PICARDIN, LE DUC GEORGES
Georges, entrant par le fond d'un air gai. Ah ! enfin, me voici chez moi !... Ma foi, je craignais d'en avoir pour jusqu'au soir.
PICARDIN.
Eh bien, qu'est-il arrivé pour ces jeunes fous qui voulaient tout bouleverser ?... Car c'est fini, le procès ?...
Oui... fini... tout à l'heure !... Je suis horriblement fatigué !
Huit jours sans désemparer !... c'est pour en mourir.
PICARDIN.
Ah ! le jugement est prononcé ?...
GEORGES
Il va l'être !... Savez-vous qu'il fait froid, Picardin ?... (Picardin lai avance un fauteuil près du feu; il s'assied avec complaisance
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et met ses pieds sur les chenets. ) C'est odieux d'être là du matin u soir!... ces coquins-là nous tueront.
picardin , avec empressement.
Il faut bien vous reposer, monsieur le duc !
GEORGES
Je n'ai pas eu un moment de plaisir tous ces jours-ci .
PICARDIN.
Quelle sera la peine ?
GEORGES
La prison pour plusieurs. Mais qu'avez-vous à me dire de nouveau ? j'ai besoin de distractions.
PICARDIN.
Et les autres?...
GEORGES
Quelques-uns seront acquittés... et d'autres.... ( Il indique d'un geste que tout est fini pour eux.) Sonnez donc, je vous prie ; qu'on mette du bois au feu... je ne me réchauffe pas.
PICARDIN.
Je vais moi-même. (Il met du bois dans la cheminée.) D'autres... condamnés?...
georges , sans lui répondre et avec une grande bonhomie.
Mon Dieu , qu'on a tort de s'agiter, de se donner tant de peine pour quelques folles idées ! .. Pourquoi ne réste-t-on pas ainsi dans un bon fauteuil , au coin d'un bon feu , dans un appartement bien
chaud , à rêver et à travailler? car la fortune ne m'a point fait
perdre le goût du travail , à moi !... je ne suis pas de ces hommes qui consument leur temps en courses de chevaux , en chasses , en folies... N'est-ce pas, mon ami ? moi, je n'ai rien changé à mes habitudes !...
picardin , à part.
Est-ce que ce serait moi qui me tromperais ? Il a Tair si sûr ! ( Haut . ) Oui , vous avez toujours là votre grand ouvrage , l'Avenir du monde.
GEORGES
J'y pense constamment. ... et c'est à mon grand regret s'il n'avance pas davantage ! mais les affaires, les devoirs de société ne me laissent pas un instant !... N'avais-je pas aussi à me faire pardonner ma subite opulence? Si je m'étais affranchi des rapports de société, j'étais perdu.
PICARDIN.
Que de sagesse dans toutes vos paroles !
GEORGES
Voyez-vous bien, Picardin , il y a des gens qui se plaignent toujours du sort... mais le malheur se compose de maladresses, et il ne