ACTE I, SCENE V. r
jules, à part.
Je serais pourtant bien aise d'y aller aussi.
GEORGES
Voilà notre naïve et jolie Mathilde !... condamnée à un travail
ingrat pauvre enfant! cela changera, grâce à nos idées
nouvelles.
jules, à part.
Oui, dans le bon temps... quand personne ne travaillera plus.
GEORGES
Mais nous devions célébrer votre fête, aujourd'hui, Méloé... et je venais...
MATHILDE et LAURENCE.
Ta fête?... c'est vrai!
MÉLOÉ
Oui , ma fête !... Et moi qui suis sans famille, car ma tante , la mère de Jules, ma seule parente, qui habite cette maison, est si souffrante, qu'elle ne quitte plus sa chambre, je suis libre de mes actions, recevant mes amis dans ma petite retraite. D'abord, M. Georges, que je regarde comme un frère : je l'attendais ce matin, ainsi que ce cher espiègle, pour déjeuner ensemble... un déjeuner d'artiste, auquel je comptais l'inviter, Laurence, et où je n'espérais pas beaucoup te voir, Mathilde ; mais votre présence sera mon bouquet.
LAURENCE
Chère Méloé !
MÉLOÉ
Monsieur Georges est mon voisin.
GEORGES
Oui, dans les mansardes qui touchent à cet atelier.
LAURENCE
Les mansardes?... c'est souvent là que se trouve le talent.
georges, regardant Méloé.
Et la vertu.
MÉLOÉ
Quelquefois aussi le bonheur.
MATHILDE
C'est dommage que tout cela habite si haut !
GEORGES
Bien reçu par la mère de Jules depuis des années, il y en a deux que je suis l'ami de sa nièce, mademoiselle Méloé, et qu'elle est la confidente de mes chagrins et de mes espérances.
MÉLOÉ
Oui, les beaux rêves d'un poète ! heureux ceux qui ne peuvent que gagner en estime et en affection en ouvrant ainsi tout leur cœur!... et M. Georges est de ce nombre.
302 GEORGES
JULES
Un poëte encore inconnu, cela tient du rapin : on n'a ni gloire ni argent; mais on a de la gaieté... quand je dis de la gaieté... il ne faut pas pour cela faire comme Georges; car il passe sa vie à [se désoler de tous les malheurs du genre humain.
GEORGES
Enfant!...
JULES
Enfant?... Par exemple î... j'aurai bientôt dix-huit ans.
MÉLOÉ
J'attends aussi un ami de M. Georges qui m'a souvent rendu service.
JULES
Ah! oui, Frédéric Picardin !... oh! il rend service à tout le monde et admire tout le monde... c'est sa position sociale à lui. méloé, d'un ton de reproche.
Un excellent homme... tout dévoué à M. Georges.
JULES
Le beau mérite ! Est-ce que nous ne sommes pas tous dévoués à Georges?... Mais je conviens que c'est un bon enfant que Picardin, un être sans malice qui resterait toute une journée sur le boulevart à regarder les passants et à faires des réflexions morales sur Polichinelle !... N'attendez-vous pas aussi le prince Benati? mathilde , à part.
Benati ?... c'est le nom de mon étranger.
MÉLOÉ
Sans doute!... un riche seigneur italien, qui m'a acheté mon premier tableau, grâce à Laurence.
mathilde, à elle-même.
C'est lui !
GEORGES
Ah ! c'est un esprit distingué que celui du prince.
JULES
Vous l'avez joliment converti à vos idées.
GEORGES
Il était un peu fier de sa vieille noblesse et de sa grande fortune ; puis il ne pensait qu'à se divertir; mais il a compris qu'il est appelé à régénérer avec nous sa patrie.
JULES
Tiens, nous régénérerons aussi la patrie des autres?... Tant mieux, ce sera plus varié !... car, moi, j'en suis !...
Georges, regardant Mathilde avec intention.
Il a compris aussi, je l'espère, que, n'étant plus libre, il serait odieux d'abuser de...