ACTE I, SCENE VI. H
Isabelle, d'un ton enfantin et caressant. Oh ! ne faites pas un air sévère et inquiet... comme votre mère, car je n'oserais plus parler.
Léonce, se remettant.
Et il faut que je sache tout. Parlez donc !
ISABELLE
Oui ! et vous me protégerez près de madame de Courtenay, car, vous le savez, monsieur Léonce, elle seule a le droit de disposer de moi! ma mère lui remit tout son pouvoir!... sans son consentement, je ne puis accorder ma main !
Léonce, troublé.
Votre main !... que dites-vous?...
ISABELLE
Si le choix de mon cœur ne lui convenait pas !...
léonce, douloureusement.
Le choix de votre cœur ?
ISABELLE
Elle peut empêcher mon mariage.
LÉONCE
Votre mariage ?
ISABELLE
Si celui qui m'aime... et que...
Léonce, vivement et avec un peu de violence. Et que vous aimez, n'est-ce pas ?... Mais au nom du ciel, achevez donc! Qui est-il?... qui a osé?...
Isabelle, effrayée.
Que dites-vous?... mais... vous tremblez !
léonce, essayant de cacher son trouble.
Moi?... non!... je suis calme!... très-calme!... seulement je crains... Ah! celui qui a surpris votre cœur, celui qui s'est fait aimer ( il s'anime ), il n'est peut-être pas digne de vous ! il ne vous aime pas comme vous devez être aimée!... comme un autre... Isabelle, l'interrompant et vivement.
Ah ! ne craignez rien ! il m'aime, et il est digne d'être aimé... Bon, aimable, fait pour plaire, sa joie, sa gaieté, si éloignée de la triste austérité de ces lieux, et aussi des qualités plus solides, m'a dit souvent Charlotte, car elle le connaît depuis longtemps ; et si vous entendiez comme elle en parle ! comme elle le loue ! comme elle me répète que nul ne m'aime autant que lui ! léonce, hors de lui.
On vous trompe, Isabelle ! on vous trompe !
Isabelle, vivement.
Non ! quand vous saurez qui c'est, vous l'aimerez,,
11 h ISABELLE.
LÉONCE
Jamais !
Isabelle, vivement.
Mais vous l'aimez déjà !
LÉONCE
Moi?
ISABELLF.
Vous le disiez tout à l'heure.
LÉONCE
Comment?
ISABELLE
Votre amitié, votre dévouement pour lui seront de toute la vie.
LÉONCE
Qui est-ce donc ?
ISABELLE
Il a sauvé vos jours !
Léonce, douloureusement.
C'était déjà votre ami !... ce sera votre frère, n'est-il pas vrai ?
Léonce, s' éloignant d'elle.
Oui, mon frère... ah ! mon Dieu !