‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 318 sur 350 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

mon revenu de Tannée prochaine ; c'est une malice que je fais à mes héritiers ! mais je suis riche, mes biens sont considérables. Je peux répondre pour bien plus que ce château. Et, s'il était nécestaire, Normont, dispose de toute ma fortune.

NORMONT.

Allons, tu n'es guère raisonnable non plus. Mais tu as bon cœur, voilà un trait qui me montre toute ton amitié pour moi.

ARTHUR

Hein, plaît-il?

NORMONT.

Il est vrai qu'entre anciens camarades ; puis tu sais qu'avec moi... tu n'as rien à risquer. Mais c'est égal, c'est fort beau, et j'en garderai une vive reconnaissance.

Encore une fois, cours donc vite, et toi qui sais si bien calculer, arrange tout cela.

NORMONT.

J'y vais, j'y vais, mais sois tranquille, tu auras des sûretés. (Il sort.)

LADY NELMOOR , à part.

Ah ! comment n'être pas touchée en voyant un cœur si généreux ? (Elle vient en scène.) Merci, monsieur Arthur, merci ! Combien je bénis l'erreur à laquelle je dois de vous avoir vu si noble et si bon !

ARTHUR

Vous étiez là, Madame ?

LADY NELMOOR.

Heureusement.

ARTHUR

Quoi ! vous avez entendu ! et vous savez ce que je voulais vous cacher.

LADY NELMOOR.

Ne craignez rien, je ne suis pas inquiète sur ma fortune ! je suis riche, fort riche! et n'ai point cessé de l'être !

ARTHUR

Comment! ces créanciers...

LADY NELMOOR , riant.

Ces créanciers ! une plaisanterie que j'avais imaginée , comme j'avais imaginé d'annoncer ma ruine !

ARTHUR

Les deux années que j'ai passées dans la retraite ont payé toutes les dettes de lord Nelmoor ; mais , venant en France avec l'intention de m'y fixer par un second mariage, je n'ai voulu rien devoir

à ma fortune , et , au moment de m'engager, une dernière épreuve

devait m'assurer de la tendresse désintéressée de l'homme que]j'a-

vais choisi ! oui, je connaissais sa raison, et je voulais éprouver son

cœur!

ARTHUR

Ah ! vous l'estimez donc bien peu ?

LADY NELM00R.

Comment?

Arthur , oVun ton froid et contraint.

Je sais, Madame, que cela ne me regarde point, que je n'eus jamais de droits sur votre cœur, et que vous venez à l'instant môme de me bannir de votre présence; c'est pour celui que vous aimez que je m'offense , que je m'afflige de vos soupçons! Ah! si j'avais été assez heureux pour être à sa place, si vous m'eussiez choisi, je souffrirais beaucoup en ce moment, je l'avoue, et je ne sais si je pardonnerais à celle que j'aime de m'avoir fait rougir devant elle en me soumettant à cette outrageante épreuve.

LADY NELMOOR.

Que dites-vous ?

ARTHUR

Cacher votre fortune, pour vous assurer que ce n'est pas elle

qu'on cherche en vous aimant Ah ! la femme à qui il faut une

preuve convaincante de l'honnêteté d'un homme, et qui prend avec lui les précautions du mépris, elle ne l'aime pas , Madame, elle ne l'aimera jamais ! Il y a dans l'amour une estime si grande , une admiration si vive , un sentiment si juste de ce que vaut celui qu'on aime , qu'il ne peut s'élever dans l'âme aucun doute , aucun soupçon ! Les apparences fussent-elles contre lui, le monde l' eût-il condamné , c'est près de celle qu'il aime qu'un homme doit trouver justice. Pensez donc, Madame, si, quand tous l'estiment, il peut lui pardonner d'avoir osé douter de lui.

LADY NELMOOR.

Quel langage !

ARTHUR

J'ai tort peut-être d'exprimer aussi vivement ma pensée ! Excusez-moi, Madame ! Je me retire. Auprès de vous, je ne suis assez maître ni de mes paroles ni de mes sentiments.

(Il fait un profond salut et sort par le fond.)

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