DEUX JOURS D'EXPERIENCE
Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois, sur le Théâtre-Français , le 15 mars 1858.
A M. X. B. SA1NTINE,
Que cette nouvelle comédie porte avec elle un souvenir d'amitié pour vous , notre plus ancien ami ; pour vous qui avez attaché mon nom au plus charmant de vos ouvrages, à cette Picciola, ravissante création, si simple, si poétique et en même temps si originale ; pour vous qui savez si bien quel trésor est réservé au noble cœur qui sent les joies de l'affection et les plaisirs de la pensée.
L'indulgence qui a, cette fois encore, accueilli mon ouvrage, m'inspire toujours plus de reconnaissance que d'orgueil : j'aime à croire à la bienveillance qui me protège, et j'ai plus de plaisir à compter sur les autres que sur moi-même ; car, dans la vie retirée que je mène habituellement par choix, j'éprouve que l'amitié est le bonheur et le charme de tous les instants , et je crois que la gloire ne doit pas servir à grand'chose au coin du feu.
Mais ce qui vaut mieux que la joie du succès , c'est le plaisir du travail : il n'a besoin ni de bruit ni de triomphe ; il me semble même que l'idée utile et bonne qu'on pourrait exprimer et publier devrait être comme l'arbre qu'on plante. Pourvu que son ombrage et ses fruits servent un jour aux autres , qu'importe le nom oublié de celui qui l'a planté ?
Il y a dans la pensée mélancolique qui préside à Isabelle ou Deux jours d'expérience une espèce d'austérité qui me faisait redouter beaucoup la première représentation ; puis on me pariait de méchants envieux et de tristes rivalités : car, si j'ai des amis et même des flatteurs , j'ai bien aussi quelques ennemis. Au milieu d'une ville comme Paris, est-ce qu'on ne rencontre pas un peu de tout? Et pourtant j'ai obtenu ce que je souhaitais. Quatre ouvrages de moi, joués au Théâtre-Français, ont été écoutés avec bienveillance : Marie et Isabelle, en trois actes; un Mariage raisonnable et le Château de ma nièce, en un acte ; et maintenant je vais retrouver avec une joie infinie mes heures rêveuses et insouciantes, et cette vie de la pensée et du cœur qui passe à côté des choses de ce monde sans les sentir et sans ks voir, et dont le bonheur idéal peut adresser à la destinée ce vers du Tasse :
Brama assai, poco spera e nulla chiede.
Virginie Angelot.
Paris, le 16 mars 1838.
ISABELLE
ou