CHŒURS
'.. Maigret.
M m es
Denis.
Le Met.
Justine.
De Lier val.
Labbé
Lécuyer.
Rochetin.
Prévôt.
Bozon.
Huhy.
Dupont.
Saint- Marcel.
Le Jeune.
Bourgeois.
Doël.
Note du même almanach :
« Ces chœurs ne sont composés que de sujets, dont les dispos* tions annoncent qu'on peut en faire un jour de bons acteurs. On n'y admet personne qui ne sache solfier à livre ouvert, et qui ne donne des espérances flatteuses pour l'avenir. L'administration de ce Spectacle veut faire de ses chœurs une pépinière d'où elle puisse tirer par la suite, les remplacements capables de soutenir l'honneur de l'entreprise. Il y a même une école de chant et de déclamation ; et chaque sujet des chœurs joue, au besoin, les rôles accessoires dont on le charge ».
Cette mesure très sage avait été conçue par Viotti et lui rendit, par la suite, d'énormes services. Ces jeunes gens, hommes et dames, en prenant contact dans cette école, — sorte de Conservatoire particuUer, — avec 'e catéchisme de leur art, apprenaient de la sorte, à porter le costume, à se maqu 1- 1er, à se servir d'une canne, d'une tabatière, à jouer du chapeau, de l'éventail, ayant sans cesse sous les yeux d'excellents exemples ; en un mot, étudiant par le fait, par la chose même, tout ce qu'un élève d'aujourd'hui, sortant de notre Conservatoire moderne, ignore absolument.
De nos jours, par une ordonnance que j'ose qualifier d'incompréhensible autant que ridicule, il est formellement interdit à l'élève du Conservatoire, de jouer sur un théâtre quelconque. Tous enfreignent naturellement cet ordre ; mais,
sont contraints de se dissimuler en dissimulant leur nom. L'administration ferme les yeux, reconnaissant l'absurdité de la prescription ; mais, quand il lui plait de les ouvrir, elle renvoie impitoyablement les réfractaires, les prive du reste des enseignements qu'elle leur doit, des privilèges qui s'y rattachent, et des récompenses qu'ils eussent pu mériter et auxquelles ils avaient d'incontestables droits.
Suivez attentivement ce calcul enfantin :
Les Professeurs du Conservatoire font deux classes par semaine, de deux heures, chaque classe ; donc quatre heures qui se partagent en 240 minutes. Si ces Professeurs ont dix élèves chacun, ce qui est un minimum, un élève se trouve avoir droit à 24 minutes de leçon par semaine ; soit en une année scolaire composée de 10 mois, à 240 minutes; par conséquent en tout, 4 heures d'études.
Voilà donc un élève bien avancé, avec ses 8 heures de leçons, prises en deux années.
Je le répète, c'est enfantin ; cela ne fait même pas que friser le ridicule.
Il y a là, incontestablement, une nouvelle méthode à apporter, un nouveau règlement à établir, de nouveaux statuts à rechercher et à apphquer. Qui osera toucher à la routine ?
La méthode de Viotti écartait tous ces abus. C'était l'école de tous les jours, l'enseignement de toutes les heures, l'apprentissage de tous les instants.
Une des grandes originahtés du Théâtre de MONSIEUR, était qu'il n'y avait pas de batteur de mesures, ou teneur do bâton, en un mot de chef d'orchestre, dirigeant les instrumentistes, «parce que, dit un critique de l'époque, les vrais musiciens n'ont pas besoin qu'on leur indique la mesure. »
Et le critique ajoute : « Les Itahens, surtout sont si accoutumés à la précision, leur oreille est si sûre à cet égard, qu'ils croiraient qu'on se moque d'eux, si l'on voulait leur marquer la mesure. Les Français veulent être rassurés par un guideâne. ))
Dans la hste des musiciens de l'excellent orchestre composé par Viotti, je relève encore, cette note curieuse :
« TROMBONNE : M. Mariotti, étonnant pour sa précision sur cet instrument, dont le bel effet est inconnu en France. »
Puis, après la nomenclature de tous les instrumentistes, cette autre note, qui prouve que le mot « Orchestre » a changé de genre, en s'acheminant vers nous :
« NOTA. — Cette Orchestre sera augmentée et embellie à la nouvelle salle, quoiqu' aucune orchestre de la capitale ne puisse, dès à présent, lui disputer le pas. »
« Peintres-décorateurs : Les célèbres frères Gotti^ pensionnaires de toutes les Cours de l'Europe, qui arrivent de Naples.
