‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 40 sur 350 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

CHARLES

Comment ?

MELCOURT.

Voici la marche ordinaire : une femme qui ne peut aimer son mari se chagrine d'abord , s'ennuie ensuite , puis se jette dans le monde , pour s'é: ourdir et se distraire : Marie en est là ! mais ce bruit sans intérêt , cette foule indifférente, cette cohue , où l'esprit ne peut trouver place, et où le cœur est inutile, une femme distinguée n'y tient pas longtemps ! Qui remplace alors ce mouvement de tous les jours , je vous le demande ? Marie n'est plus la simple et bonne Marie ; c'est une femme vaine et coquette, elle en a la f rivoli té ; un homme du monde un peu adroit lui en fera facilement avoir les torts.

CHARLES

Oh ! ce serait affreux î

MELCOURT.

Voilà un grand mot pour une chose très-ordinaire.

CHARLES

Profiter du malheur ou de la folie d'une femme?

MELCOURT.

Pourquoi pas ?

CHARLES

Lui faire oublier ses devoirs ?

MELCOURT.

Si elle consent à ne s'en plus souvenir!

CHARLES

Auriez-vous le projet de l'attaquer ?

MELCOURT.

Auriez-vous celui de la défendre ?

CHARLES

Ah ! ne le tentez pas.

MELCOURT.

Des menaces? diable! cela rendrait l'entreprise plus

piquante.

CHARLES

Ces projets de séduction ne sont plus de notre temps : la société est d'une sévérité qui ne les tolère plus.

melcourt , souriant avec ironie.

Oh ! certes!... elle ne permet plus d'attacher de l'importance à l'amour, et ce siècle, qui perfectionne tout , en a banni le sentiment moral qui l'excusait. Nos jeunes gens , pour échapper aux passions profondes, ont fait d'une noble affection quelque chose de moins qu'un plaisir ; mais enfin, tel qu'il est, caprice ou passetemps, il occupe encore une bonne place dans la vie ! Le ministre,

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en préparant ses projets de lois, l'ambassadeur, en rédigeant ses protocoles, le juge, au milieu de ses procès, les plus grands hommes, comme les plus vulgaires , rêvent encore à leurs idées ou à leurs espérances d'amour. Seulement on met l'égoïsme à la place du dévouement ; la grossièreté à la place de la tendresse, on recouvre le tout d'hypocrisie... et l'on appelle cela de la vertu!... voilà toute la différence.

CHARLES

Ah !... je connais de notre temps, Monsieur, des gens vertueux, irréprochables ; et ceux dont vous parlez , dont vous adoptez les principes , il faut empêcher qu'ils approchent de ces femmes faibles ou frivoles pour lesquelles ils peuvent devenir dangereux.

MELCOURT.

Que vous importe?

CHARLES

Non, Marie ne vous écoutera pas ! vous ne...

Vous êtes fou, mon ami... et vous l'aimez encore.

CHARLES

Non , Monsieur, je ne suis pas fou , et je ne l'aime plus ! mais je ne sais pourquoi, depuis que vous parlez, tout mon cœur se révolte contre vous. Celui qui la séduirait, qui la rendrait coupable... eh bien ! malheur à lui ! il aurait ma vie ou j'aurais la sienne !

MELCOURT.

Quelle plaisanterie !

CHARLES

Et pourtant Marie, je la hais , je la méprise.

( Marie est entrée par la porte de gauche et s'est arrêtée ; Mclcourt

l'aperçoit. )

MELCOURT.

Arrêtez !

CHARLES

Ah! c'est juste! sortons, sortons.

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