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CHAPITRE II

Toujours, sous l'égide de MONSIEUR, les deux Directeurs avaient obtenu — je l'ai dit — le Privilège d'exploiter les quatre genres qui étaient alors en vogue : U Opéra Français^ V Opéra Italien, la Comédie Française et le Vaiidcçille à caractères.

Voici la désignation des emplois et les noms des artistes

engagés pour représenter l'Opéra Français :

MM. Fleury, V^ basse taille comique.

Lesage, taille comique.

Martin, amoureux concordant.

Gavaux, taille, l^r amoureux.

Adrien, basse.

Deschamps, basse.

Dorville, concordant.

Châteaufert.

Bellemont.

Mmes Ponteuil, V^ amoureuse.

Lesage, amoureuse et soubrette.

Verteuil, duègne et mère.

Sainte- Marie, amoureuse.

Mignac, amoureuse.

Constance, amoureuse.

Dollé, 2c amoureuse.

Casai, jeune amoureuse.

Nehel, jeune amoureuse.

Jasial, jeune amoureuse.

Rousselois, jeune amoureuse.

Ducaire, jeune amoureuse.

Le souffleur de l'Opéra Français était un Italien, protégé

de M. Viotti. Il se nommait PaféhaU^ et baragouinait plus

qu'il ne parlait la langue qu'il avait à soufîler ; ce dont fort

se plaignaient les miséreux de mémoire, qui avaient recours à

èO THEATRE DE C( MONSIEUR »

son office et qui disaient hautement : Ce ne sont pas des paroles qu'il envoie, c'est de la bouillie au fromage. La troupe de VOpéra Italien fut ainsi composée :

MM. Luiggi Rafjanelli, 1^^ bouffe caricatural.

Stéfano Mandini, autre l^"" bouffe caricatural. Carlo Rovedino, basse demi-caractère.

Giuseppe Viganoni, 1^^ demi-caractère.

Bernardo Mongazzi, autre l^^" demi-caractère. Filippo Scalzi, second demi-caractère.

Bianchi, autre second demi-caractère.

Moriggi, 3« bouffe caricatural.

Mmes Rosita Baletti, V^ chanteuse.

Giacinta Galli, autre l''^ chanteuse.

Marianna Limpérani, autre l'"*^ chanteuse. Mandini, 2« chanteuse.

Zerhini, 2^ chanteuse.

Morichelli, chanteuse.

Ghérini, chanteuse.

Raffanelli, 2^ chanteuse.

Arma Mafféi, 2« chanteuse.

. CHORYPHÉES

MM. Costa, Garelli et Razetti.

SUGGERITORE (Souffleur de musique) M. Crémonini.

La troupe de Comédie Française et de Vaudei>ille se composait de :

MM. Saint-Preux, père noble.

Paillardelle, rôles à manteaux.

Chevalier, l^r amoureux.

Crétu, \^^ amoureux.

, Dalainval, raisonneur.

Pélissier, valet.

M ont gantier, jeune amoureux.

Bonamy, comique.

Saint-Hugues, comique.

Baron, valet.

Folle ville, valet, Ber ville, utilité.

Mmes Lavigne, grande coquette.

Pélissier, soubrette.

Josset, jeune amoureuse.

Dumont, soubrette.

Lafond, 2^ amoureuse.

Ducaire, —

Rousselois, — Verteuil, soubrette.

Puisseretz, — Mignac, —

Baron, utilité.

Deschamps, — Guiart, — Rémi, jeune amoureuse.

Ber ville, utilité.

Cette troupe possédait deux souffleurs :

MM. Boivin et Bonneille.

L'orchestre, trié sur le volet par Viotti, comprenait :

1 violon solo, M. Bruni.

8 l^rs violons,

8 2m«s violons,

2 altos,

4 basses ou violoncelles,

3 contrebasses, 2 bassons,

1 hautbois,

2 flûtes,

2 clarinettes, 2 cors, 1 trompette, 1 trombone, et 1 claveciniste. En tout 38 exécutants de premier ordre.

Les quatre actionnaires dirigeants, nommés sur les désirs de MONSIEUR, — désirs considérés comme ordres, — étaient:

M. Hanrion de Flosselles, avocat au Conseil d'état.

M. Geoffroy, Procureur au Parlement.

M. Parmentier, Procureur au Châtelet.

et M. Farmain, notaire.

C'était une sorte de Conseil judiciaire, introduit au cœur du Conseil d'administration.

La garde du Théâtre pour le spectacle, se composait d'un sergent, de 4 caporaux et 32 fusiUers.

