ACTE I, SCENE VI
un domestique , entrant.
De la part de M. le duc de Montigny-Lansac, à mademoiselle Méloé.
(II pose une magnifique corbeille sur la causeuse, et se retire.)
MÉLOÉ
Comment ?
LAURENCE
Ah ! je sais gré de cela à mon parrain.
(On s'est levé de table, Picardin la fait enlever ; Méloé regarde dans la corbeille des bijoux, etc.) Georges , inquiet.
Mais vous n'acceptez pas ?
LE prince.
Cela ressemble à une corbeille de mariage.
PICARDIN.
Et si mademoiselle Méloé voulait, c'en serait une en effet.
MATHILDE
Oh ! à sa place, je n'hésiterais pas !... Un homme qui fait de pareils cadeaux... (Elle remue des étoffes, des chiffons, et indique le portrait.) Il me semble beaucoup mieux maintenant. (Elle regarde les bijoux et le portrait.) Il n'a plus guère que soixante ans.
JULES
C'est déjà joli pour un amoureux.
MATHILDE
Si tu consens au mariage, il est capable de te donner de si beaux diamants, qu'il n'en paraîtra plus que vingt-cinq. le prince, bas àMathilde.
Ah ! vous pensez cela !
(Mathilde le regarde et recule sans répondre.) Georges , qui les examine.
Oui, des diamants, des titres, des chiiTons... et l'on unit la vieillesse à la beauté !... on se trompe, et l'on se méprise mutuellement ! et l'on s'étonne ensuite des désordres et des malheurs qui surviennent !... Quelle différence si la loyauté et l'affection étaient les bases du mariage, et si le cœur d'une femme ne se donnait qu'au noble cœur qui palpite aux mots d'amour, de gloire et de bonheur !
MÉLOÉ
Ah ! vous avez raison, Georges !
(Mathilde et Laurence regardent dans la corbeille.) LAURENCE.
Un billet... tiens!
(Elle le présente à Méloé.)
308 GEORGES
MÉLOÉ
Donne î
(Elle prend le billet et le cache.) Georges, avec inquiétude.
Est-ce que ce billet serait de M. le duc?... Ce doit être curieux.
JULES
Oh ! lisez-nous cela , ma cousine... ce sera pour moi une leçon de billets doux!... à soixante-dix ans, on doit joliment savoir les écrire... on en a l'expérience.
méloé , avec embarras.
Il n'y a rien de pareil dans ce billet î... moi, je livrerais à vos plaisanteries un homme respectable !...
Georges , bas à Méloé.
Ce billet, ne puis-je le voir !
méloé , d'un ton de reproche.
Oh ! Georges !
jules , gaiement.
Georges a l'air d'un jaloux.
Georges , troublé.
Moi?... (Se remettant.) Oui, jaloux du bonheur de Méloé, que je voudrais voir toujours heureuse.
le prince , à demi-voix , à Mathilde qui regarde encore la corbeille.
Si jolie !... si jeune !.... ces belles parures vous iraient si bien !... ces petites mains ne semblent pas faites pour le travail. Georges, allant au prince..
Ah !.. ce n'est pas bien, prince !
jules , bas à Picardin.
Est-ce qu'il est jaloux de Mathilde aussi ? Je n'y comprends rien.
picardin, qui Va entendu.
Vous ne comprenez pas Georges ?... Parbleu !. .. ni moi non plus... ce qui prouve que c'est un homme de génie.
GEORGES
Mon ami!...
PICARDIN.
Certainement!... et moi j'aime le génie !... De notre temps le génie fait fortune, il protège ses amis et leur donne des places... Oh ! ce n'est plus comme autrefois !... Le génie rêvait?... il agit !... Il méprisait les choses de ce monde ?... il s'en sert !... Il vivait loin du pouvoir?... il s'en empare!... Aussi mesure- t-on toujours à présent le mérite d'un homme à sa fortune.
JULES
Tout cela est bon à savoir!... Car un rapin peut aussi être un