‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 73 sur 350 · ACTE III, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE X

Charles, à part.

Quel supplice !

madame d'horbigny, à mi-voix à Melcourt. Ce pauvre Charles !... comme il est troublé !... {Haut à Cécile.) Voyons donc, Cécile, quelle figure tu fais !.... pourquoi ne parles-tu pas à M. d'Arbel?... c'est une ancienne connaissance..... et tu étais si contente avec lui.

marie, se retournant avec surprise.

Comment?... mais... Cécile ne connaît pas monsieur.

MADAME d'hORBIGNY.

Si fait ! si fait ! ils étaient les meilleurs amis du monde aux eaux de Baden, Tannée dernière.

marie, stupéfaite.

Aux eaux de Baden !

melcourt, à part.

Mon Dieu! qu'est-ce que j'entrevois?

MADAME D'HORBIGNY.

Tu sais bien que tu me l'av ais confiée pendant la maladie de M. Forestier, et que nous avons passé six semaines à Baden?.... M. d'Arbel ne nous a presque pas quittées...

marie , avec une douleur concentrée.

Ah !...

MADAME D'HORBIGNY.

Imagine qu'ils jouaient comme des enfants !,,... Cécile était d'une gaieté folle !.. , et M. Charles... c'est, à vrai dire,|le seul moment où il se soit montré tout à fait aimable !... C'est l'époque dont je t'ai parlé tantôt.

marie, à elle-même, avec angoisse.

Quelle idée!... mais non! cela n'est pas possible! oh!... non! non!...

Et, depuis ce temps, que de fois Cécile m'a dit : Est-ce qu'on ne reverra plus M. d'Arbel?...

MARIE

Ah !.. . Cécile disait cela ?. . .

MADAME D'HORBIGNY.

Je ne savais que répondre ; tu avais exigé de lui une année d'absence.

marie, froide et digne.

Et j'ai bienfait; n'est-ce pas, monsieur d'Arbel?.., Charles, dans le plus grand trouble.

Marie!...

marie.

Silence !.... (Tirant madame d'Horbigny à l'écart.) Je me sou-

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viens; ce matin tu m'as dit quelque chose il te voyait chaque

jour !.... d'abord il était triste puis il devint joyeux !...

MADAME d'hORBIGNY.

Sans doute !. .. mais ce matin tu ne m'écoutais pas.

MARIE

Il avait oublié le passé ?... il parlait d'avenir? Je n'étais pas veuve alors... et Cécile était là !...

MADAME D'HORBIGNY.

Je te répète que nous avons passé près de deux mois tous les jours ensemble.

Oh ! mon Dien!... il est donc vrai?... ah ! je le disais à l'instant,

il est des femmes bien malheureuses, pour qui le sort est sans

pitié !...

MELCOURT.

Que dites-vous?

MARIE

Oui !.... il en est qui n'avaient pas mérité peut-être une destinée si cruelle!.... Moi, j'en connais une de ces femmes dont toute la vie fut affreuse !... Si vous saviez ?....

MELCOURT.

Quelles idées....

MARIE

Elle allait être à l'époux que son cœur avait choisi !.... toute son âme, elle la lui avait donnée!... puis, vint un jour.... un jour affreux, où il fallut choisir entre son amant et son père, où il fallut devenir une fille dénaturée, ou une amante infidèle !...

CÉCILE

Ah ! ce jour dut être affreux !...

marie, vivement.

Comment savez-vous cela ?... Non, vous ne comprendrez jamais ni sa douleur ni son courage!... Le sacrifice qui lui était commandé, elle le fit!... et pourtant rien ne peut exprimer la souffrance de son âme... cette souffrance horrible à laquelle elle ne céda point... dont elle triompha pour remplir son devoir de fille!.... Elle écrivit alors à celui qu'elle aimait lui apprit qu'elle renonçait à lui!.... cette lettre.... la voici !.... ( Elleva au secrétaire et prend la lettre. ) Je veux que vous y voyiez ce que peut le courage quand il est soutenu par la tendresse filiale!... Ecoutez !.... mais non !... (à elle-même) cette épreuve.... (Haut.) C'est vous qui lirez, Cécile!...

CÉCILE

Moi?...

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