AGTE II, SCENE VIII
LE PRINCE
Oui, il y a deux mois. Je lui dois tout, monsieur le duc, jusqu'à la vie !
Georges, d'un ton froid et indifférent.
Ah!
LE PRINCE
J'étais impliqué dans les derniers troubles de l'Italie.
Georges , d'un ton mécontent.
Vous, monsieur?
le prince, avec embarras et toujours sans lever les yeux. Oui, je l'avoue... j'essayai d'affranchir mon pays.
Georges, allant s'asseoir près du bureau. C'est cela ! quelle folie î...
LE PRINCE
J'avais d'autres idées quand je vins en France , il y a quelques années... mais de jeunes et nobles cœurs m'inspirèrent alors un généreux dévouement.
GEORGES
Rêves d'étourdis avec lesquels on trouble son pays.
LE PRINCE
Un surtout , dont la vertu sévère me sauva de plus d'une erreur, et m'apprit à mépriser ces vains titres que je tenais de ma naissance...
Georges , avec dédain.
Parce qu'il n'en possédait pas.
LE PRINCE
A sacrifier ma fortune...
Georges, haussant les épaules.
Parce qu'il n'avait pas le sou.
LE PRINCE
Tous mes biens, et jusqu'à ma vie, je les risquai pour le triomphe de ces idées... qu'il m'avait données.
Georges , moqueur.
Il vous avait rendu là un joli service !... (Il regarde le prince d'un air de pitié dédaigneuse ; puis en examinant son visage, il fait un mouvement qu'il réprime aussitôt, et dit à part.) Le prince Benati !
LE PRINCE
Je reportai ce dangereux courage dans ma patrie, je le fis partager à mes amis... mais notre pays ne fut pas sauvé !
GEORGES
Et vous vous êtes perdus !
LE PRINCE
Condamné, et captif pendant bien des années, ce fut celle qui
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vous écrit qui parvint à me faire échapper de la prison, et à me procurer les moyens d'arriver à la frontière. Georges , très- froid.
Elle vous donna cette lettre ?
LE PRINCE
En me disant seulement : « Dès que vous serez à Paris, remettezla vous-même. »
GEORGES
Elle n'a rien ajouté ?
LE PRINCE
Rien... mais il semblait, à sa manière de me dire cela, qu'elle y attachait une grande importance, un sens caché.
Georges, d'un air très-indiffèrent, mais embarrassé. Ce n'est pourtant qu'une lettre de recommandation ordinaire.
le prince, relevant la tète avec fierté. Et cela n'engage à rien, n'est-ce pas ? (Ses yeux\se sont attachés sur Georges ; il fait un mouvement de surprise.) 0 ciel ! Georges, qui Va regardé aussi, à part.
C'est bien lui !
LE PRINCE
Mais... ce n'est pas possible... je me trompe !
georges, essayant de cacher son trouble. Quoi donc?
LE PRINCE
Une ressemblance !... Oh ! qu'elle ne vous offense pas... il était si noble et si bon !... ses idées si généreuses... Car c'était lui, monsieur, dont je parlais...
georges, avec embarras.
Mais... monsieur...
LE PRINCE
Je sais bien que ce ne peut être vous ï vos paroles... (Regardant autour de lui.) cette opulence, ce rang... (Reportant les yeux sur Georges.) Pourtant c'est à s'y méprendre.