ACTE II, SCENE VII
faut pas être maladroit... il faut suivre la foule î... faire comme tout le monde...
PICARDIN.
Aussi, votre considération, votre crédit... et même votre fortune, augmentent tous les jours î
GEORGES
Et cela ne m'a pas fait oublier mes amis.
PICARDIX.
Je suis là pour le dire et le prouver. ( A part. ) Voici le moment de faire ma demande. ( Haut. ) Je pensais tout à l'heure , que, si Monsieur le duc le voulait, il pourrait me...
Georges , sans l'écouter.
Est-il venu quelqu'un ?
PICARDIX.
Une foule de solliciteurs, qui reviendront demain... D'abord ce préfet destitué qui compte sur la première préfecture vacante,
GEORGES
Impossible ! elle est destinée à un parent de ma femme.
PICARDIE
Ah !... puis un candidat à l'académie des sciences morales, qui espère la voix de monsieur le Duc.
GEORGES
Impossible ! je porte mon ami Ranville.
PICARDIE
Ah!... Mais il n'écrit pas?
Tant mieux !... ceux qui ont des titres se croient des droits, et ne nous savent aucun gré de les nommer.
picardi>", d'un air aimable et obséquieux. Je connais quelqu'un qui saurait bien bon gré à monsieur le duc, s'il voulait...
Georges , se levant sans l'écouter, et allant prendre la gauche
du spectateur.
Décidément, dès demain, je veux reprendre mon livre !... à présent, je vois les choses telles qu'elles sont. picardix , à part.
S'il pouvait voir qu'il me faut une bonne place...
GEORGES
On est frondeur dans la jeunesse... plus tard on sent qu'il faut regarder les hommes comme les tableaux... avec le jour favorable.
PÎCARDIN.
S'il faut cent mille livres de rentes pour bien voir, je ne m'étonne plus que tant de gens voient mal.
528 GEORGES
GEORGES
Ils ont tort.
PICARDIN.
Mais j'ai peur que madame la duchesse ne voie trop bien... elle m'a questionné sur mademoiselle Mathilde.
GEORGES
Oh ! que c'est mal à propos !... je l'ai quittée.
Comment ?
GEORGES
Oui... elle devenait exigeante, impérieuse.,, on ne forme de pareils liens que pour être parfaitement libre.
PICARDIN.
C'est heureux, car madame la duchesse m'a paru triste, inquiète et mécontente.
Georges , d'un ton très-indifférent et avec bonhomie.
Que veut-elle donc? Je lui laisse toute liberté, je lui donne tout l'argent qu'elle souhaite !... elle se plaint toujours! que peut-elle désirer! ... Ce n'est pas raisonnable.
PICARDIN.
Peut-être ne comprenez-vous pas ses regrets et ses idées ? Georges , souriant.
Ah! nous y voilà!... les femmes sont singulières à présent!... quand on ne veut pas les adorer, elles disent qu'on ne peut pas les comprendre.
PICARDIN.
C'est leur faute, et non la nôtre !
GEORGES
Après douze années d'un mariage de convenances, où certes elle a été heureuse !... jamais un reproche n'est venu l'attrister !... Vous savez, Picardin, que j'ai des idées... sur les femmes,., qui n'ont pas plus changé que les autres !...
picardin, étonné.
Vous croyez?...
georges , allant s'adosser à la cheminée.
Ma foi, les plaintes de Laurence, ma rupture avec Mathilde, l'envie de faire un beau voyage au printemps , tout cela m'a décidé à demander une ambassade.
PICARDIN.
Et vous l'aurez !... Est-ce qu'on peut vous refuser quelque chose en ce moment?
GEORGES
Puis... enfin... on peut arriver aux affaires... Un ministère peut se présenter... et il est toujours bon de s'aider de l'expérience des