ACTE I, SCENE XIII
MARIE
Et si, malgré sa tendresse pour son père, il était impossible à la fille d'accepter?...
FORESTIER
Rien n'est impossible, puisqu'elle est libre!
MARIE
Mais...
Eh bien?...
MARIE
Libre... oui... mais si son cœur...
FORESTIER
S'était déjà donné?...
MARIE
Vous-même... vous refuseriez, n'est-ce pas?
FORESTIER
Cela dépend.
MARIE
Si elle vous disait : Avant le malheur qui vient de nous frapper... un projet de mariage...
FORESTIER
Que de projets de ce genre ne voyons-nous pas manquer chaque jour !
MARIE
Un jeune homme...
FORESTIER
Sans fortune, je le parie?...
MARIE
Sans fortune !
FORESTIER
Qui ne peut donc sauver son père !
Mais qu'elle aimait, monsieur... cet aveu..
FORESTIER
Eh bien, cet aveu...
MARIE
Ne doit-il pas prouver...
FORESTIER
Qu'elle est incapable de tromper.
MARIE
Qu'elle ne peut être à un autre...
FORESTIER
Oh!...
MARIE
MARIE
Sans mourir de chagrin.
FORESTIER
On ne meurt pas de chagrin dans un élégant hôtel, avec une loge aux Italiens et des bals.
MARIE
Monsieur!..
forestier , à part.
Il y a des idées romanesques dans cette jolie tête-là, parce qu'elle ne sait pas toute la vérité : quelle qu'elle soit, il faut qu'elle la connaisse. [Haut,) M. de Sivry s'est trompé dans ses spéculations.
MARIE
Je le sais.
FORESTIER
Il est ruiné.
MARIE
Avec sa retraite, nous vivrons dans un village.
FORESTIER
Lui !... il ne vivra pas... il ne pourra pas y vivre.
MARIE
Dès sa jeunesse, il fut accoutumé aux privations.
FORESTIER
Il en est une à laquelle il ne pourra pas, il ne voudra pas s'habituer.
MARIE
Qu'entends-je ?
FORESTIER
Vous dites que vous avez vu pleurer votre père ? Croyez-vous donc que ces larmes coulaient pour sa fortune ?
MARIE
Pour sa fille, sans doute ?
FORESTIER
Pour un bien.,, plus cher peut-être pour lui que son enfant
Lequel ?
FORESTIER
L'honneur !
MARIE
L'honneur ?
FORESTIER
M. de Sivry ne perd pas seulement ce qu'il possédait , mais encore ce que la confiance des autres avait placé dans ses mains.
MARIE
Il ne me l'a point dit.