‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 85 sur 350 · ACTE I , SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE V

DAMBLEVILLE.

Sans doute.

LÉONCE

De votre procès, je parie ?

DAMBLEVILLE.

Ah ! mon malheureux procès!... le voilà en bonnes mains !

LÉONCE

Comment î

DAMBLEVILLE.

Un jeune homme...

LÉONCE

Qui est votre ami, docteur.

DAMBLEVILLE.

Qui n'avait pas déjà trop de raison, et qui maintenant...

Léonce , joyeux.

Le bonheur me donnera du talent.

DAMBLEVILLE.

Vous êtes donc heureux ?

LÉONCE

J'ai l'espoir de l'être.

Quoi! réellement? vous êtes amoureux, vous ?

Léonce, étonné.

Mais...

DAMBLEVILLE.

Vous aimez mademoiselle de Monville ?

LÉONCE

Qui vous Fa dit ?

DAMBLEVILLE.

Vous en êtes aimé ?

Léonce, vivement.

Le croyez-vous?

DAMBLEVILLE.

C'est assez naturel... mais depuis quand donc Faimez-vous ?

LÉONCE

Depuis le premier jour où je Fai vue.

dambleville , étonné.

Comment? il y a six ans qu'elle est dans votre famille.

LÉONCE

Il y a six ans que je l'aime.

dambleville, avec étonnement.

Mais vous êtes parti le jour où elle vint chez madame votre mère

LÉONCE

Oui,., c'était à la campagne où je vivais depuis mon enfance,

malade et seul, sans que rien attirât mon attention. J'avais atteint ainsi ma dix-huitième année, et aucune étude n'entrait dans mon esprit, aucun amusement n'avait pu me distraire de mes rêveries; je ne sentais ni force, ni joie, ni volonté ; je ne vivais pas, j'attendais la vie... Isabelle parut, je n'attendis plus rien.

dambleville, dont la surprise redouble.

Madame votre mère la reçut à quatorze ans.

LÉONCE

Immobile devant cette gracieuse et charmante enfant, je ne pouvais détourner mes yeux de cette contemplation. Isabelle, élevée au milieu du monde, était habituée à l'élégance, à l'esprit, aux talents, comme à l'air qui la faisait vivre ; elle exprima naïvement l'effroi que lui causait ce sauvage examen et sourit malignement à ma complète ignorance de toute chose. Le lendemain, docteur, sans prévenir ma mère, sans l'initier à mes projets, je l'avais quittée, je m'étais séparé d'Isabelle, j'étais à Paris.

DAMBLEVILLE.

Seul ?

LÉONCE

Ma faiblesse était devenue force et courage, une vie nouvelle m'animait; j'avais un but et j'étais décidé ! Pendant trois ans des études sévères et de rudes voyages développèrent mon corps et mon esprit... je sentis mon âme s'agrandir sous une foule de pensées qui s'y pressaient , et quand je revins , mon ami , j'étais un homme et Isabelle avait dix-sept ans.

DAMBLEVILLE.

Je vous vis ensemble alors et je ne me serais jamais douté, je l'avoue , que vous étiez amoureux. Occupé de graves études, sérieux , froid , il n'y avait rien en vous qui révélât la jeunesse et l'amour.

Léonce, vivement.

Mademoiselle de Monville, celle que j'aime, la femme que j'ai choisie, doit être la noble et digne compagne de toute la vie d'un honnête homme, et non le caprice passager de la jeunesse d'un étourdi. Ma mère renfermait Isabelle, ne laissait personne l'approcher, et j'avais deviné que son projet était de nous unir... mais proiiter de sa solitude, de sa dépendance et de son ignorance de l'amour pour obtenir celle que j'aimais ! Non , cette idée eût révolté mon âme... je voulais qu'elle vît le monde, qu'elle fût entourée, fêtée, et que sa raison comme son cœur déterminât son choix.

DAMBLEVILLE.

Et pendant ce temps-là, mademoiselle Monistrol a manqué de lui faire épouser le marquis de Tréneuil, et vous avez manqué vous tuer, vous , en Italie, où vous avait emporté le désespoir que vous

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