‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 339 sur 350 · SCENE VIII. m · texte numérisé non relu

SCENE VIII. m

la présidente, continuant et regardant le marquis. Offrir à toutes les femmes un amour menteur ; déployer l'esprit, les grâces qui peuvent les charmer; et, s'il en était une qui mît son bonheur dans notre tendresse, l'abandonner bientôt pour des distractions nouvelles, ah ! voilà la comédie qu'on ne devrait pas j ouer, voilà celle où je ne voudrais pas de rôle, moi, et à laquelle je conseillerai toujours de renoncer.

MADAME DE SURGIS

Quel langage !

le chevalier, à demi-voix.

Vous voyez bien que c'est la présidente... Est-ce que Marton ferait de la morale ?

la présidente, à Lussan.

Vous, Monsieur, au lieu de vous charger du rôle de soupirant malheureux, ce qui est toujours un peu triste, que ne demandiezvous conseil au chevalier ?

LUSSAN

A lui ?

LA PRÉSIDENTE, SOUriant.

Sans doute !... un chevalier de Malte!... Est-ce que les chevaliers de Malte ne sont pas institués pour soumettre les infidèles ?

MADAME DE SURGIS, à part.

Infidèle !...

le marquis, à demi-voix.

Vous voyez bien que c'est Marton... Est-ce qu'une présidente plaisanterait ainsi ?

LA PRÉSIDENTE

Le bon sens naturel d'une femme étrangère au monde a dissipé le nuage qui enveloppait la vérité ; chacun sait maintenant à quoi s'en tenir. Chevalier, vous êtes un étourdi, vous ne connaissez pas encore le prix d'un naïf et sincère attachement, et vous courez trop après toutes les femmes pour qu'on vous en donne une à vous.

LE CHEVALIER

Quoi... encore?..

la présidente, V interrompant et s' adressant à Lussan.

Monsieur de Lussan, vous aimez de bonne foi : il vous en faut une qui sache préférer votre affection à de vains plaisirs : vous la cherchiez où elle n'était pas.

MADAME DE SURGIS

Je ne souffrirai pas plus longtemps...

(Le marquis l'arrête.)

la présidente , s' adressant au marquis.

Quanta vous, marquis, ah ! vraiment il n'est pas facile de savoir

ce que vous voulez : vous ne le savez pas vous-même !... Il faudrait amuser votre esprit, qui a le droit d'être difficile, intéresser votre cœur... il faudrait... mais de plus habiles s'en chargeront, sans doute. (Elle passe entre le marquis et la comtesse, A madame de Surgis.) Vous, Madame, vous apprendrez peut-être que les conquêtes sont plus faciles à faire qu'à garder, et que, si le brillant éclat d'une femme à la mode les attire, il faut quelque chose de mieux pour les fixer. (Mouvement de madame de Surgis. La présidente continue.) Recevez pourtant mes remerciements pour votre hospitalité, quelque singulière qu'elle ait pu me paraître : je lui dois de connaître ce que vous cachiez à d'autres, et la vérité est une si belle chose, qu'on ne peut la payer trop cher !... Chevalier, donnez-moi la main... Vous m'avez exposée à tant d'inconvénients à mon arrivée, que vous ne pouvez vous dispenser de protéger mon départ. Adieu, Madame , excusez-moi si je ne sais pas les beaux usages du grand monde.

(Elle sort avec le chevalier.)

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