‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 259 sur 350 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les mêmes, FRÉDÉRIC PICARDIN, puis le prince BEN AT I.

PICARDIN.

Me voilà !... chargé de tous les soins matériels, je m'en suis acquitté de mon mieux : voyez !... pendant que vous rêvez à la gloire, à la poésie, à la peinture, moi, je pense au solide ! pâtés, vins, fruits... et tout cela par les ordres de mademoiselle Méloé !... seulement, j'ai placé mon bouquet au milieu.

(Il indique une corbeille de fruits qui est au milieu de la table.) MÉLOÉ.

Merci, monsieur Frédéric.

PICARDIN.

Trop heureux de vous être agréable !... et à M. Georges !... Je sais ce que je dois à un pareil ami !... (A Méloé.) Tous le savez aussi... mais ces dames le savent- elles ?... Et si l'on se demande : Qu'est-ce que c'est que Picardin?... eh bien! avant qu'il connût Georges, rien!... Un pauvre copiste, vivant, ou plutôt végétant avec sa belle écriture... rien enfin!... et tout à coup il est initié à des idées superbes, gigantesques !... oui, au lieu d'arriver péniblement à force de travail et de protection à quelque place dans les bureaux... peut-être au bout de vingt ans, cinq ou six mille francs d'appointements, j'arrange avec Georges... les affaires de l'Europe entière ! Au lieu de me tourmenter pour solder le mémoire de mon tailleur, je trouve avec lui des moyens pour payer les dettes des états !... aussi quel avenir nous avons devant nous !

MÉLOÉ

Sans doute!... (Elle se retourne et voit une petite statue de marbre portée par un domestique.) Mais qu'est-ce que cela? une délicieuse Muse !

le prince , entrant.

C'est mon bouquet !... il arrive d'Italie. (A part, apercevant Màthilde.) Màthilde ici !

L'Italie !... ce beau pays, que j'espère bien visiter un jour.

LE PRINCE

Vous y seriez adorée !... les arts et la beauté y régnent toujours.

MÉLOÉ

On sait y être heureux... et c'est bien quelque chose.

304 GEORGES

GEORGES

Pas assez !

le prince, souriant.

Oh ! voilà notre ami qui me rappelle à la raison ! cela sera peutêtre encore nécessaire plus d'une fois... Quand j'arrivai en France, l'année dernière, je n'avais qu'une idée... m'amuser!... J'aimais mon pays... mais c'était son beau ciel... ses arts enchanteurs .. ses femmes ravissantes!... Et je cherchais en France ce qui pouvait leur être comparé!... (Regardant Mathilde.) Que n'oublierait-on pas près de la beauté... (regardant Georges) si un ami, sage pour deux, ne vous rappelait à la gloire, cette autre beauté plus sévère, (souriant) mais dont les faveurs servent souvent à en faire obtenir d'autres... plus douces ?

GEORGES

Tâchons donc de les mériter.

picardin , qui examine la statuette.

Mais c'est une statuette de Canova !... rien que cela I

MÉLOÉ

Oh ! c'est d'une valeur !... un vrai chef-d'œuvre de l'art !

C'est un fruit de son pays que vous offre le prince !... c'est comme moi qui suis Normand. . voyez... des pommes superbes ! méloé , posant la statuette sur la table à droite du spectateur.

Elle présidera au déjeuner.

MATHILDE

Et nous n'avons rien à foffrir !

LAURENCE

C'est impardonnable à moi d'avoir oublié ta fête !

méloé , embrassant Mathilde.

Voilà ton présent ! (elle embrasse Laurence) et le tien !

picardin , avançant la table avec Jules. Que de gens voudraient en offrir de pareils !

MÉLOÉ

Puissions-nous être ensemble ainsi toute notre vie ! (Ils se rangent tous devant la table, et se tiennent debout : pendant ce temps, deux domestiques placent les chaises.) Oui, promettons-nous aujourd'hui amitié, appui et dévouement pour toujours.

TOUS

Toujours amis ! pour toujours !

(On va s'asseoir à table dans l'ordre suivant : Jules, Mathilde, le prince, Méloé, Georges, Laurence.)

jules , à Georges.

Et votre bouquet?

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