SCÈNE IL
LAURENCE , entrant par la porte du deuxième plan} à gauche ; PICARDIE.
lacrexce , jetant les yeux autour d'elle. Vous êtes seul ? Georges est sorti ?
PICARDIN.
Oui, madame la duchesse.
LAURENCE
Pour toute la journée ?
PICARDIN.
C'est probable. Vous savez que M. le duc a rempli tous ces joursci les fonctions de juré, et cela n'est pas fini !... Ah ! je voudrais être juré ! je voudrais être riche... et même excessivement riche, comme lui !... J'avais tant de goût pour l'état de millionnaire !... Je suis sûr que je m'en serais tiré aussi bien que M. le duc... qui pourtant est un modèle.
LAURENCE
Écoutez-moi... je veux que vous me disiez la vérité.
picardin , à part.
Bon ! je vais être obligé de mentir.
LAURENCE
Vous êtes plus que le secrétaire... vous êtes l'ami, le confident de Georges.
PICARDIN.
Oh ! soyez sûr qu'il ne me dit pas tout.
LAURENCE
Pourvu qu'il vous ait dit ce que je veux savoir, cela me suffit.
PICARDIN.
C'est juste.
520 GEORGES
LAURENCE
Jadis, au couvent, j'ai connu une jeune fille du peuple nommée Mathilde.
picardin , à part.
Nous y voilà î
LAURENCE
Je la revis une fois chez Méloé, celte artiste qui s'est faite en Italie une si grande réputation depuis quelques années, et dont je regrette Y absence.
Ah!... moi aussi!... quel admirable caractère! bonne pour tous! .. pour moi... pour Jules ! Vous souvenez-vous, madame la duchesse, du petit Jules ?... un espiègle !
LAURENCE
Oui, oui !... Mais vous voulez m'empêcher de poursuivre... et je veux que vous m'entendiez !... J'avais complètement perdu de vue cette Mathilde... Il y a quelques mois, je l'aperçus au bois de Boulogne, dans une élégante voiture : elle passa si près de la mienne , que je ne pus retenir un geste de surprise... elle crut que je la saluais, et me rendit mon salut, en rougissant beaucoup.
PICARDIN.
C'était un charmant garçon, que Jules.
LAURENCE
La personne qui m'accompagnait eut l'air surprise, embarrassée, et de mon action, et de mes questions.
picardin, à part.
Je le crois, pardieu, bien.
LAURENCE
Je devinai sans peine que cette fille pauvre et jolie était au nombre de ces beautés près desquelles les hommes vont par ennui, restent par habitude, et oublient parfois des liens sacrés qu'ils auraient dû respecter pour avoir le droit d'exiger qu'on les respecte.
PICARDIN.
Que voulez- vous, madame la duchesse ?... la faiblesse humaine.
LAURENCE
Hier, j'étais à l'Opéra, Mathilde y était aussi, étalant une toilette magnifique.
PICARDIN.
Pourquoi vous occuper de cela ?
LAURENCE
Parce que vous allez me dire, monsieur Picardin, qui est-ce qui fournit au luxe de cette femme.