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Théâtre de "Monsieur"

Dans un opuscule publié au mois de Février 1789, intitulé : Observations rapides^ etc., on peut lire :

« Comment ! Lorsque nos filles posséderont quelque beauté, il sera permis de nous les enlever et de les transporter de TAsyle des mœurs, au Théâtre des vices !... Et, alors, croiraiton qu'un père n'a pas le droit de réclamer sa fille, lorsqu'elle est admise à l'un de ces Théâtres. »

Telle était en effet l'une des grotesques accusations, que s'efforçaient alors de répandre dans la foule, les éternels ennemis du Théâtre en général, et des Acteurs en particulier.

Le Journal de Paris publia, en réponse à cet alinéa, la lettre suivante :

« Il est faux que dans aucun des Théâtres royaux, on puisse retenir une fille malgré son père, une femme malgré son mari. Il n'y a que les gens peu instruits des règlements et du régime de ces théâtres, qui croient encore à ces prétendus enlèvements.

« Il est au contraire ordonné par les règlements de ne recevoir aucune fille « sans le consentement par écrit de son père ». Et, si c'est une femme, il faut de même Vaç^eu de son mari. Sans ce consentement préalable et toujours exigé avec rigueur^ aucun sujet n'est reçu au théâtre. »

« Voilà ce qu'il est bon de pubher, afin de détruire un préjugé, qui n'étant guères répandu que dans la capitale, pourrait

aujourd'hui s'étendre au dehors et faire calomnier des règlements,dont il n'est pas permis de méconnaître les dispositions, encore moins que de les enfreindre. »

« Je suis, etc....

Signé : « B. C. D. L. 0. ».

Cette correspondance était née à propos de l'ouverture du Théâtre de MONSIEUR^ qui venait de s'effectuer, à grands renforts de brochures, d'annonces et de réclames de toutes sortes.

Une autre brochure, intitulée : Honnêtes réflexions sur un mauvais cas^ par A. B. F.^ avait été publiée et disait encore :

« Comment se peut-il faire qu'un Prince très chrétien, permette à des hystrions de lancer au public leurs œuvres du démon, sous le couvert de son auguste personne ? »

A l'époque à laquelle je commence cette période de mon Histoire des Théâtres de Paris, les obscurantistes et intéressés à ce que la pensée ne se répandît point au-delà de l'espace restreint dans lequel ils avaient intérêt à la tenir captive, livraient une guerre acharnée aux Philosophes et aux Producteurs de toutes œuvres, cherchant à éclairer les masses, autrement et plus puissamment qu'elles ne l'étaient alors, par la faible lueur que maintenaient dans l'ambiance d'un air méphitique, les entreteneurs de la parfaite obscurité.

Or, le Théâtre était une de ces lumières. Et la naissance de cette nouvelle salle de spectacle, dont MONSIEUR s'était ouvertement déclaré le protecteur, avait déchaîné les colères outrancières de ceux qui redoutaient ses effets fulgurants. Car c'était une voix de plus à clamer l'affirmation de la pure et noble vérité.

MONSIEUR, — qui fut, vingt-six ans plus tard, Louis XVIII, Roi de France, — était le frère cadet de Louis XVI. Il était envahi déjà par un volumineux embompoint, qui lui enlevait beaucoup de sa majesté et de sa presque toute-puissance. Il avait nom : Louis, Stanislas, Xavier, Comte de Provence. Il était alors âgé de 34 ans, un an de moins que le Roi ; deux ans de plus que Charles, PhiHppe de France^ Comte

d'Artois, lequel devait régner, lui, 35 années plus tard, sous l'appellation de Charles X.

A la date du 17 juin 1788, je trouve aux Archives (carton 1683) cette note : ^( Le sieur Léonard Autié (cœffeur de la Reine) propose d'introduire un spectacle dans la Salle des Thuileries ^). Ici les mots, Cœffeur delà Reine, sont écrits entre parenthèse ; dans une autre note, écrite de la môme main, Léonard est désigné comme étant simplement de la Maison de la Reine.

« Le 23 juillet 1788, le Roi a consenti par un bon, sur le compte-rendu, par M. le Directeur général ».

La requête présentée au nom de Léonard était ainsi conçue :

« Le sieur Léonard Autié ose solliciter des bontés de Monseigneur le Comte d'Angivillers, la permission d'ouvrir le Théâtre de MONSIEUR, dans la salle des Thuileries, en attendant qu'il en ait fait bâtir une. »

(( Il a déjà obtenu l'agrément de M. le baron de Breteuil, et de M. de Champcenetz, et s'est arrangé avec le sieur Le Gros (M. Le Gros était le Directeur des Concerts spirituels qui se donnaient dans la Salle des Thuileries) de manière que les concerts spirituels, auront toujours lieu les jours accoutumés. »

« Il ose attendre de Monseigneur, la permission qu'il prend la liberté de lui demander, sans laquelle il ne pourrait pas ouvrir son théâtre. »

(Archives). « Léonard AUTIÉ. »

M. de Champcenetz, le fils, était Gouverneur du monument des Thuileries; par conséquent de la Salle dite des MACHINES, qui avait été construite en 1660, dans l'aile droite, du côté de la cour, pour le seul plaisir et sur la volonté absolue de Louis XIV.

