‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 35 sur 350 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

MADAME d'hORBIGNY.

Voilà le nec plus ultra de l'obéissance féminine , il me semble ! et vous avez grand tort de vous plaindre.

forestier , à Marie.

Soit! mais au fond , vous avez de l'antipathie pour les gens qui me plaisent... et de l'amitié pour ceux qui me sont désagréables.

MARIE

Est-ce parce que j'ai pris à mon service, depuis trois mois , cette pauvre Fanny ?

J'ai été la première à te dire que tu ne devais pas avoir cette jeune fille chez toi.

MARIE

Tu sais que, dans les premières années de mon mariage, je n'avais plus entendu parler d'elle , ni de son Justin , ni de l'homme riche qu'elle s'était flattée d'épouser.

(Mouvement de Forestier ; madame d'Horbigny le regarde en souriant.)

MADAME D'HORBIGNY.

Pour échapper aux railleries de ses compagnes , elle quitta Paris avec une dame anglaise et voyagea plusieurs années.

MARIE

Je la trouvai pauvre et malade; elle revint près de moi, triste et découragée. Je lui offris un asile, elle accepta ; il y a si peu de ressources pour une pauvre fille!... M. Forestier, que j'avais eu le tort de ne pas consulter sur cette affaire , me parut d'abord mécontent ; mais il me semblait qu'il avait fini par la prendre aussi en amitié. madame d'horbigny , regardant Forestier avec malice.

A vrai dire, je le croyais aussi.

FORESTIER

Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

MARIE

De quoi donc ?

FORESTIER

De quoi ? tenez, pour ne citer qu'un exemple, M. Charles d'Arbel.

MARIE

M. d'Arbel!

madame d'horbign y , à Forestier. Vous l'avez pris dans une singulière affection.

FORESTIER

Et ma femme , dans une haine singulière ! écoutez : au moment où, voulant me retirer entièrement des affaires, j'allais en terminer une très-importante, l'homme avec qui je traitais, meurt, et laisse son bien à un neveu : ce neveu était M. d'Arbel que je ne connaissais pas du tout.

50 MARIE

MELCOURT.

Pauvre neveu , qui se trouva tout à coup riche héritier.

FORESTIER

Oui, mais qui, simple, bon, honnête, s'en rapporta complètement à moi , et me témoigna tant de confiance, qu'il était impossible de ne pas prendre de l'amitié pour lui ; si vous saviez tout l'intérêt qu'il m'a montré!... Pourtant, comme il aimait l'étude, la retraite , j'ai eu beaucoup de peine à le décider à venir ici.

MELCOURT.

Vraiment ?

FORESTIER

J'ai été obligé de l'y contraindre ! et je m'en suis presque repenti ! Marie le reçoit mal ; il s'en est aperçu, car je vois qu'il a de l'éloignement pour elle ; ils sont sans cesse à se dire des mots aigres et piquants , et tout cela , parce que je l'aime , moi, ce jeune homme.

MADAME D'HORBIGNY.

Ah ! ah !

forestier , à Marie.

Tâchez donc, ma chère, d'être plus aimable, ce soir! il va venir.

Encore ?

FORESTIER

En ce moment même, j'attends de lui un nouveau service.

un domestique , annonçant.

M. d'Arbel.

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