SCENE XI
catesse ; s'imaginant, dis-je, qu'elle a rencontré tout cela, si elle abandonnait son âme à cette espérance pour découvrir ensuite qu'un étourdi s'est joué de son repos, s'est moqué de son bonheur, et pour rester d'autant plus malheureuse qu'il lui faudrait renoncer à l'espoir d'être aimée après en avoir entrevu tout le charme ! (Elle s'est un peu attendrie vers les dernières phrases.) Oh ! oui, ce serait une amère dérision.
ARTHUR
Si vous saviez quel trouble agite mon âme. lad y nelmoor , revenant à un ton plus calme et essayant
de sourire.
Heureusement, Monsieur, rien de tout cela ne pouvait arriver ; vous nous avez donné des armes pour nous défendre (elle sourit et lui donne la lettre ) , et voici un bouclier sous lequel notre cœur était aisément invulnérable.
Arthur , attéré.
Ciel ! ma lettre à ma cousine î
LAD Y NELMOOR.
C'est dommage , n'est-ce pas ? C'eût été une entreprise si originale que de chercher à plaire à lady Nelmoor !
ARTHUR
Je suis perdu !
Eh bien ! Monsieur ?
Eh bien î Madame ?
Cette lettre...
Je ne puis la nier !
Et...
ARTHUR
Et lady Nelmoor ne la pardonnera jamais ! J'aurais beau lui dire que chaque fois que je l'ai vue depuis ce moment une impression nouvelle, vive et profonde, a rempli mon âme de tendresse et d'admiration !
Elle ne vous croira pas.
ARTHUR
Je suis bien malheureux !
lady nelmoor, à la psyché, ôtant son chapeau. Cette pauvre lady Nelmoor est si laide !
LADY NELMOOR.
ARTHUR , COnfuS,
LADY NELMOOR.
ARTHUR
LADY NELMOOR.
ARTHUR
Je n'ai pas écrit cela !
lady nelmoor, ajustant ses cheveux.
Elle cache ses cheveux parce qu'elle ne pourrait pas les montrer !
ARTHUR
Que vous êtes cruelle !
lady nelmoor , ôtant sa mantille et la jetant sur la table. Sa taille est certainement de travers , elle l'enveloppe avec tant de soin !
ARTHUR
Madame...
LADY NELMOOR.
Sans goût, comme sans grâces, elle ignore cet art de donner à la coquetterie un air de négligence, d'être simple avec élégance, gracieuse sans affectation.
Arthur, V examinant , enchanté.
Mon Dieu ! sous quel aspect nouveau !
lady nelmoor , d'un ton plus sérieux.
Lady Nelmoor, Monsieur, avait été choisie par son mari pour sa ligure et ses talents ; elle avait brillé par son élégance ; et tout cela, en flattant sa vanité , n'avait pas satisfait son cœur ! aussi , dédaignant les hommages et méprisant l'amour , elle s'était promis de ne sacrifier sa liberté qu'à la seule amitié !
ARTHUR
L'amitié, vous?
LADY NELMOOR.
Et vous êtes venu , Monsieur, insulter à sa raison, qui vous condamne ; défier son cœur , qui vous échappe ; vous moquer de sa figure...
ARTHUR
Qui s'en venge bien !
LADY NELMOOR, SOUriant.
Ah ! je lui en saurais gré.
ARTHUR
Vraiment ?
lady nelmoor , riant d'un air mutin.
Oui, vous mériteriez qu'on fût assez jolie pour vous donner des regrets ! ce serait vengeance permise que de souhaiter de vous plaire ! Ma colère est si grande , que je voudrais , Monsieur , vous paraître charmante, et qu'en vous disant adieu... pour toujours, je voudrais vous laisser un souvenir qui ne s'effaçât jamais !
(Elle le salue et sort par la droite. )