« Machiniste : M. Morichelli, mari de la chanteuse, Mme Morichelli.
« Costumier : M. M ar illier.
« Tapissier : M. Loitte.
« Illuminateur : M. Perben.
« Imprimeur : M. De Lormel.
(( Couturière en chef : Mlle Michelet.
« Suisse du théâtre : M. Jacquet.
« Contrôleur : M. Huet ».
De plus : Trente ouvreurs et ouvreuses de loges et places ; dix receveurs et distributeurs de billets, contremarques et suppléments. Vingt-cinq employés subalternes et quarante fournisseurs. Pour la garde du spectacle et le service de la pompe à incendie, 80 hommes. Cela formait un personnel de 350 personnes, pour le moins.
Ai^ril 1790. — La première pièce nouvelle fut donnée le 14 Ai^ril. Son titre ? : La Gclosie villane (La Jalousie villageoise) opéra itahen en 2 actes, musique del signor Sarti.
Note facétieuse du temps : « Il est à remarquer que presque tous les jaloux ont autant de succès sur la scène, qu'ils en ont peu dans le monde, surtout auprès des belles. »
Cet opéra obtint du succès.
Le 25 Açril, autre première représentation: Le Lot mal employé^ comédie en prose et en 2 actes, par M. Silvestre.
Cette pièce ne réussit pas. Elle ne fut même jouée qu'une fois ; ce qui fit dire à Montgautier, qui ne jouait pas dedans,
et n'avait pas assisté à la représentation : Je suis très ennuyé de ne pas l'avoir vue, au moins cette fois-là. Ce à quoi, Paillardelle qui, lui, jouait le principal rôle, répondit : Que votre ennui diminue en raison des plaintes de ceux qui l'ont vue une fois de trop.
Mai 1790. — Le 6 Mai^ première représentation de : V Heureux repentir^ comédie-proverbe en 1 acte, en vers.
Cette Comédie avait été imprimée quelque temps avant son apparition, sous le titre : Le Parti le plus sage. Dufresse avait débuté dans la pièce. La chute du Comédien entraîna celle de l'auteur; car elle tomba à plat sans espoir de se relever. Un journaliste écrivit même au sujet de ces deux titres: Le Parti le plus sage qu'ait maintenant à prendre l'auteur, dont on n'a pas réclamé le nom, est de se retirer en silence, dans un Heureux repentir. »
Le 29 Alai^ première représentation de : Le due Gemelle (Les deux Jumelles), opéra italien en 3 actes, musique del signor Guglielmi.
Dans les pièces Italiennes, le poème comptait pour très peu. Aussi l'auteur était-il fort rarement nommé. Seul, le nom du compositeur rayonnait sur les affiches, et, les soirs de première, était jeté aux applaudissements du pubhc.
Tel fut le cas pour Le due Gemelle.
Juin 1790. — Le samedi 5 Juin, première représentation de : La Frascatana (La Paysanne de Frascati), opéra itahen, en 3 actes, musique del signor Paësiello.
Cet opéra fut l'occasion d'une ovation formidable, faite au savant musicien, accouru précipitamment de Tarente, son pays, où il était allé fermer les yeux de sa mère, pour assister à la première représentation d'une pièce qu'il considérait comme son chef-d'œuvre.
On le voit, le répertoire italien l'emportait de beaucoup sur le répertoire français. L'influence de Viotti, et son désir ardent de réduire à néant, ces « faquins de la Coumédie Italienne » était tout le secret de cette ardeur au travail.
Quand Viotti apprenait que les « histrions » allaient monter un opéra ayant obtenu un grand succès en Itahe, vivement
92 THÉÂTRE DE « BIONSIEUR »
il mettait le même ouvrage à l'étude, dans son théâtre, et parvenait à le servir au public avant eux. Ce qui mettait fort en colère les sieurs Clairçal, Trial, Michu, Grange, Ménier, etc., ainsi que les dames Dugazon, Saint- Aubin, Gontier, Carline, Rose Renaud, etc., etc., tous excellents chanteurs et savantes cantatrices du Théâtre, dit des Italiens ; vu que ce Théâtre n'avait plus d'Itahen que le nom, puisque tous les acteurs étaient Français, et que les pièces des compositeurs de la nation sœur, étaient, quand on en jouait, préalablement traduites en langue française.
Le véritable Théâtre Italien était donc le Théâtre de Monsieur, et non celui qui portait ce faux titre à son fronton.