C'était le très habile machiniste Italien Vigarani, fortement recommandé par Mazarin, qui avait procédé à l'entière construction de cette belle salle de spectacle ; Corneille y avait fait représenter ses plus nobles ouvrages, et Molière VEtourdi.

La salle avait alors été abandonnée jusqu'à ce que l'Opéra

Français en prît possession, en 1764, à la suite de l'Incendie de la Salle du Palais- Royal.

Puis, la Comédie-Française avait obtenu de l'occuper, en attendant qu'elle pût s'installer dans le Théâtre qu'elle se faisait alors construire, près le Luxembourg, et qui est aujourd'hui le théâtre de l'Odéon.

Léonard Autié avait conçu la pensée d'occuper à nouveau cette salle, pour y installer le Théâtre de MONSIEUR dont il venait d'obtenir le Privilège.

Le Roi avait acquiescé.

« Un arrêt du Conseil des Ministres et « un bon illimité du Roi » assuraient aux actionnaires qui fondaient le Théâtre de MONSIEUR, la jouissance de la Salle du Château des Thuileries, pendant une durée de 30 ans. »

Le 26 janvier 1789, venait donc de voir s'ouvrir le dit Théâtre de MONSIEUR, dont quatre des principaux actionnaires avaient été spécialement désignés par MONSIEUR, lui-même, pour observer et contrôler « toutes opérations, faites et à faire » ; leur droit à l'administration étant supérieur à celui des Directeurs effectifs, auxquels le Privilège avait été accordé.

Il avait fallu faire de grandes réparations, à cette salle de spectacle des Machines, dans laquelle on n'avait pas joué depuis fort longtemps ; le Château ayant été complètement abandonné depuis Louis XIV, pour celui de Versailles, où la Cour entière s'était alors transportée.

Les nouveaux actionnaires ne dépensèrent pas moins de 250.000 livres, pour remettre la salle à neuf. Aussi fut-elle superbement décorée, luxueusement meublée et très ornée de tentures admirables.

Celui qui, le premier, avait conçu l'idée d'utihser ce superbe local vacant et d'y rétablir un spectacle, était le plus fameux des trois frères Autié, qui sous le prénom de l'aîné, Léonard, s'emparèrent de Paris par la puissance magique de leur peigne et de l'excentrique composition de leurs coiffures.

Car il y eut trois Léonard, et souvent les écrivaijis, mêfue les historiographes, les ont confondus en un seul.

Ce qui fit que la mort de l'un fut très souvent attribuée à celle des deux autres ; d'où il résulte que, pour certains, Léonard mourut une première fois le 7 thermidor an II, puis une seconde fois, beaucoup plus tard, le 20 mars 1820, dans une maison de la rue de Chartres, au n^ 2 his.

Eclaircissons ce point d'histoire capillaire.

Celui qui dans sa famille se nommait seul et seul avait le droit de se nommer Léc)/?G/'(i était Alexis, l'aîné des trois frères. C'est lui qui, le premier, était venu de son pays de Pamiers, en Ariège, conquérir Paris et s'y faire, par ses innovations et ses hardiesses en l'art de la coëfîure de dames, une grande et brillante réputation. Il avait alors appelé du fond de leur province, ses deux frères cadets, P/erre Autié et Jean- François Auîié^ leur offrant d'aider à leur fortune et d'accaparer à eux trois, les plus hautes et nobles têtes de la Cour.

Ce fut lui, Léonard, Alexis Autié qui inventa la coiffure à la Quèsaco^ et les Poufs au Sentiment^ en moulin à çent^ à la Reine ^ à la Junon et nombreux autres Poufs dont je n'énumère pas ici les noms.

Puis il créa les coiffures en poule mouillée^ en oreilles d'épagneul, en guéridon^ en chien fou, à la frégate. Cette dernière atteignait deux pieds de hauteur.

La Reine, pour qui Léonard l'avait inventée, la trouva excentrique à ce point, qu'elle n'osa pas l'arborer. Ce fut une actrice en vue, Mlle d'Origny, à qui le grand coiffeur accorda l'extrême faveur de la porter.