Un caporal et 8 fusihers étaient en outre affectés au service de la pompe à incendie.

M. Viotti avait fait venir tous ses chanteurs italiens, des plus grands Théâtres de l'Italie ; les chanteurs Français avaient été recrutés dans les meilleures troupes de province, ainsi que la plupart des acteurs de Comédie et de Vaudeville.

Enfin on arriva au mois de Janvier 1789. La température se montra plus clémente ; le froid diminua d'intensité, et le 26 janvier, le Théâtre de MONSIEUR put ouvrir ses portes à

22 THÉATKE DE « MONSIEUR »

un public dont la curiosité avait été vivement surexcitée, par les appels réitérés des journaux et les réclames de toutes espèces que, très adroitement et très savamment, MM. Léonard Aiitié et Viotti avaient lancés à travers Paris et Versailles.

Ce soir là, le vspectacle se composa do :

l^' Le Vicendi Amoroso (Les Vicissitudes amoureuses) opéra-buffa, musique del Signor Tritia.

2^ La Serva Padrona (La servante maîtresse), opéra bouffa.

C'était le début de la troupe Italienne. Avant ces deux pièces, M. iSaint-Prcux, acteur de la troupe Française, était venu réciter au public un compliment, qui à cause de son emphase, — emphase dont à cette époque personne ne demeurait surpris — avait été fort bien accueiUi.

Il avait dit :

« Messieurs »

« Quand Jupiter Férétrien, accueillait ceux-là des généraux Romains qui venaient déposer aux pieds de ses autels les dépouilles opimes, c'était avec le sourire dans la barbe, et la douceur sous le sourcil. Ce ne sont pas des dépouilles de vaincus que les généraux du Théâtre, dont Monseigneur de France a bien voulu accepter le parrainage, viennent déposer devant Jupiter Public, ce sont des couronnes récoltées triomphalement et partout, dans les deux beaux royaiunes de France et d'Italie. Ces deux généraux, qui combattent pour remporter la grande victoire, se présentent devant le public appréciateur de Paris, avec de merveilleux chanteurs et de très excellents acteurs, dont le talent a été éprouvé sur les plus grandes scènes du monde entier. Ils espèrent qu'ils sauront conquérir la bienveillance de ce pubhc si déhcat, si rempli de goût, qui sait discerner l'ivraie d'avec la bonne semence ; et que le sourire qui naissait jadis dans la barbe d'or de Jupiter Férétrien et la douceur qui apparaissait sous ses divins sourcils, partant de vos visages à tous, viendront encourager les efforts de débutants, lesquels tremblent de se présenter à vos suffrages et viennent humblement réclamer une indulgence qui leur est a\'ant tout nécessaire ».

Le public avait chaleureusement applaudi cette allocution dite avec une solennité, presque majestueuse, par un comédien (( rempli de dignité, de distinction, maniant avec sûreté et science, l'art de la diction et du geste ».

Tous les journaux d'alors traitant les questions de Théâtre s'occupèrent de l'ouverture et rendirent compte du spectacle représenté sur le Théâtre de MONSIEUR. Car ce fut un grand événement dans le monde des Arts.

Ces journaux, estimés, qui faisaient alors mention des spectacles étaient : La Chronique de Paris, Le Mercure de France, Le Spectateur National, Le Moniteur Universel, Les Petites Affiches de Paris, Le Journal général de France, Le Journal de Paris, Le Journal Encyclopédique, UAlmanach des Muses, Les Lunes du Cousin Jacques, Le Lendemain, ou, VEsprit des feuilles de la Veille, Le Spectacle Omnibus, L'Esprit des Journaux, Les Révolutions de Prud'homme et Le Journal de Littérature et de Commerce.

Les principaux rédacteurs de ces feuilles étaient VAhhé Aubert, Le Vacher de Chamois, VAhhé de Fontenay, Beffroy d'Origny, dit Le Cousin Jacques, Sautereau de Marcy, duquel M. Etienne Lebrun disait : « Les articles écrits par le sieur Sautereau de Marcy n'ont ni justesse, ni exactitude, ni politesse ; et la seule et sotte prévention les a dictés ».

Sur cette première représentation je me bornerai à citer quel([ues lignes d'appréciation du Journal de Paris, dans son numéro du 27 janvier 1789 :

« Dans le Vicendi Amoroso, écrit le folhculaire, on a distingué un charmant duo entre M. Raffanelli et Mlle Limpérani. Les airs de Mme Baletti et un air de M. Roi^edino, superbe basse taille, dont la manière de chanter a excité les plus vifs transports ».

