ACTE III, SCENE V
pour un noble caractère!... et alors, le mariage, ce lien si souvent malheureux, peut donner à la jeunesse un tel bonheur, que la douceur s'en répande jusque sur les froides années de la vieillesse !... La vie est un seul et unique souvenir !
CÉCILE
Mon Dieu ! qu'on doit être heureux en ce monde î
MARIE
Une grande fortune, ma Cécile, aplanit bien des difficultés !... et tu seras très-riche.
CÉCILE
Ah ! quelle joie !
MARIE
Comment ? est-ce que tu aimerais l'argent ?
CÉCILE
Ce n'est pas pour moi !
MARIE
Pour qui donc ?
Cécile, avec finesse et gaieté.
Nous parlerons de cela plus tard... Aujourd'hui, maman, c'est de
vous, de votre mariage qu'il s'agit. Pour le mien, nous verrons après.
Il me suffit de savoir qu'on respectera ma volonté, qu'on approuvera
mon choix, et qu'on me permettra de faire valoir les droits et le mé-
* rite de celui qui me plaît.
MARIE
Qui te plaît ?
Cécile, souriant.
Ou qui me plaira.
MARIE
Oui ; car tu ne peux avoir encore aucune idée de ce genre, n'estce pas, ma fille ?
Cécile, gaiement.
Puisque je réserve mes confidences...
MARIE
Mais, tu ne connais personne !... Il n'est pas venu de jeunes gens à la maison depuis plus d'une année.
cécile, avec gaieté et un petit air important.
C'est cela !... je ne connais personne !.... je n'ai pas vu de jeunes gens!... je suis encore un enfant !... Vous oubliez, ma belle maman, que vous venez de me traiter en personne raisonnable , et que je le
suis! Vous oubliez que je l'étais déjà depuis longtemps ! que
l'année dernière , pendant deux mois , j'ai été presque maîtresse de toutes mes actions, et que je voyais tous les jours une foule de beaux jeunes gens aux eaux de Baden, où m'avait menée notre cousine, madame d'Horbigny, et où j'étais vraiment plus raisonnable qu'elle ;
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car souvent, j'aurais mieux aimé rester à la maison , que de courir dans toutes ces parties de plaisir dont elle ne voulait pas manquer une seule.
MARIE
Et c'est là ? aux eaux de Baden ? Eli bien ! mais , dis-moi donc cela , je veux tout savoir.
Cécile , souriant.
Décidément, vous ne saurez rien aujourd'hui. Ce serait mal à moi de vous distraire. Soyez toute à votre prétendu, madame la mariée. Je veux que vous fassiez de la toilette.
MARIE
Nous avons le temps de songer à ma toilette ; c'est de toi que je veux m'occuper : ce que tu viens de me dire...
CÉCILE
Encore une fois, non, maman ; je ne vous dirai rien aujourd'hui!.. Et les cadeaux que vous n'avez pas encore vus !.. . tout cela pour vous occuper de moi ! Oh ! je ne veux pas le souffrir. Je vais vous aider à vous parer.
MARIE
Ta gaieté me fait du bien. Je la regrettais depuis longtemps : elle eût manqué à un jour comme celui-ci !
CÉCILE
Et il n'y manquera rien !.. oui, j'étais triste... et ma tristesse s'est dissipée comme par enchantement. C'est un bon présage. un domestique, entrant.
Le notaire de madame la baronne est arrivé.
Qu'il entre dans mon cabinet, où j'irai le retrouver. (Le domestique sort.) Adieu, ma Cécile; dans peu d'instants , tu viendras me rejoindre.
CÉCILE
Oui ; à bientôt !
(Elles s'embrassent.) iMArie , en sortant par la gauche.
Il faut que je sache ce grand secret.