‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 96 sur 350 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

MADEMOISELLE MONISTROL

Ah ! que madame la marquise a raison ! un mariage, cela peut manquer !...

Isabelle , riant.

Pour ma bonne Monistrol un mariage qui manque , c'est une calamité qui équivaut à un incendie ou à un tremblement de terre.

MADEMOISELLE MONISTROL

Tous ne rirez pas toujours de ces choses-là. Isabelle , à la marquise.

Enfin, ma bonne Charlotte, je vais voir le monde, le connaître, on ne m'a rien appris de ce qui s'y passe; mais bien souvent j'en ai rêvé.

la marquise , souriant.

Et tu veux perdre tes doux rêves de jeune fille, si brillants et si

purs, pour la réalité? mettre l'expérience à la place des illusions?

échanger tes espérances d'amour contre le mariage, et la sécurité

de ta vie paisible contre les dangers du monde? Eh bien ! tu verras !

Isabelle, étonnée.

Comme tu dis cela ?

LA MARQUISE

Je plaisan'e ! mais parlons de ton mariage...

ISABELLE

Chère amie ! t'occuper de moi quand tant de plaisirs t'environnent?

LA MARQUISE

Oh ! sans doute, les plaisirs !... mais parlons de ton bonheur !

ISABELLE

Et du tien aussi ! car tu es la femme à la mode. M. Albert m'a dit cela î

LA MARQUISE

C'est possible !... mais parlons de tes amours.

Isabelle, la regardant en silence, avec étonnement. Oui, Charlotte, j'aime M. de Montigny... mais pour comprendre la folle joie que j'éprouve aujourd'hui, il faudrait savoir combien je souffrais de l'ennui... ce mal sans cause, mais dont on peut mourir. Rien ne m'avait donné l'idée de ces douces et gracieuses paroles de M. Albert, qui ont troublé tout mon cœur, de cette élégance, de cette gaieté, de cette vie toute de joie et de plaisir qu'il mène, et qui pourtant n'a point empêché une noble action. la marquise , vivement. Oui, il a risqué sa vie pour sauver M. Léonce, qui lui était inconnu ! mais sais-tu qu'il l'expose souvent dans un duel ? pour moins que cela? pour une course de chevaux, un pari, un rien?

122 ISABELLE

Que cette audace étonne et charme ! {Elle s'anime.) Qu'on admire malgré soi, dans un homme, ce courage qui vous eifraieî Isabelle , la regardant avec surprise.

Oh ! que tu as raison !

MADEMOISELLE MONISTROL

Comme j'aurais aimé épouser un militaire!

ISABELLE

C'est à toi, Charlotte, que je devrai tout mon bonheur !... te souviens-tu, à ton dernier bal? Je ne puis encore expliquer ce qui se passait en moi ; la musique m'agitait, la danse me rendait folle... et la voix de M. Albert, oh ! je ne sais comment je devinais ses paroles, car je n'entendais pas... mais ses regards... répétaient aux miens : Je vous aime... et je tremblais, je rougissais, mon cœur était ému, troublé. Etait-ce de la joie, de la crainte, de l'amour? je l'ignorais !... Et quand il me remercia de mon aveu, de l'amour que je venais de promettre... moi, je ne savais pas seulement que je l'aimais et que je le lui avais dit.

LA MARQUISE

Ah!

ISABELLE

Tu le savais déjà, toi ! car tu étais sur nos pas... le bruit, la chaleur, la fatigue t'avaient fait mal, et ce fut presque évanouie que je te pressai sur mon cœur... quand tu me dis... 11 t'aime... Isabelle... et toi, tu l'aimes aussi.

la marquise , vivement.

Et, tu le sais, mes vœux ont pressé ton mariage ; mon amitié ne s'est pas démentie un moment; les obstacles, je lésai vaincus... c'est moi qui vais t'unir à lui !... car tu es libre, toi, tu as pu donner tout ton cœur, et ce soir... (étouffant un soupir) ce soir tu seras sa femme, toi !

Isabelle, la regardant avec surprise.

Qu'as-tu donc ?

la marquise, souriant.

Rien.

mademoiselle monistrol.

Enfin nous allons... je veux dire, vous allez être comtesse...

un domestique , annonçant.

M. le comte Albert de Montigny.

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