SCENE VI
LA PRÉSIDENTE
Ce serait singulier.
LE MARQUIS
Ce serait charmant.
LA PRÉSIDENTE
Eh ! mon Dieu ! à quoi cela vous servirait-il ? est-ce que l'amour d'une femme est un cadeau de noce à parer la corbeille d'une mariée ?
LE MARQUIS
Ah î vous savez?... un projet de mariage?
LA PRÉSIDENTE
Oui , vous offrez votre nom , votre rang, votre fortune à une femme...
LE MARQUIS
Qui ne demande que cela de moi.
LA PRÉSIDENTE
Vous la prenez sans savoir si elle vous convient, sans désirer qu'elle vous aime.
LE MARQUIS
Je ne suis pas romanesque, et il est temps que je me range.
LA PRÉSIDENTE
C'est-à-dire qu'après avoir fait des folies à vous tout seul, vous voulez faire une sottise à deux ?
le marquis , vivement.
Que tu as d'esprit, Lisette... ou Marton ?
la présidente , lui lançant un regard fâché. Ah!
le marquis , d'un ton plus cérémonieux. Je sens vraiment le désir de vous plaire : mon esprit et mon cœur se réveillent près de vous.
la présidente, moqueuse.
C'est cela !... Homme de cour et fort ennuyé, vous aimez la nouveauté, n'est-il pas vrai ?... Oui, quelque chose ici vous manque, monsieur le marquis, je le parierais ! Cette vie inutile, toute de vanité frivole et mesquine ; cette femme que vous épousez sans que votre cœur Tait choisie, sans que le sien se soit ému pour vous, ah ! tout cela vous semble insipide, n'est-ce pas?... (Avec un profond dédain.) Vous rêviez mieux peut-être ?... mais croyez-vous donc que l'actrice... Lisette ou Marton, comme vous dites, puisse vous donner tout ce qui vous manque ?
LE MARQUIS
Ce ton dédaigneux...
Vous étonne ?... Oh ! sans doute ce n'est pas ainsi qu'on accueille
d'ordinaire les doux propos de monsieur le marquis... Oui, je sais qu'il est des femmes étourdies et folles qui cherchent avec empressement ces hommes oisifs qui n'apportent près d'elles que des heures dont ils ne savent que faire, des paroles qui ne veulent rien dire, et une fastueuse inutilité dont ils sont vains. On m'avait dit cela ; mais j'en doutais encore, car je croyais qu'une femme devait garder son empressement pour le mérite, son estime pour les talents, son sourire pour ce qui est vraiment aimable, et sa tendresse pour celui dont la vie est glorieuse et utile.
LE MARQUIS
Utile?..
LA PRÉSIDENTE
Oui, utile !... ce qui n'empêche ni d'être agréable ni d'être amusant... (Riant.) Car convenez-en, monsieur le marquis, il y a bien des gens qui ne sont bons à rien, et qui n'en sont pas moins mortellement ennuyeux... Mais j'entends du bruit... la comtesse sans doute ?
le chevalier , en dehors.
Ce n'est pas elle.
LE MARQUIS
La voix du chevalier !
LA PRÉSIDENTE , à part.
Ah ! le chevalier qui avait imaginé une si jolie plaisanterie !
LE MARQUIS
J'entends aussi madame de Surgis.
(Il va au-devant d'eux.) la présidente , à part, sur le devant. Bien... voici l'ennemi... A mon tour à présent!... Du courage et même un peu d'audace! nous verrons si ce sera toujours aux dépens de la présidente qu'on rira.