Sa première apparition fit sensation et Marie-Antoinette reprocha vivement par la suite à Léonard le jeune, Jean- François, dit Léonard, son coiffeur particulier, d'avoir laissé tenter sur une autre tête que la sienne « une aussi merveilleuse invention. »

Il advint que la Reine, à la suite d'une de ses couches, perdit ses cheveux, et que Léonard — lequel ? on ne sait — eut assez d'habileté pour inventer la coeffure à V enfant, qui consistait en un chignon plat, bientôt adoptée par toute la courtisanerie de la cour.

Pierre Autié, -~ le cadet — dit également Léonard, devint

b THEA.TRE DE « MONSIEUR »

lui^ le coiffeur en premier de Mme Elisabeth. Le service de cette princesse, écrit l'érudit chercheur M. Bord, se composait de deux coiffeurs, dont un, Léonard-Pierre ; de deux coiffeuses, quatre valets de chambre et quatre garçons de chambre.

Dans le journal Le Correspondant^ du 25 juillet 1905, M. Gustave Bord, l'heureux trouveur, — je dis heureux, parce que bien des érudits et des chercheurs, ne sont pas toujours aussi heureux que l'est M. Bord dans ses recherches — donne l'exphcation du titre de coiffeur de la Reine, faussement attribué à l'aîné, Léonard-Alexis Autié :

K Voici, peut-être maintenant, écrit M. Gustave Bord, d'où vient l'erreur. Sur un état général des dépenses de la garde-robe de la Reine, fait sous les ordres de la Comtesse d'Ossun, pour 1787, je trouve un mémoire de Léonard, Parfumeur, s'élevant à la somme de 4.063 hvres. On est donc en droit de supposer qu'il s'agit du Léonard de la Chausséed'Antin,(il avait ouvert boutique de parfums et académie de Coëffure, Boulevard d'Antin, — aujourd'hui Boulevard des Italiens — dans la maison où vécut plus tard et mourut Rossini). En raison de son titre de Fournisseur de la Reine, il s'était certainement autorisé à porter le titre de Coëffeur de la Reine ».

C'est donc seulement de l'aîné des trois .4 Mfié, de cet unique Léonard-Alexis, que nous avons à nous occuper ici ; car ce fut lui qui obtint véritablement le Privilège du Théâtre de MON- SIEUR, et non Jean-François, dit Léonard. Pas plus que le second des Autié, Pierre, lequel s'était également emparé du nom de baptême de son aîné, devenu célèbre à la cour comme à la ville, s'en parant comme d'un titre de noblesse ; tandis qu'au plus jeune : Jean-François, échut la gloire de coiffer Marie-Antoinette et d'être nommé son valet de chambre. Ce fut ce dernier qui mourut guillotiné le 7 thermidor, aux côtés d'André Chénier, de Boucher, d'un Montalembert, d'un d'Houdetot et d'un Créqui, pour son dévouement à la famille royale.

C'est en bonne et noble compagnie, on le voit, que le pau-

vre homme s'en alla tenter de démêler dans l'au-delà, les mystères du monde des âmes.

La charge de Coeffear de la Reine était fort recherchée. Ainsi, Jean-François Autié, dit Léonard^ eut d'abord un traitement fixe de 660 livres comme gages, plus 1460 Uvres pour sa nourriture et 1.095 livres pour supplément de nourriture ; plus encore 540 hvres pour paiement de voitures.

Par un brevet signé, en 1779, Jean-François Autié, avait été admis à coiffer Marie- Antoinette, et à porter le titre de « troisième coiffeur de la Reine ».

En 1783, il passa second coiffeur de la Reine^ avec une augmentation de 600 Hvres. Le 24 mars 1788, Jean-François Autié, dit Léonard, conquit alors, officiellement, avec nouvelle augmentation de 600 hvres de traitement, son titre définitif de Premier coiffeur de la Reine.

Mais, c'est assez nous occuper du cas étrange de ces trois Léonard, trop souvent confondus en un ; revenons au véritable, au seul qui nous intéresse ici, au créateur du nom, à celui qui fonda véritablement le beau Théâtre de MONSIEUR, en la compagnie à'El signor Viotti, illustre violoniste piémontais, et compositeur de Musique, fort apprécié.

Léonard était devenu riche ; mais trop rusé pour risquer ses propres capitaux dans une entreprise qui, bien que patronnée princièrement, pouvait ne pas réussir, le mahn perruquier préféra chercher dans le porte- feuille des autres, les grosses sommes nécessaires à l'édification de son œuvre.

Il signor Viotti, lui, ne possédait pas un sol vaillant et n'apportait comme part dans l'association, que sa haute réputation de puissant instrumentiste et de compositeur del primo carto.

C'était beaucoup, c'était énorme, mais ce n'était pas assez pour édifier un monument tel que le désirait notre illustre perruquier.

Léonard fonda donc une Société par actions. Par condescendance pour MONSIEUR, beaucoup de grands seigneurs n'hésitèrent pas à se ranger au nombre des actionnaires.

