ACTE I, SCENE VII. Mo
ALBERT
Un étranger de ma connaissance esta Paris depuis peu, avec un riche coffre-fort tout plein et d'immenses salons tout vides. la marquise, riant.
Oh!... il ne manquera pas d'amis qui se chargeront de remplir les uns et de vider l'autre.
ALBERT
Je lui ai promis qu'une femme à la mode consentirait...
la marquise, moqueuse.
A lui fournir des amis et des connaissances, comme le tapissier lui fournit des banquettes.
ALBERT
Cela se fait ainsi.
la marquise, d'un ton moqueur.
Alors, proposez à mon mari, qui est à la tête d'entreprises d'industrie, d'établir une compagnie pour donner des bals à domicile : quant à moi, je n'entends rien aux affaires.
ALBERT
Et pourquoi manquer une occasion de s'amuser ? la vie doit être un jour de fête ! (A Isabelle.) N'est-il pas vrai ? Isabelle, riant.
C'est possible.
LA MARQUISE
Ce n'est pas sûr î... elle peut être un jour de combat.
Léonce, faisant un mouvement.
Oui !
Albert j très-gaiement.
Alors, on en fait un jour de victoire.
LA MARQUISE
Sans doute.
Léonce, essayant de sourire.
Mais il faut parfois un grand courage.
Albert, allant à lui.
Qu'avez-vous, Léonce! Est-ce que vous souffrez?
LÉONCE
Moi ! non.
Isabelle, à demi-voix à la marquise.
J'ai tout confié à M. Léonce.
la marquise, à demi-voix.
Et moi, j'ai écrit à sa mère.
Albert, à Léonce.
Mais en vérité, mon ami, vous avez l'air de m'en vouloir,
LÉONCE
0 Dieu ! ne le pensez pas.
116 ISABELLE
Isabelle, vivement.
Lui qui répète chaque jour que rattachement qui vous unit sera un dévouement éternel î
LA MARQUISE
Oh ! c'est un noble cœur que celui de M. Léonce, de ton frère; il justifiera ta confiance de sœur.
albert, saisissant la main de Léonce.
Est-il vrai, Léonce? Mon bonheur est remis à vos soins?
LÉONCE
Et moi, je n'oublie pas que je dois la vie aux vôtres.
aleert, gaiement.
Oui, sans doute, je vous ai tiré du Tibre, c'est bien ! je vous ai guéri d'une fièvre cérébrale, avec deux médecins, c'est mieux ! Mais croyez-vous que ce soit pour vous laisser mourir d'ennui à Paris? car vous êtes triste, sauvage, retiré du monde et des plaisirs... Je ne veux pas de cela ! la vie est une plaisanterie, il n'y a que les sots qui prennent la mystification au sérieux ! ( Bas à Léonce.) Nous nous amuserons. ( Léonce fait un mouvement de répulsion.) Oh ! comme il vous plaira ; voyez-vous bien , mon ami, moi, je ne veux que vous témoigner ma reconnaissance, car je vais vous devoir celle que j'aime, celle dont la grâce enchanteresse et la touchante bonté ont séduit tout mon cœur. (Il va vers Isabelle, qui causait bas avec la marquise.) Quel bonheur peut être le mien ! Léonce, à part.
Que je souffre !
(La marquise s'approche de Léonce, pendant qu'Albert parle bas à Isabelle.) la marquise, à Léonce avec un soupire étouffé. Elle sera heureuse! elle sera la compagne de celui qu'elle aime ; alors la vie est douce, la vertu facile et le bonheur certain. Léonce, comme à lui-même.
Oui, qu'elle soit heureuse !
LA MARQUISE
Madame votre mère vient de recevoir, dans une lettre de moi, la demande en forme de M. de Montigny et les détails de fortune. (Souriant.) Détails bien vulgaires ! Que voulez-vous? des amants peuvent, dit-on, vivre d'amour et de l'air du temps ; des mariés, cela ne s'est jamais vu. (Plus bas.) Isabelle n'a guère que quinze mille livres de rentes, je crois? Mais M. le comte de Montigny s'en contente, il l'aime tant! il peut hériter d'un moment à l'autre d'un oncle très-riche et très-vieux.