SCENE X
EMMA
Je vous assure qu'il ne songe pas à Adine.
LADY KELDIOOR.
En vérité, je voudrais savoir ce qui te rend si sûre.
EMMA
Mon Dieu ! si tu es si curieuse, j'ai de quoi te satisfaire ; c'est là le souvenir qui me faisait rire tantôt. Tiens, voici une lettre qu'il écrivit à sa cousine Caroline le lendemain du jour où elle te l'avait présenté ; tu te le rappelles ?
LADY NELMOOR.
Oui; mais comment cette lettre est-elle entre tes mains?
Caroline , notre ancienne compagne, me l'avait communiquée. Je la priai de me la contier, parce que je voulais t'en donner connaissance, afin de te faire voir combien ton système de conduite réussissait auprès des étourdis comme M. Arthur. C'était pure amitié de ma part.
lady nelmoor, amèrement.
Oh ! je n'en doute pas.
M. de verpy, moqueur.
Cela se voit tout de suite.
EMMA
Et maintenant qu'on soupçonne M. de la Villette, l'instant de te faire lire son épître ne pouvait être mieux choisi. lady nelmoor, prenant la lettre.
Voyons donc !
m. de verpy, à part.
Bon petit cœur de femme ! {Haut.) Prenez garde, ma nièce , la curiosité est souvent dangereuse.
LADY NELMOOR, Usant.
« Ma chère cousine, chez quelle bizarre personne m'avez-vous « conduit! et avez-vous perdu la raison en imaginant que je pource rais en faire ma femme?» (Parlé.) Comme si l'on eût voulu de lui î (Lisant ) « Son air de puritaine et sa toilette singulière dé- « guisent, j'en suis sûr, plus de défauts que de beauté ; les cheveux « qu'on aperçoit par hasard, cachent ceux qu'elle ne peut montrer, « et ce n'est pas sans cause qu'elle nous dérobe sa taille , son amie «elle-même me l'a donné à entendre.» (Parlé.) Ah ! je vous remercie, Emma.
emma, à demi-voix.
J'entrais dans tes vues , je voulais te rendre service.
LADY NELMOOR.
Vous êtes trop obligeante ; mais continué ns. (Elle Ut.) « Il n'y a
« qu'une chose qui pourrait donner l'envie de plaire à lady Nel-
« moor, c'est qu'il semblerait très-original qu'on l'eût entrepris.»
NORMONT.
Le moyen, après cela, de croire qu'il est amoureux de madame ?
EMMA
Tu me pardonnes, ma chère Adine ?
LADY NELMOOR, très-COUre.
Et de quoi me demandez- vous pardon? que me font vos paroles ? que me font les sottes impertinences d'un fat ?
M. DE VERPY.
Remettez-vous, ma nièce, remettez-vous !
LADY NELMOOR.
Que je me remette ! et qui vous dit que cela me trouble ? Quel intérêt puis-je y prendre? je ne sais en vérité pourquoi j'ai lu ces sottises ; j'ai bien autre chose à faire vraiment ! Et dans ce moment puis-je m'occuper de ces pauvretés ridicules, moi qui peux a peine songer aux choses essentielles, tant je suis souffrante, malade.
NORMONT.
Comment, Madame !
LADY NELMOOR.
Oui, Monsieur, la fatigue, le bruit... Je viens ici, à la campagne pour me reposer quelques heures dans la solitude, et je suis accablée de visites, d'embarras.
M. DE VERPY.
Nous allons nous retirer.
lady nelmoor, allant s'asseoir près de la table. Je vous en prie, un moment de repos, je n'en puis plus.
EMMA
Si mes soins...
LADY NELMOOR.
Laissez-moi, de grâce.
emma, à part.
Quelle humeur !
M. de verpy, à part.
Infortuné Normont !
NORMONT.
J'espère, Madame, que votre indisposition n'aura pas de suite. Si c'était une migraine, j'ai une recette excellente.
LADY NELMOOR.
Merci, merci, ce ne sera rien.
NORMONT.
Ce pauvre Arthur commence à m'inquiéter aussi ! où peut-1* être?