Tout d'abord, afin de se procurer les premiers fonds néces-

saires à la réfection de la Salle, Léonard s'était adressé à la Demoiselle Montansier^ avec laquelle il se trouvait être en relations, la fournissant de ses parfums et de ses savons à la Reine.

La Demoiselle Montansier était alors Directrice du Théâtre de Versailles ; il la savait très désireuse de diriger un spectacle dans l'intérieur de Paris et lui proposa carrément une part d'association. La Demoiselle Montansier se laissa séduire par l'offre du célèbre parfumeur et lui mit en mains une somme de 100.000 livres pour devenir la collaboratrice de l'œuvre naissante conçue par le très renommé Léonard.

Malheureusement, ce dernier avait des idées tout autres que celles de son ambitieuse et volontaire associée, ce qui fit qu'ils ne s'entendirent pas longtemps. Elle voyait un peu « campagne ^>, prétendait-il, tandis que lui, le puissant Léonard « voyait grand. ^^ Son rêve ardent était de réunir, dans son unique salle de spectacle, tous les genres en faveur exploités à cette époque. Ces genres, au nombre de quatre, étaient VOpéra Français, VOpéra Italien, la Comédie Française, et le Vaudeville à caractères ; c'est à-dire — je copie textuellement dans VAlnianacli général de tous les spectacles — « des comédies en prose ou en vers, dont le dialogue, aussi soigné que les couplets, contraste heureusement avec des airs qui font épigrammes et dont la plus part sont nouveaux et entremêlés de petits morceaux d'ensemble aussi courts que légers ».

Cette dernière partie du programme de Léonard, souriait assez à la fantasque, mais très pondérée demoiselle Montansier ; la première partie l'effrayait quelque peu. Aussi, combattaitelle vivement les idées, trop arrêtées, de son associé, plus têtu qu'elle; ce qui mécontentait beaucoup ce dernier, de caractère fort entier, d'audace très irréfléchie, s'élançant à la conquête des mouhns à vent, avec la fougue vertigineuse de l'inconscience méridionale.

Léonard se mit alors à chercher, en sous-main, un autre associé qui pût, partageant ses idées et les complétant, lui apporter les fonds nécessaires à désintéresser l'autoritaire Directrice du Théâtre de Versaillefï. Cet associé il le trouva.

en la personne du grand violoniste et compositeur Viotti, très célèbre à cette époque par son talent transcendant sur le violon et par les concerts qu'il donnait à Versailles ; concerts auxquels s'empressaient de courir Roi, Reine, Princes, Princesses, la cour et le Tout- Versailles d'alors.

Les pourparlers s'engagèrent entre II Signor Viotti et la Montansier pour que celle-ci voulût bien lui céder sa place et se désintéresser entièrement de la nouvelle entreprise. Cette dernière, très fine, sachant la vive ambition qu'avait le célèbre virtuose de se rendre plus célèbre encore qu'il ne Pétait, par la possession d'un Théâtre, où il pût déployer ses aptitudes élevées de grand musicien, discuta longuement et finit par consentir à se retirer de l'association moyennant le remboursement total de la grosse somme avancée par elle à Léonard ; plus une allocation annuelle de 20.000 livres sa vie durant. C'était terrible ; mais Viotti et Léonard acceptèrent, tant était grand leur désir de se débarrasser de la fâcheuse associée.

40,000 livres, sur les 100,000 versées déjà par elle à Léonard, lui furent restituées ; et la Reine, qui l'avait conseillée très vivement de demeurer Directrice de son seul Théâtre de Versailles, lui fit accorder, en compensation, le droit exclusif de donner dans sa salle de spectacle les Bals masqués du Carnaval.

Léonard, adroit, insinuant, beau parleur, souple d'échiné, léger de conscience, avait résolu d'ouvrir son spectacle sous un patronage retentissant. Connaissant, comme beaucoup, les bontés intéressées qu'avaitMONSIEURpour laDemoiselle A/arianna Limpérani, petite chanteuse, blonde, bien qu'ItaUenne, aux yeux de velours, laquelle s'était fait remarquer un instant, autant par sa beauté que par le peu de talent qu'elle possédait, sur le Théâtre des Italiens, (' jeune personne fort agréable à l'œil, logée par MONSIEUR très ouvertement en un petit hôtel de la Chaussée-d'Antin », notre Léonard avait sollicité de la johe Marianna, l'honneur de reprendre le peigne en sa faveur, car il avait abandonné cette instrumentation aux Académiciens de son Académie de coëffure, dirigée par son

second frère Jcan^ et avait proposé à la donzelle de la coiffer lui-même, authentique Léonard, « aussi haut que la Reine >^, sa belle-sœui' illégitime.

