‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 78 sur 350 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

un domestique , annonçant M. le docteur Dambleville.

Isabelle, avec joie.

Enfin quelqu'un !

MADAME DE COURTENAY

Bonjour, monsieur le docteur.

dambleville , salue tout le monde.

Que personne ne se dérange, je vous prie, (souriant) et s'il le faut, je l'ordonne.

Isabelle , souriant et se levant vivement, lire un fauteuil. Monsieur le docteur, on aime beaucoup mieux les prières d'un ami que les ordonnances d'un médecin !

dambleville.

Ah ! vous permettez, Mesdames ? (Il s'assied.) Que l'on est bien ici ! Quand j'arrive au Marais, dans cette paisible rue Saint-Louis, et que j'entre dans cette maison si régulière et si calme, j'éprouve un sentiment de bien-être, et je me sens heureux au milieu d'une famille si complètement exempte des peines de la vie ! madame de courtenay , soupirant à part. Hélas!

dambleville , désignant madame de Courtenay. Quel plaisir de voir, d'admirer une mère qui n'a vécu que pour son fds ! un fils (il désigne Léonce) si raisonnable, si sage ! trop peut-être !

madame de courtenay, tristement et regardant Léonce. Mon pauvre fils !

dambleville , désignant Isabelle.

Tenez, seulement en voyant mademoiselle de Monville, on se sent tout réjoui. Cette jeune personne charmante, qui retrouve au milieu de vous la famille qu'elle a perdue et donne de la joie à tout ce qui l'entoure.

Isabelle , à part.

Comme si l'on pouvait donner ce qu'on n'a pas?

dambleville, désignant mademoiselle Monistrol. Puis cette bonne gouvernante, mademoiselle Monistrol, à qui sa tendresse pour l'enfant qu'elle a élevée...

mademoiselle monistrol.

A fait quitter Paris : car on peut dire qu'ici, au Marais, l'on vit absolument comme en province ; et c'est dur quand on n'est qu'à quelques rues de la capitale. Mais je ne puis quitter cette chère Isabelle , et c'est pour elle que je regrette le monde dont elle est trop séparée.

DAMBLEVILLE.

Ah ! dans ce Paris que vous regrettez, combien d'intérêts qui se

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froissent, de passions qui s'agitent, d'événements qui bouleversent toute l'existence en quelques heures! tandis qu'ici tout est tranquille, uniforme et...

Isabelle , vivement et gaiement.

Et si l'on s'est ennuyé la veille, on a l'avantage d'être sûr qu'on ne s'amusera pas le lendemain.

MADAME DE COURTENAY

Ah ! Isabelle !

Isabelle , se lève, va près d'elle, s'assied sur le petit siège

et dit d'un ton caressant.

Pardon, Madame, ne me croyez pas ingrate ! je vous aime comme si vous étiez ma mère !

madame de courtenay , l'embrasse sur le front et regarde

Léonce qui fait un mouvement.

Ma fille, vous êtes tant aimée ici !

dambleville , qui a vu le mouvement de Léonce et qui

s'est levé.

Vous avez mal aux nerfs, monsieur Léonce : depuis un mois que vous êtes de retour d'Italie, votre pâleur et votre air souffrant nous inquiètent. En votre absence n'ai-je pas guéri madame votre mère ? Et cette charmante mademoiselle de Mon ville, est-ce qu'on voit seulement qu'elle a été malade ? J'en veux faire autant pour vous : c'est bien le moins. A peine arrivé, vous avez voulu vous charger de mon procès ; mais si vous souffrez, vous plaiderez mal, et ma cause est perdue.

léonce , vivement.

Je la gagnerai ! il faudra bien que je la gagne !

dambleville.

Vous vous êtes fait avocat, je ne sais pas trop pourquoi ?

léonce , simplement.

Pour être utile, Monsieur.

DAMBLEVILLE.

Le talent de la parole est maintenant le premier moyen de parvenir : c'est vrai.

Léonce , tristement.

Je ne veux parvenir à rien.

DAMBLEVILLE.

C'est cela : triste, découragé... Vous êtes malade ; et la santé est tout ! la force, le talent, le génie! et mes craintes... léonce , vivement.

Soyez tranquille quand je défends vos intérêts; car tout ce que j'aime fut sauvé par vos soins ! et soyez-en sûr, mon ami, le talent vient du cœur !

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