SCÈNE PREMIÈRE
Lady NELMOOR , puis EMMA.
(Au lever du rideau, elle est assise, la tête appuyée sur sa main et plongée dans la plus profonde rêverie. Après un instant elle relève la tête, passe la main sur son front, sourit et se lève.)
À quoi bon tant réfléchir ? Ne suis-je pas décidée ? Et n'ai-je pas mis tant de raison dans ma conduite que, si le bonheur ne venait pas, ce serait sa faute, et non la mienne ?... emma : elle s'est arrêtée au fond et a entendu la dernière phrase; elle est en élégant négligé de voyage.
Rien certainement.
(Elle- s'avance.)
LADY NELMOOR.
Que vois-je ? ma chère Emma !
Oui, moi qui viens te surprendre ici à la campagne. Toute la nuit dernière, j'ai réfléchi.
LADY NELMOOR , SOUriant.
Bah ! toi aussi !
EMMA
Une fois n'est pas coutume.. Tu étais l'objet de mes réflexions ; j'ai pensé qu'il n'était pas naturel que tu quittasses Paris deux jours avant celui où tu dois signer ton contrat de, mariage, et dès le matin je me suis mise en route pour apprendre ce qui arrive à ma chère Adine. Quoi ! partir au moment de te marier ! En vérité, tu as l'air d'un soldat qui s'effraie et déserte devant l'ennemi.
LADY NELMOOR.
Rien n'est plus simple que ma conduite.
EMMA
C'est ce dont je jugerai quand tu me l'auras expliquée.
LADY NELMOOR.
Très-volontiers.
EMMA
Eh bien ! permets d'abord que je me dispose à t' entendre. (Elle ôte son chapeau et son écharpe.) Asseyons-nous et causons.
LADY NELMOOR.
A l'instant d'épouser M. le baron de Normont, j'ai voulu prendre encore vingt-quatre heures de solitude pour bien penser à tout, et méditer à mon aise, tant j'ai peur de faire un mariage qui ne soit pas parfaitement raisonnable.
EMMA
C'est une belle chose que la raison !... mais, en fait de mariage, il y a plus de hasard que de bien joué.
LADY NELMOOR.
Oui, lorsqu'à seize ans nos parents nous marient avec quelqu'un que nous ne pouvons ni connaître ni juger ; mais quand à dix-neuf ans, veuve, libre de mon choix, éclairée par les malheurs d'un premier mariage, je me décide à en contracter un second, je ne veux pas risquer de faire une nouvelle folie.
EMMA
Quoique ton aînée d'un an, et mariée depuis quatre, je commence à prendre pour toi un terrible respect ! Sais-tu que j'ai presque peur en songeant que tu vas être unie à M. de Normont ?... Vous serez bien le couple le plus épouvantahlement raisonnable de tout Paris... Je connais ton futur depuis quelques années... et mon mari l'a vu dès son enfance ; eh bien ! il a toujours été aussi calme qu'il l'est à