‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 334 sur 350 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LE MARQUIS

Si j'ai perdu l'esprit qu'il faut pour cela ?

la présidente, riant.

Comment serait-il parti ? .

LE MARQUIS

D'abord, il faudrait savoir comment il m'était venu.

LA PRÉSIDENTE

Vous n'avez eu qu'à parler.

LE MARQUIS

Au contraire !... je n'ai rien dit.

LA PRÉSIDENTE

Ah !...

LE MARQUIS

Nous étions trois frères...

LA PRÉSIDENTE

D'une grande et illustre famille, je le sais... mais continuez donc, je vous écoute.

LE MARQUIS

L'aîné héritait naturellement du titre, de la fortune et d'une grande charge à la cour ; le second eut un régiment; le troisième... c'était moi... devait entrer dans l'église; je refusai... ma famille parla de Malte, de... que sais-je?... moi, je ne voulus rien entendre.

LA PRÉSIDENTE

Oui, l'on m'a dit que vous aviez toujours passé pour être un peu singulier.

LE MARQUIS

Pas du tout !... j'étais seulement très-paresseux et fort ignorant; un précepteur avait été chargé de m' enseigner le latin qu'il ne savait guère, et les usages du monde qu'il ne savait pas ; mais il né me fallait à moi que ma liberté... commander ou obéir me déplaisait également, car ceux qui commandent et ceux qui obéissent ici me semblent également frivoles et inconséquents... Enfin on cessa les prières, et je me crus tranquille possesseur de ma personne... ah ! bien oui ! je m'aperçus tout à coup que j'étais l'objet de l'attention; le roi me distinguait, on m'entourait... Devinez ce qui était arrivé ?... Pour me donner à la cour une position particulière, ma famille conspirait contre moi ; on répandait que j'étais sans ambition, dédaignant la grandeur, méprisant le pouvoir... un original enfin !... ce qui suppose toujours un esprit supérieur.

LA PRÉSIDENTE

Vous étiez de la conspiration sans le savoir.

LE MARQUIS

On allait jusqu'à me prêter des bons mots, et je me trouvai sans

m'en douter avec une réputation d'homme d'esprit à soutenir, c'està-dire avec la charge qui coûte le plus, et qui rapporte le moins.

LA PRÉSIDENTE

Et, au dire de tous, on ne pouvait la mieux remplir.

LE MARQUIS

Mon pauvre frère aîné, qui n'avait rien à désirer, et qui représentait la dignité de la famille, mourut... d'ennui peut-être; le second se fit loyalement tuer l'année dernière, au siège de Fribourg... Fortune, titres, charges, tout me revint alors ; le roi va me donner un gouvernement ; mes parents veulent que je me marie ; ainsi, l'honneur, la gloire, la postérité delà famille reposent maintenant sur moi seul... se charge de l'esprit qui voudra... j'ai donné ma démission.

LA PRÉSIDENTE

Mais on ne l'a peut-être pas acceptée ?

LE MARQUIS

Au reste, moi, je ne connais que deux choses au monde, l'ennui et l'amusement... fuir l'un et chercher l'autre, voilà toute la vie, n'est-il pas vrai ?

LA PRÉSIDENTE

Mais je parierais que vous trouvez toujours celui que vous ne cherchez pas... que serait-ce donc loin de la cour et de Paris?... aussi, je suppose que ce gouvernement dont vous parliez..

LE MARQUIS

Manger à la cour les cent mille écus qu'il rapporte...

LA PRÉSIDENTE

Est tout ce que vous pouvez faire pour la province, n'est-ce pas ? S'imagine-t-on monsieur le marquis habitant une petite ville, recevant les notables de l'endroit et faisant sa cour... à une présidente peut-être ?

le marquis, riant.

Ah ! ah !

LA PRÉSIDENTE

Eh ! mais vous vouliez bien me faire la cour, à moi ?

LE MARQUIS

C'est très-différent !... d'abord, j'ai des chances de succès.

Je ne crois pas.

LE MARQUIS

Et si je voulais me faire aimer ?

LA PRÉSIDENTE

On ne peut pas tout ce qu'on veut.

LE MARQUIS

J'ai bien envie de vous prouver le contraire.

aria :...

M nas?

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