La jeune chanteuse, fort touchée et très flattée de la délicate attention du grand parfumeur et désireuse de lui marquer sa reconnaissance, sur insinuations adroitement soufflées par y-celui, avait travaillé au profit de son illustre artiste capillaire, les idées de son très puissant protecteur ; bien que celui-ci fût fort opposé, tout d'abord, à la troublante concession qu'exigeait de lui la toute gracieuse enfant.

^ÏONSIEUR n'aimait pas le Théâtre. Il avait empêché MADAME de jouer la comédie avec la Reine, laquelle l'engageait à cette jolie distraction, en fort noble compagnie, puisque ceux qui lui donnaient la réplique sur son théâtre de Trianon étaient Mgr le Comte d'Artois, MM. de Bezenval, Dillon, le comte de Pohgnac, le Comte d'Adhémar, le comte de Guiche ; Mesdames de Chalon, Jules et Diane de Pohgnac et autres de très haute et puissante noblesse.

Louis XVI partageait l'antipathie de son frère cadet pour ce genre de récréation. Un jour, il avait même sifflé la Reine ; ce qui avait fort indisposé le Comte d'Artois contre son royal aîné. Mgr d'Artois était très épris du talent et des charmes de sa majestueuse belle-sœur. Une discussion assez aigre s'en était suivie, en la présence de MONSIEUR lequel, s'empressant de donner raison au Roi, avait déclaré que « ces jeux d'hystrions atteignaient la Majesté royale, cette exceptionnelle dignité qui les plaçait au-dessus des autres hommes. »

On fut donc on ne peut plus étonné, en hauts et moindres lieux, de voir MONSIEUR autoriser un théâtre à s'ouvrir sous son patronage.

On le fut un peu moins cependant, quand on apprit qu'au nombre des cantatrices engagées par le nouveau Directeur se trouvait la mignonne Marianna Limpérani^ à un taux d'appointements qu'elle avait elle-même fixés ; taux que Léonard s'était empressé d'accepter, ainsi que son docile associé Viotti.

Mais comment tout cela était-il arrivé ?

MONSIEUR était de par le monde — et surtout de par le

monde féminin, — taxé du mal ridicule d'impuissance. On allait même jusqu'à prétendre que MONSIEUR dédaignait les Dames, ce qui mécontentait très fortement son frère aîné, aux oreilles duquel ce bruit était parvenu.

D\Arnaiilt^ dans ses Mémoires d'un Sexagénaire^ dit en parlant de ce frère cadet du Roi :

« II fut calomnié dans sa moralité. Les dames qu'il ne courtisait que de propos, lui prêtèrent des goûts plus Socratiques que Platoniques. Cette imputation péchait par sa base : Là où il n'y a rien^ le roi perd ses droits. Il a été toute sa vie, chaste comme Origène. »

« Cependant, continue le Sexagénaire^ il songea à se donner une maîtresse en titre, pur objet de luxe, comme la dépense que lui occasionnaient certains chevaux, somptueusement entretenus pour son usage et qu'il n'a jamais montés. »

D'Arnault, dans le même ouvrage, va même jusqu'à écrire que « si MONSIEUR ne s'amusait pas en la libre compagnie des Dames, il n'en était pas de même en celle de certains éphèbes de son entourage. »

Et, à l'appui de ce fait, il cite : « Le Comte d'Avaray, fils du maître de la garde-robe du Roi, était son favori intime. MONSIEUR très rigoriste, très observateur des égards qui lui étaient dûs, et fort à cheval sur l'étiquette, tolérait que la jeune d'Avaray lui vînt faire sa cour en frac. »

11 fallait donc à MONSIEUR une maîtresse, ou plutôt une liaison très évidente, très apparente, très bruyante, qui vînt, comme une éponge, nettoyer toute cette vilaine boue qu'accumulaient autour du pauvre Prince, les frondeurs, les agitateurs, les perpétuels ennemis du trône et de l'autel.

Or, MONSIEUR, très dévot, très chaste — forcément — était le principal représentant des opinions de la cour, par antithèse avec son frère, le Comte d'Artois, très frivole et fort débauché.

Cette maîtresse ou plutôt, cette fausse maîtresse, destinée à masquer le défaut d'expansion charnelle de MONSIEUR, fut d'abord choisie par lui dans les Dames d'atours de MA- DAME. Elle se nommait Anne de Caumont-la-Force, mariée

au Comte de Balbi, noble Génois, qu'elle avait su faire passer pour fou et que le Roi avait fait interner à Nancy.

Anne de Caumont était une des plus jolies femmes de la Cour ; vertueuse, on le prétendait, et spirituelle au degré suprême ; que les assiduités de MONSIEUR compromirent sans atteindre la réputation établie de l'un et de l'autre.

Et MADAME semblait même être de complicité tacite avec son trop chaste époux et sa dame d'atours, tant les preuves étaient évidentes et irréfragables pour tous d'une liaison existant entre MONSIEUR et la belle Comtesse de Balbi, sans qu'elle songeât à troubler leurs amours.

