ACTE III, SCENE III
MADAME d'hORBIGNY.
Non, ma chère! mais auras-tu le courage d'en tendre la
vérité ?...
MARIE
Voyons, parle!...
MADAME D'HORBIGNY.
Eh bien ! s'il faut te dire tout , j'ai des raisons de croire qu'il aime... une autre que toi.
MARIE
Ciel!... est-il possible?...
MELCOURT.
i Non !... cela ne peut être!... puisque ce matin encore... marie , un peu rassurée.
Mais oui !... ce matin, là, il me répétait que notre mariage ferait son bonheur.
MADAME D'iîORBÎGNY.
Écoute ; j'ai cru que la délicatesse m'obligeait à te faire cette confidence, et si je ne l'ai pas faite plus tôt , c'est que tu avais positivement défendu qu'on parlât de M. d'Arbel, qu'on prononçât même son nom; voilà pourquoi j'ai hésité jusqu'à ce moment ; Charles se
regarde comme engagé avec toi , il t'épousera mais il a dans le
cœur une passion... une vraie passion., malheureuse... marie , vivement.
Mais sais-tu, Albertine , ce que tu dis là?... sais-tu que c'est ma vie que tu détruis d'un mot?... que je ne survivrais pas à la tendresse de Charles?... que je mourrais?
MELCOURT.
Quelle autre femme pourrait vous remplacer pour lui ?
Ah ! je ne le laisserais pas à celle qu'il me préfère ! ses serments sont à moi ! aujourd'hui nous serons unis, elle ne le verra plus, elle ne se réjouira pas de ma douleur !
MADAME D'HORBIGNY
Eh mon Dieu ! elle n'eut jamais une semblable idée ! elle lui
a plu sans le vouloir !... elle ne l'aime pas !...
MARIE
Tu vois donc bien qu'il m'aime encore, moi qui l'aime tant !...
MADAME D'HORBIGNY.
Je crus d'abord que c'était pour me parler de toi qu'il me cherchait.
marie , étonné.
Qu'il te cherchait?... (Riant.) Quoi!... ce serait?. ..
80 MARIE
MADAME d'hOUBIGNY.
Qu'y a-t-il là de surprenant et de risible? comme toi je suis
veuve, je suis plus jeune que toi.
MARIE
Plus jeune!...
melcourt , souriant.
Sans doute !... cela devait arriver... avec le temps !...
MADAME d'HORBIGNY.
Enfin, je le trouvais toujours sur mes pas, et comme tu lui avais
interdit ta présence, moi j'en avais pitié î je lui disais combien
ton mari t'aimait, car ton mari vivait encore, et c'est pour cela que le cœur de M. Charles chercha des consolations et que je ne refusai pas de lui en donner ! Longtemps nous parlâmes de toi : d'abord il était triste, mais sa mélancolie se dissipa; il devint gai, joyeux même !... il parut avoir oublié le passé ; il parlait d'espérance et de bonheur à venir ; il cherchait à me plaire , lui qui , jusque là, n'avait fait de frais pour personne!.... pourtant, jamais il ne m'avoua
son amour! seulement un jour, il avait, disait-il, un secret à me
confier, d'où dépendait le reste de sa vie, il allaitjparlcr enfin !... ce jour-là nous apprîmes la mort de M. Forestier... tu étais libre... i! ne me parla pas !... mais qui vient ici ?... ah ! c'est Cécile ?...