‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 314 sur 350 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

LADY NELMOOR; puis ARTHUR.

lady nelmoor, seule un instant. Elle se lève vivement , regarde la lettre qu'elle tient encore et la cache dans son sein. Voilà-t-il assez de choses désagréables î Emma était-elle contente ! Il lui semble qu'il me serait impossible de plaire à M. Arthur. (Souriant.) Pourtant, si je le voulais bien... mais non certes, non pas ! Je vais le renvoyer de la bonne manière. (Elle va ouvrir la porte de la pièce où est Arthur. ) Sortez, Monsieur, sortez, je vous prie !

ARTHUR

Ah ! vous êtes seule enfin , Madame, ils sont partis.

lady nelmoor , émue et colère, mais tâchant de se contraindre.

Oui, je suis seule.

ARTHUR

Quel bonheur î

lady nelmoor, d'un ton froid et très-sévère. Et disposée, Monsieur, à écouter ce qui vous reste à me dire ; c'est très-important sans doute, à en juger par tout ce que vous avez fait pour obtenir cet entretien.

arthur, souriant.

Ah î vous savez, Madame.

LADY NELMOOR.

Parlez donc, Monsieur, puisque je veux bien vous entendre.

ARTHUR

Quel ton froid et sévère î

LADY NELMOOR.

Vous trouvez ?

ARTHUR

Vous n'étiez pas ainsi tout à Theure !

Tout à l'heure, c'est possible! mais que disiez-vous alors quand on vous a interrompu ?

ARTHUR

Oh î il m'est bien facile de le répéter ; car c'est une pensée qui ne me quitte pas. Je disais, Madame, que le bonheur de vous plaire eût été la plus grande ambition de mon cœur.

LAD Y NELMOOR.

Ah !

ARTHUR

Et qu'être aimé de vous eût réalisé toutes mes espérances.

LADY NELMOOR.

Vraiment? C'est original, n'est-ce pas? Et vous avez là une bien singulière idée !

ARTHUR

Que signifie ce ton moqueur ?

lady nelmoor, avec beaucoup d'ironie

Non, je ne me moque pas ! pourquoi donc me moquerais-je ? il n'y a rien de plus sincère que vos paroles! Vous exprimiez si naturellement tout à l'heure ce qu'une âme aimante et bonne peut éprouver, qu'on voit bien que vous êtes incapable d'essayer de tromper une femme sur les sentiments quelle vous inspire.

ARTHUR

Ce cruel langage est-il une punition du passé? Quand je mentais, on me croyait ! ne me croit-on plus quand je dis vrai ? lady nelmoor , toujours ironique.

Oh ! sans doute, vous dites vrai, ce n'est pas vous qui chercheriez à pénétrer par surprise dans le cœur d'une femme craintive et réservée! qui voudriez, par défi et comme difficulté vaincue, lui inspirer des sentiments que vous n'auriez pas, que vous ne pourriez jamais avoir pour elle.

ARTHUR

Mais vos paroles, le ton dont vous les prononcez, m'étonnent et me troublent ! Ah ! Madame, cette amère dérision... lady nelmoor, d'un ton plus sérieux.

Oh ! oui, ce serait une amère dérision, comme vous dites, si, rencontrant une femme modeste, sans prétentions, un homme employait auprès d'elle, par bravade, ce langage fait pour séduire!

ARTHUR

Mais cela est impossible !

LADY NELMOOR.

Si, la poursuivant jusque dans la retraite où elle veut cacher plus de défauts que de beauté...

arthur , cherchant à se souvenir.

Qu'est-ce donc ? je m'y perds !

LADY NELMOOR.

Il venait lui exprimer tout ce qui peut porter dans l'âme le trouble et la persuasion. Et si alors la pauvre dupe croyant qu'elle est aimée, imaginant que ce rêve de la vie des femmes, ce bonheur qu'elles devinent et qui fuit toujours devant elles, l'amour fondé sur restime, garanti par la noblesse du cœur, exprimé par la dëli<-

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