On bavarda et chacun crut ce qu'il voulut. Les bonnes âmes plaignirent l'infortunée Joséphine de Savoie, de la coupable infidélité de son mari, comme elles l'avaient plainte déjà de son union forcément ingrate et stérile ; les mauvaises prétendirent que la belle Comtesse Anne de Caumont n'était qu'un plastron sur lequel devaient s'émousser les pointes et les dards, qui pleuvaient dru sur le frère cadet du Roi.

Les bavardages s'élevèrent même assez haut pour que le bruit en arrivât à Nancy, jusques en l'exil du Comte de Balbi. Celui-ci se fâcha, et écrivit à sa fausse infidèle compagne une lettre de remontrances allant jusqu'à la dure menace.

La johe Anne de Caumont prit peur et ce fut peut-être elle qui conseilla à son platonique amant, de s'afficher publiquement et tapageuseraent avec quelque johe pécheresse, belle en chair et très en vue, pour la sauvegarder de la fureur d'un mari, capable en sa folle jalousie des plus grands excès ; « quelque femme de théâtre et de boudoir », susceptible de faire parler de ses amants autant que d'elle-même.

La petite Marianna Limpérani, du Théâtre des Italiens, se trouvait être à ce moment là, fort à la mode, par le fait d'une aventure qui trouve ici sa place.

Elle était maîtresse en titre du Comte de Kertz, diplomate étranger; à unsouper donné par celui-ci, souper auquel il n'avait invité que des hommes, quand on fut arrivé au Champagne, le Comte voulant se montrer aussi fécond que les Français, en ingéniosités, ou trouvailles excentriqups, très fi pr do sa jolie

maîtresse, résolut de la montrer à ses amis, telle que la nature l'avait créée. Il la fit monter sur la table et lui commanda de se dévêtir.

La gentille Marianna résista résolument en lui disant qu'elle n'était pas une « poutana ».

Le comte, exaspéré et très ivre par les fréquentes libations de la soirée, voulut employer la violence, et se mit à arracher les jupes de la petite chanteuse. Celle-ci, outrée, appliqua à son indigne amant une paire retentissante de soufflets, et s'enfuit précipitamment.

Le Comte voulut s'élancer à la poursuite de « sa coquine » quand tout à coup se dressa devant lui le jeune Chevaher de Lescurre, barrant la route à M. de Kertz, et lui disant :

— Marianna est ma maîtresse, je vous défends de la toucher.

Le Comte, rendu plus furieux encore, en se voyant trompé, sauta sur son épée et se précipita sur le défenseur inopiné. Mais celui-ci avait eu le temps de se mettre en garde et malgré les assistants qui s'étaient jetés entre les deux adversaires, le pauvre Comte, battu et cocu, reçut dans la poitrine un grand coup d'épée, qui pendant quelques jours, mit sa vie en danger.

Cette aventure ébruitée avait mis en grande mode la petite chanteuse des ItaUens, et ce fut sur elle que MONSIEUR jeta ses vues pour tâcher de dissiper l'atmosphère nauséabonde au milieu de laquelle on s'obstinait à le faire respirer.

La Comtesse de Balbi donna chez elle un grand concert, auquel la signora Limpéraui fut iavitée à venir chanter. Elle charma MONSIEUR, lequel lui offrit séance tenante son cœur, un petit hôtel à la Chaussée-d'Antin et sa main gauche. La pauvrette éblouie accepta sans faire aucune difficulté. Elle s'empara de son nouvel amant, comme un enfant d'une poupée et se mit à en jouer de telle façon, que tous les bavardages cessèrent et que les plus bavards finirent par se dire : Tiens 1 Tiens ! MONSIEUR n'était donc pas.. ? ou plutôt était donc. ? Et cela se résumait par : C'est que jusqu'à présent Son Altesse n'avait pas trouvé chaussure lui allant.

Très fine, très adroite, Marianna ne demandait pas au pauvre

amoureux plus qu'il ne pouvait donner, mais elle le tenait dans ses mignonnes griffes roses, menaçant sans cesse de révéler le peu qu'il exigeait d'elle dans leurs intimes relations, s'il n'accédait aux nombreuses requêtes et exigences que la capricieuse petite créature concevait chaque jour ;. et MONSIEUR, dans la crainte de nouveaux quolibets ou de nouvelles médisances, s'empressait d'acquiescer aux moindres caprices de sa gente maîtresse.

Qu'était-ce en fait que Marianna Limpérani ? Je l'ai dit, une toute petite chanteuse, bien effacée, que sa seule beauté et l'aventure que j'ai contée avaient mise en lumière.

Une lettre autographe d'elle nous en dira plus sur son compte et sur la grande part qu'elle prit à la fondation du Théâtre de MONSIEUR que ne pourraient le faire de très minutieuses recherches.