Le 23 Juin, première représentation de la reprise très attendue de U Imprésario in Angustie, opéra-buffa, en 2 actes, de Cimarosa.
Cette pièce fut revue avec grandes démonstrations approbatives.
Le mercredi 30 J uin, invmwiv rei)résentatioii de : J Viaggiatori jélici (Les heureux voyageurs), opéra italien, en 3 actes, musique del Signor Anfossi, et de « divers auteurs. »
Je cite un extrait du compte-rendu de cet opéra, paru dans le Journal de Paris :
« Le fond de la musique est iVAn/ossi ; mais on y a ajouté plusieurs morceaux, composés par M. Charubini, qui ont été très applaudis. On a demandé le compositeur qui a paru. »
Quel compositeur ?... Anfossi ou Cherubini ?
(( Nous aurons fait l'éloge de l'exécution de cet opéra quand nous aurons dit que les premiers rôles en sont confiés à Mme Morichelli et MM. Rafanelli, Roçédino et Viganoni. »
Je lis encore dans la Chronique de Paris que le conqjositeur Anfossi est venu saluer le public, bien qu'une partie de la salle réclamât la présence de M. Cherubini, qui ne voulut pas paraître.
C'est la réponse à mon précédent point d'interrogation.
Juillet 1790. — Le 4 Juillet^ première représentation d'^dze/te, comédie-féerie en vers et en 3 actes; paroles de M. de Florian, musique de M. Rigel père.
Voici une appréciation de la pièce, relevée dans VAlmanach général, etc.
« Il manque à cette pièce de la chaleur et des tableaux variés. La scène est froide et languissante. L'esprit et la délicatesse font le principal mérite des paroles. La musique, digne de son auteur, a été fort goûtée. »
Bref, la pièce n'eut que quelques représentations. Ce dont se gaudirent fort les acteurs de la troupe Italienne, qui se vantaient hautement de « nourrir la troupe Française ».
Martin, jeune et fougueux, se trouva mortifié, pour ses camarades et lui-même, des forfanteries et des sarcasmes des huoni signori.
Un soir, il pria poliment, dans le foyer du petit Théâtre, le sieur Mandini de vouloir bien avoir à cesser les lourdes plaisanteries, que celui-là surtout se permettait vis-à-vis des Chanteurs et Comédiens français.
Mandini, se sachant soutenu par son directeur, Viotti, le prit de très haut ; de si haut, que Martin se vit contraint, sur une qualification mal sonnante du chanteur italien, à lui donner une gifle.
Mandini se précipita sur Martin qui le repoussa avec tant de rudesse, que le pauvre Mandini glissa et se rompit le poignet. On le releva et on le transporta chez lui.
Les Italiens, très excités, prévinrent Viotti, que si Martin ne portait pas ses excuses à leur camarade, dussent-ils se voir intenter un procès par la Direction, ils se refusaient à chanter le soir même.
Viotti était au désespoir. 11 courut chez Martin, lui conta l'ultimatum de ses camarades et le soiipplia à genoux, dou lou prendre en pitié, lui, poç>ero Viotti, et d'aller chez Mandini lui porter ses excouses.
Ce à quoi Martin, bon enfant, consentit. Il alla trouver il signor Mandini et lui dit : « Mon cher collègue, je suis désespéré de l'accident qui vous est arrivé. Mais, mettez-vous à ma
place. Eussiez-vous supporté, sans relever le mot, que l'un de nous vous traitât de rujian ?... »
— « J'ai eu tort, répondit, avec esprit, Mandini. Et je vous excuse d'autant plus, que mon médecin vient de me déclarer que cette prétendue cassure dont je souffre comme un damné, n'était qu'une simple luxation. »
Ils se séparèrent les meilleurs amis du monde, et, huit jours après, Mandini put reparaître, le bras en écharpe, sur la scène de ses succès.
Le 16 Juillet, première représentation de : La Famille patriote, pièce nationale, en 3 actes et en prose, de M. Collot-d'Herbois, jouée par la troupe Française.
M. Vallière, qui représentait le rôle de V Invalide, souleva de nombreux applaudissements, en chantant le couplet au public, que nous nous empressons de mettre sous les yeux de nos lecteurs, pour leur donner une idée du peu qu'il fallait pour exciter l'enthousiasme patriotique qui régnait alors au fond du cœur de chaque spectateur ; et des sentiments de Liberté qui s'exhalaient de toutes les poitrines, à ce seul mot prononcé :