« Les autres acteurs ont eu aussi beaucoup de succès ; mais la longueur du récitatif a excité l'impatience du pubUc, qui en a moins senti les beautés de la musique ».

« Les deux finali sont du plus grand efï'et. Il est à présumer qu'au moyen de retranchements adroitement faits, cet ouvrage obtiendra tout le succès qu'il mérite ».

Pour se faire bien venir dans l'esprit public et dans celui de la Cour et de la municipalité parisienne, MM. Léonard et Viotti donnèrent leur seconde représentation, composée du même spectacle « AU PROFIT DES PAUVRES «.

La troisième représentation donnée le lendemain, mercredi 28 Janvier^ se composa de : Le Marquis Tiilipano, opéra français, parodie sur la musique del Signor Pa'ésiello^ par M. C. A. J. Goiirhillon,

On commença par : Le Bouquet du Sentiment^ pièce en 1 acte, qui fut assez mal accueillie.

C'était le début des chanteurs français. Mais Le Marquis Tulipano fit le plus grand plaisir.

V^oici ce qu'écrivit sur cette pièce le Journal de Paris :

« On doit beaucoup d'éloges aux acteurs ; Mme Lesage et Mlle Dollet^ MM. Fleury et Martin. On a trouvé à Mme Lesage un bon chant et une bonne prononciation ; et à M. Martin, jeune acteur, qui n'avait paru sur aucun Théâtre, de la voix, de la facihté, du goût et une grande aptitude à la scène ».

En écrivant cette appréciation du talent naissant du jeune Martin, le chroniqueur voyait droit et juste; car ce chanteur devint, par la suite, le fameux baryton Martin, lequel laissa son nom à la spécialité de l'emploi, qu'une voix légère d'une très large étendue, créait, pour le charme de tous.

Martin avait été second violon à l'orchestre de l'Opéracomique. Pendant un entr'acte, le compositeur Berton l'entendit fredonner une ariette. 11 s'arrêta surpris, pria l'instrumentiste de chanter avec ses pleins moyens, s'extasia devant les sons généreux de cette voix mélodieuse, le recommanda ; et Martin, passant de l'orchestre sur la scène, débutait, au bout de six mois de travail, sur le Théêiire de MONSIEUR, dans la pièce dont nous venons de donner le titre.

Le 31 Jani^ier vit le début de la troupe de Comédie Française, dans rOncle et le Neveu, pièce de M. Beauregard, réduite en 1 acte.

Cette petite pièce accompagnait la troisième représentation de Vicendi Amoroso, qui se dessinait comme un fort joli succès.

On se mit à travailler énormément au Théâtre de MON-

SIEUR. Les trois troupes de genres entièrement différents, ne tardèrent pas à se jalouser les unes les autres, et poussèrent, chacune de son côté, leurs études avec une ardeur fébrile.

Les Chanteurs et Bouffes ItaHens, habitués à jouer entre eux, à se « sentir les coudes » comme on dit en langage de théâtre, apportant uu répertoire de pièces éprouvées déjà sur les théâtres d'Itahe, possesseurs puissants de leurs rôles, de leurs lazzis, furent tout d'abord très goûtés du public. Leurs spectacles firent plus d'argent que ceux des chanteurs et comédiens Français, ce dont ils se montrèrent fort orgueilleux.

— C'est nous qui les nourrissons !... disaient-ils, en désignant dédaigneusement leurs camarades. Il est utile d'ajouter que, de leur côté, les Chanteurs Français se considéraient comme fort supérieurs à leurs compatriotes, les simples acteurs de Comédie.

Cela excitait l'émulation de tous pour arriver à produire le plus d'efl'et, par le nombre de pièces représentées. Les Directeurs tenaient à se trouver en possession d'un répertoire courant, qui leur permit de surpporter par des « reprises » les insuccès qu'il faut toujours prévoir en matière théâtrale.

De même qu'un général habile doit, en traçant son plan de bataille, envisager la possibilité d'une défaite et prendre pour la retraite, ses mesures en conséquence, de. même un directeur de théâtre avisé, doit avoir toujours prêt un spectacle de réserve qui puisse parer le méchant coup du sort, au cas d'une chute inopinée.

Qui peut être certain d'un succès au théâtre ? J'ai vu des pièces d'auteurs célèbres, pièces à la parfaite réussite desquelles croyaient très fermement avant la première représentation, directeurs, acteurs, décorateurs, journahstes, critiques, amis des auteurs, appelés à juger Toeuvre avant coup, s'effondrer effroyablement, lorsqu'arrivait leur première apparition devant le Public « payant. »

J'ai vu par contre certaines autres pièces, sur lesquelles personne ne comptait aux lectures et répétitions, triompher quand elles apparaissaient pour la première fois, devant les feux de la Rampe et du Lustre.

