‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 42 sur 350 · MARIE , FORESTIER , CHARLES · texte numérisé non relu

MARIE , FORESTIER , CHARLES

forestier, amenant d*Arbel presque de force. Eh ! non , monsieur d'Arbel , mille fois non !... vous rentrerez... que signifie cette querelle avec M. de Melcourt ?

CHARLES

Rien, rien, je vous jure.

FORESTIER

C'est un fat qui se moque de tout, et qui se soucie autant de la réputation d'une femme, que... ( Apercevant Marie. ) Ah! vous êtes ici, Madame?

MARIE

Je me retire.

FORESTIER

Non, restez! je ne suis pas fâché, avant mon départ, de vous dire une fois ce que je pense; car, voyez-vous bien, ce M. de Melcourt, sans cesse sur vos pas...

MARIE

Éloignez-le si vous voulez, Monsieur, recevez ou chassez qui vous plaira, je n'oppose aucune volonté à la vôtre, aucun désir, aucun regret!... que m'importe ce qui se passe ici?... ce que vous ordonnez chez vous? ce que vous exigez de moi ? mon sort est... ce qu'il est!... je me soumets, je ne crains ni n'espère plus rien. Charles , à part.

Que dit-elle?

forestier, avec étonnement.

Que signifie cela? on croirait à vous entendre que vous êtes désolée, désespérée? que je suis, moi, cruel, injuste, méchant?

MARIE

Oh ! non, non, je ne dis pas cela !

Je sais bien que la différence de nos âges, de notre éducation, de nos idées, a jeté du froid entre nous : puis... mais j'ai cherché, j'ai désiré votre bonheur! ( Avec amitié.) Marie, avez-vous donc été si malheureuse avec moi ?

marie, d'un ton affectueux.

Pardonnez! depuis quelque temps, je ne suis pas bien; mon humeur s'en ressent... mais je ne veux pas que vous me croyiez ingrate envers vous I ... non ; vous m'avez rendue heureuse, et c'est moi qui ai tort !

FORESTIER

Peut-être la vie que vous menez est-elle trop fatigante?... ces

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veilles continuelles... (s'aclressant à Charles ) pour une femme

qui n'y est pas habituée?

CHARLES

Comment? chaque jour ne voit-il pas, depuis longtemps, les plaisirs et les fêtes se succéder pour madame?

FORESTIER

Longtemps? eh ! mon Dieu ! non ; c'est depuis trois mois seulement.

CHARLES

Depuis trois mois ?

marie, voulant interrompre son mari.

Il fallait, disait-on, faire comme tout le monde, puis, vous-même vous le souhaitiez... et jamais je ne vous vis si content que le jour où, parée pour le bal, je vous priai de m'y conduire.

Oui, sans doute, je croyais que notre maison allait devenir animée et joyeuse; que vous recevriez mes amis, que vous jouiriez enfin des avantages de notre fortune, avantages que vous avez toujours paru dédaigner, et que vous renonceriez à cette vie solitaire que je ne pouvais vous faire quitter.

charles , un peu vivement.

Quoi ! Madame, vous avez passé des années dans la retraite ? marie, cherchant à empêcher son mari de reprendre, et souriant.

Qu'y a-t-il là d'extraordinaire? que de femmes vivent ainsi , et trouvent dans la solitude un bonheur que le monde ne donne pas.

FORESTIER

Il était joli votre bonheur ! comment vous trouvais-je quand j'allais vous surprendre dans cette petite chambre où vous passiez vos journées?

charles , avec un intérêt qu'il cherche à cacher. Comment donc ?

marie.

A lire, à peindre, à chanter... que peut-on faire de mieux quand on est seule?

forestier, à Charles.

Imaginez-vous que je lui avais donné les plus beaux meubles dans un appartement magnifique, un boudoir délicieux ; eh bien ! où avait-elle confiné sa vie?

MARIE

Mais qu'importe à monsieur ?

CHARLES

Oh! si fait! si fait!... ( A Forestier. ) Continuez, je vous prie.

Oui, quand ce ne serait que pour la singularité du fait ! Figurez-

prie.

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