« Parigi, le 19 Settembre 1788 »,

« Mia buona Madré »

(( Spero que nostro cugino Agidio vi portera questa lettera e vi confirmera cio che vi scrivo : cive, chemolto protetia dal fratello minore del Re, vengo di essere scritturata come cantatrice, ad un nuovo teatro che si chiama II téatro dl Monsieur^ che sta per diventara il primo teatro di Parigi. GH imprasarii sono due socci amici miei, ai quali he potuto rendore un gran servizio pel mezzo del mio tanto buon protettore ».

« Agidio vi dara le tre cento cinquanta Hre in denari, che ho messo da conto pei vostri piccoli bisogni ; ve ne tornero d'altri ».

« Mille tenerezze alla zia Sabina ed al zio Giuseppe, e per voi, buona madra, tutto il mio cuore col quale vi bacio di tutte le mie forze ».

« La Bionda vostra figUa »

« Marianna LIMPËRANI » (1).

(1) Traduction: Bonne mère,

J'espère que notre cousin Agidie vous remettra cette lettre et vous confirmera ce que je vous écris ; c'est que, très protégée par le frère cadet du Roy, je viens d'être engagée comme cantatrice à un nouveau théâtre, qui

Cette lettre, dans laquelle nous puisons de si précieux renseignements, porte comme adresse : Signora Carolina Limpérani^ in Milano ».

La petite personne était bonne, puisqu'elle envoyait de l'argent à sa mère ; « protégée par le frère mineur du Roy. » « Amie des deux directeurs associés ». Amie à quel titre ?... Il n'est point malaisé de le deviner. Son engagement seul en fait foi.

Elle était blonde, sa signature le prouve : La Bionda !... Enfant, sa mère devait l'appeler ainsi.

J'ai dit que ses exigences étaient grandes et fréquentes ; qu'auprès de MONSIEUR, qui la redoutait, lui connaissant la tête près du bonnet, et la langue bien pendue, elles devenaient des ordres, auxquels MONSIEUR s'empressait d'obéir.

L'accord du nom de ce Prince au théâtre que fondait Léonard, fut la conséquence de l'une d'elles. Elle voulut, il résista ; elle pleura, il hésita ; elle menaça, il s'inclina.

La prise de possession de la Salle des Machines, n'avait pas été sans soulever de grosses difficultés.

Le Théâtre des Thuilleries était alors inoccupable. Les loges étaient envahies par le conservateur général M. de Champcenetz le fils, son père, sa famille et ses servants.

Je trouve aux Archives (carton 1683), l'Etat des logements occupés dans l'ancienne salle de comédie, aux Tuileries : (Le mot Tuileries est écrit de toutes les façons imaginables^ Thuilleries^ Thuileries, Tuilleries).

Savoir :

« Au 4^ étage, derrière le Théâtre, il se trouve deux loges d'acteurs, à cheminées, qui ne sont point occupées.

« Mais, par contre, au 3® étage, un cocher de M. deChampce-

s'appellera Théâtre de Monsieur, et qui va devenir le premier théâtre de Paris. Les impresarii associés sont deux amis à moi, auxquels j'ai pu rendre un grand service, auprès de mon bon protecteur. Agidie vous remettra les trois cent cinquante livres en argent que j'ai mises de côté pour vos petits besoins. Je vous en enverrai d'autres. Mille choses aimantes à ma tante Sabine et à mon oncle Joseph. Pour vous, bonne mère, tout mon cœur, avec lequel je vous embrasse de toutes mes forces. Votre fille blonde,

Marianna LIMPÉRANI.

netz père occupe les loges d*acteurs, où il se trouve deux cheminées. ))

« Au 2® étage, deux loges d'acteurs à cheminée, sont occupées par Mme la Comtesse de Velderat. »

u Au 1^^ étage, deux loges d'acteurs sont occupées par le maître d'Hôtel de M. de Champcenetz. »

{( Dans la salle servant au concert, et au corridor du plain pied des 1^®' loges, il y a une chambre d'acteur à cheminée, occupée par M. le Baron de Belverd. »

« Au corridor des secondes loges, une chambre d'acteur à cheminée est occupée par la dame Soubriart, cy-devant portière au Pont-tournant. »

« Au corridor des 3^* loges, deux loges d'acteurs à cheminées, sont occupées, une par la dame Berhn, et l'autre par le D^ Pascal, gens attachés à M. de Champcenetz. »

(( Au corridor des 3^' loges, côté de la cour, une pièce à cheminée est occupée en garde-meuble par Mme la Princesse de Berghes. »

« A la suite du Foyer,du côté de la cour,le logement qui était occupé par le Suisse de la Comédie, l'est présentement par le valet de chambre de M. de Champcenetz. »

«Au-dessus du foyer de la salle du Concert,dans le corridor du 2^ étage, trois loges d'acteurs à cheminées, sont occupées par deux frotteui^ et « Valumeur » des réverbères ».