Au théâtre, on marche avec un bandeau sur les yeux, le pubHc seul parvient à le détacher. Jusqu'au prononcé de son jugement, toutes prévisions ne sont que tâtonnements dans des ténèbres.

Avant d'en terminer avec ce mois de Janvier 1789, je dois citer quelques-unes des tracasseries suscitées à nos impresarii, par le vindicatif M. de Champcenetz. L'une des principales « précautions » prises pour le prêt de la Salle des Tuileries au sieur Léonard, était « d'y réserver une loge à la disposition des officiers des Bâtiments^ pour lesquels, c'est un devoir d'être toujours à portée de veiller sur les accidents. ))

Léonard, devenu de par le Roy, possesseur de son Théâtre, déclara, « étant maître chez lui », avoir l'intention de louer cette loge, comme il faisait des autres.

Mais le 16 janvier 1789, la note suivante avait été adressée au Comte d'Angivillers : « Le sieur Léonard se livre à de nouvelles discussions pour ne pas donner aux « Intendants des Bâtiments » la loge à laquelle ils ont droit. )>

Il s'agissait d'ufle loge de face de huit places, aux secondes? (( timbrée du nom de MM. Guillaumot, Soufflot, dits officiers du Bâtiment », (ces messieurs avaient même fait apposer un cadenas, fermant ladite loge), loge que Léonard avait cru devoir louer à « quatre de MM. les Maréchaux de France, dit-il, dans sa réponse, et payée pour huit places ».

MM. les Maréchaux, ajoutait-il, refusaient de s'en désaisir.

Léonard, au nom de « sa Compagnie », offrait une autre Loge à MM. les « Officiers du Bâtiment. »

Et l'audacieux directeur terminait sa requête au Comte d'Angivillers de cette façon :

« Je dois cependant vous observer, M. le Comte, qu'il est indispensable que cette Loge soit portée sur un état, arrêté par MONSIEUR, attendu que par un article des règlements signés par le Prince, il nous a expressément défendu de donner aucune entrée gratuite^ sans son attache. »

« Je suis avec un profond respect, Monsieur le Comte, votre très humble et très obéissant serviteur. »

« Léonard AUTIÉ »

Le Comte d'Angivillers, Directeur général des Tuileries, répondit à Léonard une lettre très sèche, dont je cite quelques extraits :

« Sa Majesté (le cas avait été soumis au Roi) n'a point hésité pour confirmer la décision sous l'empire de laquelle elle a bien voulu vous prêter la Salle de son Palais des Tuileries ; et il ne me resterait qu'à en exiger de vous l'exécution littérale, si je n'avais reçu ce matin de M. de Wurmser, une lettre qui me donne enfin la clef du petit subterfuge que vous avez employé en me parlant d'une location à MM. les Maréchaux de France. »

(M. de Wurmser se trouvait être l'un des quatre locateurs de la loge, point du htige.)

« C'est par mon respect même pour les personnes dont vous empruntiez si maladroitement la désignation vague, que j'ai jugé que votre objet unique était de m'embarrasscr. »

(( Je mande à M. Guillaumot de s'occuper sur le champ à terminer avec vous cette ridicule discussion. »

Et la lettre terminait par ce post-scriptum autoritaire et décisif :

« Vous n'aurez pas besoin de la décision de MONSIEUR dans cette affaire ; et ce Prince a trouvé très ridicule qu'on osât se servir de son nom. La Salle est au Roy ; ses officiers y ont une loge ; leur service y est nécessaire. Sa Majesté ne vous l'a prêtée qu'avec ces restrictions ; et il est plaisant que ce soit avec moi, qui ai pris ses ordres, qui vous les ai communiqués, que vous prétendiez discuter sur ce droit. »

Le 20 janvier 1789, Léonard répondait au Comte d'Angivillers :

« Monsieur le Comte ».

« J'ai l'honneur de vous rendre compte que de concert avec M. Guillaumot et plusieurs membres de ma Compagnie, la Loge nP 12, aux secondes^ côté de la Reine, a été affectée à MM. les Intendants des Bâtiments du Roi. Je vous supplie. Monsieur le Comte, d'agréer tous mes regrets de ce que vos ordres et vos désirs ont pu éprouver, de la part de ma Compagnie, quelques observations. »

(( Je suis ».

« Léonard AUTIÉ ».

