SCÈNE IL
ISABELLE, ALBERT, LA MARQUISE , mademoiselle MONISTROL.
Albert , à part en entrant.
Ensemble !
la marquise.
Déjà... deux fois... ce matin !
albert , tendrement à la marquise.
Jamais assez tôt à mon gré. (De même à Isabelle.) Que de motifs pour venir aujourd'hui !
la marquise le regarde , il s'arrête aa moment où il prenait la main d'Isabelle; d'un ton dédaigneux. Tant d'affaires vous occupent ordinairement !
ISABELLE
Tu veux dire tant de plaisirs ?
ALBERT
Le plaisir n'est-il pas la plus grande affaire ?
Le temps que vous y consacrez doit vraiment vous en laisser bien peu pour le reste.
albert , à la marquise étourdiment.
Il n'y en aurait plus du tout si vous vouliez...
Isabelle , à part, étonnée et un peu jalouse. Elle... comme il la regarde...
Albert , s'apercevant du mouvement d'Isabelle, s'approche d'elle et lui dit tendrement à mi-voix.
Ne vais-je pas lui devoir mon bonheur ?
la marquise , triste, à part, le regardant. Comme il a vite obéi !
Isabelle , qui est attentive aux mouvements de la marquise , le regardant avec un peu de méfiance ; à part. Gomme Charlotte est troublée! (Haut.) Votre bonheur est-il bien vrai?...
albert , ga iement.
Oh ! point de ces méfiances et de ces susceptibilités que l'on prend dans la solitude et que le monde ne tolère pas; que notre vie soit brillante et portons-la gaiement ; laissons les grands sentiments et les jalousies au vulgaire; la tristesse n'est jamais à la mode, et les lambris dorés ne doivent voir que des sourires.
MADEMOISELLE MONISTROL
Si vous saviez quelle vie on menait chez madame de Courtenay, vous ne vous étonneriez pas.
134 ISABELLE
Isabelle lui fait signe de se taire ; riant. Il est vrai que ma jeunesse est comme l'enfance, elle n'a point de passé.
LA MARQUISE
C'est pour cela qu'elle est si joyeuse et si confiante.
le marquis , en dehors.
Encore des préparatifs de fête !...
MADEMOISELLE MONISTROL
J'entends M. le marquis.
la marquise , riant.
Oui , quelqu'un qui gronde , il me semble.