SCENE IX
LADY NELMOOR.
Vous, si élégant, si frivole,..
ARTHUR
Ah ! cette austère sévérité de votre extérieur, cette simplicité qui prend autant de soin pour se dérober à nos hommages que lés autres femmes en mettent à les chercher, n'est-ce pas un mérite qui n'appartient qu'à vous seule, et qui inspire plus d'admiration que tout l'art de la coquetterie ne peut inspirer d'amour ? lady nelmoor, un peu troublée.
Monsieur, ne parlez pas ainsi, je ne dois ni ne veux le permettre... Encore une fois, éloignez- vous !
ARTHUR
Non, Madame ; j'ai appris que vous étiez engagée, que, par je ne sais quelle erreur, vous croyiez trouver un sort heureux avec l'homme du monde le moins fait pour vous convenir.
LADY NELMOOR.
Son noble caractère, sa raison si sûre, conviennent à mes idées, à mes principes, à mes projets.
ARTHUR
Vous vous trompez, Madame, car vous avez une âme tendre, quoique vertueuse ; le premier besoin d'une âme comme la vôtre est d'éprouver, en les inspirant, des sentiments tendres et vifs, et avec mon ami Normont que ferez-vous de tout cela ?
LADY NELMOOR.
Mais, Monsieur...
ARTHUR
Oh ! je m'y connais, et d'ailleurs j'étais trop intéressé pour ne pas tout voir : il n'y a qu'un instant, n'était-il pas là, près de vous? et je cherchais, Madame, s'il y avait en lui quelque chose qui pût convenir à votre nature aimante et délicate. Je regardais ses yeux, rien n'y paraissait ; il n'y avait pas une émotion dans ses paroles; le son de sa voix n'exprimait rien, et quant aux mouvements de son cœur, il n'en perçait aucun. Ah ! il n'est point de sentiments qui puissent se contraindre si bien qu'un rival ne les sache deviner. Il ne vous aime pas, Madame ; il est froid, il est glacé !... s'il sentait quelque chose il s'animerait : l'amour est comme le feu, il échauffe du moins, s'il ne brûle pas ; non, Madame, il ne vous aime point, et quand il est des cœurs pleins d'amour, qui recevraient avec ravissement le bonheur que vous lui destinez, irez-vous lui donner un bien dont il ne saura pas comprendre tout le prix ? lady nelmoor , un peu émue.
En vérité, Monsieur, ce langage doit me surprendre, et je ne sais de quel droit...
ARTHUR
Du droit que me donne votre injustice envers moi, du droit que me donne l'amour le plus vrai, le plus sincère. lady nelmoor , se réveillant.
Et je vous écoute ! et je vous réponds ! mais vraiment je suis aussi folle que vous.
m. de verpy , en dehors.
Ah çà! où diantre êtes-vous donc, monsieur de Normont?
lady nelmoor , inquiète.
C'est la voix de mon oncle.
arthur , avec embarras.
Quoi, déjà !
normont, en dehors.
Venez me délivrer, monsieur de Verpy, je suis enfermé.
LADY NELMOOR.
Enfermé ! comment ?
ARTHUR
Oli ! ce n'est rien ; mais ils vont venir.
lady nelmoor , troublée.
Et que leur dirai-je? Sortez, Monsieur, sortez.
(Arthur va vers le fond. On entend la voix d'Emma.)
emma , en dehors de la porte du fond. Adine, es-tu là ?
ARTHUR
Je suis pris de tous les côtés.
LADY NELMOOR.
Et si l'on vous voit, que pensera-t-on ? il ne faut pas qu'on vous trouve ici. Que faire ? Ah ! entrez là ! Et voyez, Monsieur, à quoi m'expose votre imprudence, (à elle-même) et la mienne. arthur , saisissant sa main et la baisant. Oh ! pardonnez ! pardonnez !
(Il sort par la porte de gauche.)
LADY NELMOOR.
Quelle folie ! et si on l'eût vu, quelles idées on aurait pu concevoir !
(Elle s'assied et arrange des fleurs sans trop savoir ce qu'elle fait.)