ACTE I, SCENE XIIL
FORESTIER
C'est tout simple ! il craignait de vous affliger !... mais je le sais, moi ! des gens qui croyaient en son honneur, et qui avaient raison d'y croire, lui ont remis leurs intérêts, leur fortune ; ils perdront tout !... Bon nombre de fripons dans ce monde spéculent sur la crédulité : comment ne pas confondre avec eux l'homme qui vous enlève ce que votre bonne foi lui avait confié ?
MARIE
Oh ! Monsieur !
FORESTIER
Qui saura distinguer au juste l'intrigant qui vous vole votre argent, de l'honnête homme malheureux qui vous le fait perdre ? Le monde ne se donne pas la peine d'y regarder de si près, et tous deux sont également déshonorés.
0 ciel ! c'était cela î
FORESTIER
Comprenez-vous maintenant ?
MARIE
Ah! je comprends tout !... cette larme brûlante dans des yeux qui n'en avaient jamais versé... ce morne désespoir!... Et vous pourriez le sauver, Monsieur ?
FORESTIER
Je l'espère.
MARiE.
Vous le pouvez?... Ah ! vous le voudrez, n'est-ce pas?... vous le sauverez !... vous rendrez au bonheur le meilleur des hommes, et toute une famille qui bénira votre nom !
FORESTIER
Je ne demande pas mieux ! cette famille devenant la mienne , ce sera mon devoir.
MARIE
Mais vous voyez bien que c'est impossible, puisque mon père ne l'a pas ordonné.
FORESTIER
Il a manqué de courage devant les larmes de sa fille.
MARIE
Il m'aime donc bien? car le courage, il n'en manquait pas autrefois, quand il fallait risquer sa vie.
Oh ! certes, il ne manquerait pas encore de celui-là.
MARIE
Sa vie?... Il disait , ce matin : Je l'ai exposée vingt ans pour la
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gloire ; mais l'honneur m'est plus cher encore î... Ah !... mon bonheur, s'il le payait d'un tel prix ?... Oh ! mon Dieu !
FORESTIER, Cl part.
Que dit-elle ? Après tout ! j'ai voulu la forcer d'être heureuse et riche, mais si elle ne veut pas...
MARIE
Monsieur, n'a-t-on point parlé quelquefois de gens à qui le dérangement de leurs affaires donnait l'idée de s'ôter la vie ?
FORESTIER
Hélas ! trop souvent.
(Un domestique entre.)
MARIE
Que voulez-vous ?
LE DOMESTIQUE
Monsieur demande tousses papiers, et...
( Il approche du secrétaire, et va pour prendre la boîte d'acajou. marie, avec terreur.
Et cette boîte ?
LE DOMESTIQUE
Il m'a bien expliqué que c'était cela qu'il voulait.
(Marie a posé la main sur la boîte.) marie, à part.
Je devine tout ! mon père ! il voit le déshonneur pour lui ou le désespoir pour sa tille...
forestier, à part, de Vautre côté du théâtre. Oh ! oui ! insister davantage ne serait pas bien... pas délicat peutêtre.
marie, à elle-même.
Oh! son adieu!... mais c'était un dernier adieu!... il veut mourir, et j'hésiterais?... Non !... oh ! je n'hésite pas !... ma mère, tu le vois, je n'hésite pas !... Joseph, allez...
LE domestique.
Mais monsieur la demande.
MARIE
Non; laissez!... c'est moi qui la lui porterai. Joseph, allez, et dites-le-lui! {Joseph s'éloigne.) Dites-lui aussi... [Joseph s'arrête: elle a l'air de prendre une résolution.) Dites-lui que je le prie de recevoir M. Forestier, qui va lui parler. . . à l'instant.
(Marie fait un geste au domestique qui sort.) forestier, étonné.
Moi?
marie, à Forestier.
Allez trouver mon père, Monsieur !