SCÈNE IV
Lady NELMOOR , EMMA, le comte ARTHUR DE LA VILLETTE.
Arthur , avant d'entrer.
Vous ne plaidez pas ma cause assez vivement, mademoiselle Mariette...
(11 s'arrête en voyant les deux dames et les salue très-gracieusement.)
EMMA
Monsieur le comte Arthur de la Villette ! (A part.) C'est bien lui.
LADY NELMOOR , à part.
Mon étourdi!...
(Elle fait signe à Mariette qui sort.)
ARTHUR
Veuillez me pardonner, Mesdames, si je viens plaider moi-même et solliciter l'hospitalité. Egaré sur la route...
De Paris à Fontainebleau, c'est avoir du malheur.
ARTHUR
Arrivé par hasard à la porte de ce château...
LADY NELMOOR.
Par hasard ! et vous voulez y entrer de force.
ARTHUR
Surpris par l'orage qui menace...
EMMA
Le temps est superbe ; il ne pleuvra pas de quinze jours.
ARTHUR
Mon malheureux cheval...
LADY NELMOOR.
Galopait, dit-on, bien lestement dans l'avenue.
ARTHUR
Enfin... puisque Tonne se contente pas de ces raisons-là, j'en ai d'autres. [Il avance des sièges aux dames.) Mais...
LADY NELMOOR , à part.
Eh bien !
(Arlhur a l'air de les supplier de s'asseoir ; les deux dames prennent place, moitié étonnées, moitié resignées. emma, souriant à part.
Allons !
arthcr, debout entre elles d'un air gracieux. Dans le monde où nous vivons, Mesdames, dans ces élégantes habitudes qui sont les vôtres, ne voyez-vous pas le plus maussade, le plus ennuyeux des hommes avoir le droit d'importuner de ses visites la plus gracieuse et la plus spirituelle des femmes ? Et il n'est pas que vous n'ayez été dans le cas d'exercer votre patience à cette rude épreuve. Je n'ai même jamais vu que les ennuyeux fussent plus mal reçus que les autres. A plus forte raison , ne sont-ils jamais expulsés. Je citerai pour exemple mon ami de Normont.
EMMA
Ah!
ARTHUR
Je vous jure qu'il n'a jamais été éconduit; et pourtant, c'est bien l'ennuyeux le mieux conditionné...
lady nelmoor , sévèrement.
Monsieur.
EMMA
L'homme le plus parfait.
ARTHUR
C'est ce que je voulais dire î II n'a point de défauts , et ce sont nos défauts qui nous amusent et qui amusent les autres. Eh bien! puisque l'ennui ne fait pas exclure d'une maison un honnête homme, il faut qu'il y ait quelque chose de bien grave pour motiver une semblable punition ; alors quand une femme nous bannit, on a le droit de lui dire : Madame, il n'y a ni tribunaux, ni jurys, ni conseils de guerre qui condamnent sans dire pourquoi, et avant de me résoudre à subir mon jugement , je désire apprendre quel est mon crime. Veuillez donc me le dire, je vous en prie. emma , à part.
Eh bien ! est-ce qu'il faudra lui avouer qu'on le craignait?
LADY NELMOOR , à part.
Voilà une question assez embarrassante.
Pourquoi cette sévérité pour moi seul? une femme charmante, à laquelle mon cœur vouait un culte involontaire, m'a banni de sa présence, mis hors de la loi commune ; quels sont donc mes torts ?
LADY NELMOOR , à part.
C'est qu'il n'en a pas.