SCÈNE III
Madame D'HORBIGNY , MARIE , MELCOURT.
MADAME D'HORBIGNY.
Enfin, je te rencontre ! je suis venue deux fois hier, je n'ai trouvé que ta tille, ma chère petite Cécile, que j'aime tant, surtout depuis les deux mois où tu me l'as confiée : connaissez- vous, monsieur Melcourt , rien de plus aimable que cette enfant? Mais où est-elle
donc?...
Là , tout près ; mais si elle sait que tu es ici , je parie que nous allons la voir arriver, car elle a conservé une grande reconnaissance du temps passé près de toi.
MADAME D'HORBIGNY.
C'est qu'entre nous soit dit , elle s'amusait un peu plus que chez toi : je lui avais caché que la maladie de son père était dangereuse,
78 MARIE
et j'inventais chaque jour quelque distraction? c'est toujours deux mois de plaisir qu'elle a gagnés !... mais que fais-tu donc , toi , depuis quelque temps ? impossible de te trouver? tu es invisible
pour tes amis!...
MARIE
Mille affaires viennent prendre tout mon temps dans des jours comme ceux-ci.
MADAME D'HORBIGNY.
Mais c'est qu'il aurait fallu justement que des jours comme ceuxci ne vinssent pas avant que je t'eusse parlé.
MARIE
Pourquoi cela ?
MELCOURT.
Vous allez voir que madame voulait être juge, ou conseil au moins, dans tous les apprêts , achats , corbeille et accessoires obligés d'un mariage.
MARIE
Pas d'un mariage comme le nôtre.
MADAME D'HORRIGNY.
Oh ! vous êtes à mille lieues de la vérité ! mais je vais tout
dire... même devant M. de Melcourt! c'est notre ami ?
MELCOURT.
J'espère que madame Forestier n'en doute pas.
MADAME d'hORBIGNY.
Oui, et quant à moi, je sais à merveille que nous ne nous entendons sur rien, que nous ne nous épargnons pas les malices et les épigrammes , et que nous ne nous aimons guère ; mais il y a si longtemps que cela dure que nous sommes d'anciens amis. melcourt, avec ironie.
Assurément!...
MADAME D'HORBIGNY.
Alors donc , je parle ! Écoute , Marie , prends bien garde en
épousant M. d'Arbel.
MARIE
Comment que je prenne garde !...
MADAME D'HORBIGNY.
Je sais que tu l'aimes depuis longtemps , et qu'il le mérite. C'est un homme aimable, d'une figure charmante , car il tsé change pas le moins du monde, il est toujours jeune ! entin c'est un des hommes les plus agréables qu'on puisse rencontrer. marie, riant.
Est-ce pour cela qu'il ne faut plus l'aimer?...