TOUT LE MONDE
Ah!...
JULES
Oui, à un pauvre ouvrier malade, père de famille, dont on avait saisi les meubles, et qu'on allait mettre en prison. Cet homme fait de petits ouvrages de ce genre, et ce que je vous ai offert là, ma cousine, c'est le premier travail de ce pauvre ouvrier, après sa guérison : il l'a apporté à Georges, et moi, je le lui ai enlevé pour vous le donner!... Là ! vous voyez de quel prix est mon cadeau à présent?... Georges n'a rien gardé pour lui, quoiqu'il fût riche comme un rapin !... Est-ce beau, ça ?
tout le monde , excepté Méloé.
C'est superbe ! c'est généreux !
506 GEORGES
PICARDIN.
Une générosité qui annonce le vrai grand homme!... il aurait fait comme Napoléon... donné des trônes à ses amis... puisqu'il n'a pas de frères !
MÉLOÉ
C'est bien, Georges !
GEORGES
N'ai-je pas, moi aussi, souffert tous les maux de la pauvreté ? Comment donc ne soulagerais-je pas ceux que je rencontre ?... c'est mon plaisir et mon devoir.
LAURENCE
Ah ! la fortune, en vous comblant de faveurs, ne ferait que justice.
mathilde , à part, regardant Laurence.
Qu'elle est heureuse d'être riche !
MÉLOÉ
Ne nous plaignons pas, Georges ! nous devons à notre position une indépendance qui vaut mieux peut-être que tout le reste. Notre conscience et nos amis, voilà nos juges : pourvu qu'ils soient satisfaits, ne nous embarrassons de rien.
GEORGES
Ces douces idées doivent suffire au cœur d'une femme ; mais nous, mes amis, nous avons d'autres devoirs. Délivrons l'avenir des maux qui affligent le présent, et dussions-nous périr dans cette noble tâche, ne regrettons pas notre vie si elle assure le bonheur de notre pays.
LE PRINCE
Noble cœur !
PICARDIN.
Je lui dois pourtant d'être là, près de vous... près de lui !... Vous, un prince, un riche seigneur !... lui un homme de génie !
LE PRINCE
Une même pensée rend frères.
PICARDIN.
Que c'est beau !
GEORGES
Et l'on partage toutes les chances de la vie.
PICARDIN.
Moi, je ne puis qu'y gagner !... je m'attache à vous... par dévouement.
JULES
Je me dévoue aussi à un avenir où l'on ne fera plus que s'amuser.