SCÈNE IV
Madame DURAND , CLÉMENCE.
MADAME DURAND
Vous avais-je trompée ?... N'est-ce pas un bon père que le vôtre ?
CLÉMENCE
Cette parfaite bonté m'embarrasse plus que n'eût fait un accueil sévère. Et maintenant je tremble de lui déplaire. Ma bonne amie, vous m'aiderez dans l'aveu qu'il faut faire à mon père... tout à l'heure il m'eût été impossible, et cependant il ne faut pas tarder... Si vous saviez...
MADAME DURAND
Quoi donc ?
CLÉMENCE
Aujourd'hui-même...
MADAME DURAND
Tout doit lui être confié... c'est mon avis aussi.
clémence , à part, à elle-même, avec un soupir. Elle ignore mon plus grand sujet d'inquiétude.
MADAME DURAND
Que dira-t-il ?
clémence , soupirant.
Il ne se doute guère que je suis mariée.
MADAME DURAND
Mariée !... ce mot-là me fait frissonner !
Les choses maintenant m'apparaissent sous un aspect nouveau... un sentiment de respect pour mon père, de défiance de moi-même, de regret du passé, de crainte pour l'avenir...
MADAME DURAND
Pourquoi donc ce découragement?... Eh bien! après tout... un superbe mariage, un jeune homme qui aura quatre-vingt mille livres de rentes et un château magnifique.
CLÉMENCE
Je n'ai jamais pensé à cela.
MADAME DURAND
Vraiment?
CLÉMENCE
Oh ! jamais.
MADAME DURAND
C'est pourtant très-agréable d'y penser... L'amour s'en va parfois, et les châteaux restent !