M. de Champcenetz reçut de haut lieu, ordre de faire évacuer toutes ces loges, pour laisser le théâtre au nouveau Directeur.

Aussi, est-il joint à la note d'occupation que je viens de citer, cette autre note de récrimination :

(' M. de Champcenetz espère qu'il obtiendra de M. le Directeur général, que cette partie {la suite du Foyer et V au-dessus du Foyer) ne soit pas comprise dans les logements qu'il faut évacuer )>.

M. de Champcenetz n'obtint pas gain de cause et se vit contraint d'évacuer complètement la place.

De là, mauvaise humeur du dit, et malveillance envers le preneur, laquelle ne tarda pas à se manifester, nous le verrons bientôt.

De tous ces faits, était résulté l'article agressif, que j'ai cité au commencement de ce chapitre, extrait de l'opuscule intitulé : Honnêtes réflexions sur un mammis cas.

Je me hâte maintenant de donner quelques renseignements de réelle importance et de toute utilité, sur ce qu'était // Signor Viotti. l'associé de Léonard.

Le Piémontais VioUi avait été surnommé le Roi du violon ; élève de Pugnani, admirable virtuose, dont il ne rêvait que d'étouffer la gloire, Viotti^ qui avait à cette époque 34 ans, s'était fait à Versailles et à Paris la plus retentissante des réputations. C'est en 1782 qu'il était venu se fixer dans la capitale de la France, après de triomphants voyages à travers l'Europe, et du premier coup la puissance de son prestigieux archet avait capté tous les esprits, fixé toutes les attentions.

C'était un fort grand original, que ce Piémontais, très effatué de son talent, très fin et rempli de cette audace que donne l'habitude des triomphes.

Il avait voué une haine profonde à Voltaire, parce que jouant un jour devant lui, à Genève, avec son maître Pugnani, le patriarche de Ferney, lui adressant la parole, pour le féliciter, n'avait cessé de le confondre avec Pugnani et de l'interpeller par ce nom, ce qui avait mis fort en colère, et sensiblement humihé le présomptueux violoniste.

A ce point que, même, très longtemps après, Viotti, loin d'avoir pardonné son involontaire erreur au malicieux auteur de Zaïre, ne manquait jamais de dire :

— Moussu Voultaire, il n'est qu'oune grosse bête ; bonije tout au plous.à faire des trazédies.

Devenu l'ami du grand Chérubini, pendant six années, Viotti avait habité chez l'illustre compositeur, mangeant à sa table, vivant de sa vie.

Lorsqu'un jour, Chérubini las des excentricités et des insupportables mauvaises humeurs du Piémontais, lui ayant fait comprendre que six années étaient véritablement un bail de trop longue durée, pour n'être payées qu'en maussaderies et rebuffades de toutes sortes, Viotti avait quitté majes-

tueusement la maison qui l'avait si généreusement hospitalisé pendant six années, en faisant claquer les portes, et en disant:

— Pendant six ans, j'ai fait à ce petit Chérubini l'hounour d'illoustrer sur mon violon ses notes de Mousique ; il n'a pas compris que je l'avais rendou célèbre; c'est oun imbécile doublé d'oun ingrat.

Tel était l'associé du coiffeur Léonard.

Le 1^^ janvier 1789, le Journal de Paris présentait à ses lecteurs l'entre-filet suivant :

« THÉÂTRE DE MONSIEUR : L'extrême rigueur du froid retarde forcément Vou^erture de ce Théâtre ».

(f S'adresser au Suisse pour a^oir des Loges ».

Et chaque jour, la pareille annonce se renouvela, jusqu'à ce que la température permit au public de courir la nuitetsans danger d'être gelé ou congestionné, les rues alors fort mal éclairées de Paris.

Enfin, apparurent les affiches de la première représentation.

Le Théâtre de Monsieur, osa pour la première fois, mettre sur ces affiches, à la date du 8 décembre 1789, le nom de ses acteurs en regard des rôles qu'ils avaient à représenter.

Jusqu'alors on se contentait de citer les titres de pièces. Cela suffisait au Public.

MM. Léonard et Viotti, très fiers des acteurs et chanteurs qu'ils avaient engagés, remédièrent à cette lacune d'information en informant leurs auditeurs du nom des artistes.

La Comédie Française, trois mois après, suivit cet exemple. L'Académie Royale de musique n'arriva que troisième et plus d'une année à la suite, c'est-à-dire le 15 mai 1791. Pmcore — dit Charles Maurice — n'annonçait-elle que les principaux sujets du chant et de la danse.

Par la suite, cette mode se généralisa.

Mais, arrivons à l'ouverture de notre beau Théâtre.

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