HERMANN, troublé.
Cela ne peut être.
le baron, d'un ton très-dur et très-sévère. Avez-vous donc perdu complètement rhabitude de l'obéissance et le souvenir de vos devoirs ?
hermann, craintif et étonné.
Vous paraissiez si indulgent tout à l'heure !
le baron, avec bonhomie.
Oui, indulgent pour une sottise sans conséquence, mais non pour un tort qui vous perdrait.
hermann, craintif.
Vous vous laisserez fléchir, mon père.
le baron, avec bonhomie.
Allons donc, c'est une folie, une niaiserie. Écoute, Hermann. Tu connais mademoiselle de Morainville, une belle personne ; je te la destine.
HERMANN
Vous ne m'en aviez jamais parlé.
LE BARON
A quoi bon ? c'était arrangé avec les parents, cela suffit !... une superbe fortune, une bonne famille... on vous l'aurait dit à tous deux au moment de conclure!... Qui diable refuserait à ton âge d'épouser la plus jolie fille de la province ? et quelle est la demoiselle bien élevée qui refuserait un baron de Châteauneuf ? (Avec orgueil.) Nous ne sommes pas de ceux qu'on refuse!... Pourtant, il ne faut pas que ton escapade fasse trop de bruit là-bas... ce serait d'un mauvais effet.
hermann
Mais, mon père... jamais...
LE BARON
Pas de ces grands mots-là... Hermann, ce ne sera pas la sévérité, mais la tendresse de ton père, qui te sauvera... (Il lui tend la
m CLEMENCE.
main.) Mon enfant, je t'aime! lu es mon unique bonheur !.....
hermann, prenant la main de son père avec trouble, et lui disant avec effusion.
Mon Dieu!... cette bonté, cette affection qui m'étaient inconnues, me sont si chères, si précieuses !... Ah! pourquoi pas autrefois?... J'aurais eu confiance en vous... voyez... à ces mots de tendresse, les premiers que vous m'adressez... mes yeux se remplissent de larmes... comment donc n'aurais-je pas été touché quand la douce voix d'une femme est venue charmer ma solitude ?... et maintenant, irais-je abandonner celle qui m'a consolé?... ne l'exigez pas , mon père... laissez-moi vous prier... .
LE BARON
C'est à toi, Hermann, de laisser à mes soins et à mon expérience à décider de ton avenir. Si je t'abandonnais au sort que tu veux te faire, toi qui n'as pas vingt ans, qui ne possèdes rien et ne sais rien faire... tu verrais avant peu la misère qui flétrit tout, le dégoût qui suit les passions, le mépris qui s'attache aux folies, l'abandon de ta famille, se réunir pour te composer une situation dont tu rougirais bientôt toir-même, et qui ferait en même temps deux victimes.
HERMANN
Vous ne m'abandonneriez pas, mon père !
LE BARON
Je t'épargnerai les regrets, et je te préparerai une riche et honorable existence. Nous voyagerons d'abord quelque temps ensemble. Tout est prêt ; dès que les tribunaux vont avoir prononcé... (il tire un papier imprimé) et d'après ceci leur arrêt ne peut être douteux...
hermann , troublé.
Quel est ce papier ?
LE BARON
Écrit par un des premiers avocats de Paris.
hermann , inquiet.
Il renferme?...
LE BARON
Tout ce que la raison, les faits et les lois peuvent offrir contre les mariages comme le vôtre ; c'est une consultation pour les juges, et qui doit éclairer leur conscience.
hermann , très-vivement.
Mon Dieu ! c'était donc là ce que je devais craindre et ce que l'on me cachait!... une séparation ! mais c'est une épreuve !... vous voulez me punir d'avoir manqué de confiance... Ah ! si vous saviez combien votre colère m'avait effrayé quand, il y a un mois, j'allais vous avouer que j'aimais!... que mon bonheur dépendait de cet