Léonard rejetait les torts sur « sa Compagnie », comprenant que la lutte entre le pot de terre et le pot de fer ne pouvait durer plus; lui, se trouvant être le pot de terre, et M. de Champccnctz le pot de fer.

Cette loge de huit places fut donc occupée et réservée par la suite, aux trois seuls officiers ou intendants du Bâtiment, MM. Guillaumot, Soufflot ; le nom du troisième n'est pas cité dans l'acte des archives.

Février 1789. — Je vais ma'ntenant citer les nombreuses premières représentations qui se succédèrent rapidement pendant le mois de février, sur le Théâtre de MONSIEUR et en donner de sommaires appréciations.

Le 3 février^ la troupe de Comédie Française, donna la première représentation de : Le Chevalier de Faiiblas^ comédie en un acte et en vers, de M. Villemain d' Allancourt.

Le 5, les chanteurs français offrirent au pubhc la première représentation de La Feinte Jardinière^ opéra français, parodié i)ar M. Balle^ sur la musique del s'gnor Anfossi.

Ce fut une chute. On trouva le sujet triste et froid, « le style négUgé, la musique monotone, le jeu des acteurs pauvre, malgré l'interprétation supérieure de M. Fleiiry et Mme Le Sage ».

Le lendemain, 6 février^ ce fut le tour des Comédiens Français, qui jouèrent la première représentation de La Maison à vendre^ ou la Nuit de Grenade^ comédie en trois actes, par M. Fiévée,

La pièce fut accueillie assez favorablement. Malgré toute l'activité déployée par les trois troupes, il nous faut attendre jusqu'au 21 ] écrier pour avoir une véritable nouveauté.

Les spectacles fournis par les premières pièces, la diversité de ces spectacles, les trois excellentes troupes, qui se succédaient en s'alternant journellement, l'attrait d'une salle nouvelle, suffisaient amplement à attirer la foule, et l'exploitation devenait des plus florissantes et des plus lucratives.

Donc, le 21 février seulement, la troupe des chanteurs Italiens, offrit la première représentation très annoncée et très attendue, de : FA Re Teodoro, opéra-buffa, musique de Paësiello.

Le Journal de Paris fait ainsi le compte-rendu de cette pièce, dans son numéro du 23 février

« El Re Teodoro, donné avant-hier, en italien, pour la première fois, est le même ouvrage qui avait si complètement réussi i( en français », sur le Théâtre de Versailles, et qu'un nouveau traducteur avait depuis transporté sur notre scène lyrique, mais avec moins de succès. »

« Cette pièce a été reçue avant-hier avec les plus grands applaudissements. On a rendu une pleine justice à cette belle et riche musique, si digne de son auteur, et qui a été exécutée avec le plus grand ensemble, tant du côté des acteurs que du côté de l'orchestre qui a mérité, dès le premier jour, le suffrage universel des connaisseurs. »

« M. Mangozzi a chanté pour la première fois, et il a obtenu beaucoup d'applaudissements pour l'adresse rare de son chant et la flexibilité de sa voix. »

Lors de la première représentation du Roi Théodore^ en langue française, sur le Théâtre de Versailles, il s'était passé un incident qui mérite d'être signalé.

Le Roi Théodore est sans un sol vaillant ; il consulte son écuyer pour savoir comment faire rentrer un peu d'argent dans les Caisses de l'Etat.

Une voix gouailleuse du parterre avait crié :

— Assemblez les Notables,

Cette interruption fut fortement applaudie, Louis XVI, à cette époque, refusant de convoquer les Notables et les Etats-Généraux.

Le 25 /é^ri'er, autre première représentation : Le Bal et le Souper des Poètes^ comédie en un acte, en vers, par M. Ronsin.

Cette fois, c'est la troupe des Comédiens français qui donne, et remporte une demi-victoire.

Le 26, paraît dans le Journal de Paris, la note suivante :

« Hier, nous avons reçu des Musiciens du Théâtre de MON- SIEUR, trois cents livres provenant d'une gratification extraordinaire, qu'ils n'ont pas voulu se partager et qu'ils ont préféré d'abandonner aux pauvres. »

Le motif de cet acte de générosité était que M. le Comte d'Artois, ayant assisté à la première représentation d^El Re Teodoro, avait été très charmé par les excellences de l'orchestre ; et que pour être agréable à son frère, plus peut-être que pour manifester son enthousiasme à MM. les Musiciens, il leur avait fait parvenir six cents livres en adressant à leur chef, il signor Viotti, le billet suivant :

« Maître,

« Inclus en cette lettre six cents livres pour votre très bon orchestre qui m.'a causé toute satisfaction.

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