COUPLET AU PUBLIC
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, Tambour battant, toujours mèche allumée,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.
Tout bon Français en avant marchera.
La Liberté jamais ne périra.
Avec ardeur pour elle il combattra.
Ah I ça ira, ça ira, ça ira.
Tambour battant, toujours mèche allumée,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.
Tout bon Français en avant marchera.
Lorsque la Loi l'ordonnera,
Quand la France l'approuvera,
Oui, le plus vieux de l'armée
A sa voix rajeunira.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira....
Etc., etc.
Les spectateurs redemandèrent cinq fois de suite, que Vallière recommençât ce couplet, et se mirent à le chanter en même temps que lui.
Sorti de la salle, le public demeura stationnant devant le
Théâtre et continuant à chanter ; mais, sachant mal les paroles, dites par l'acteur, il en improvisait, à la grande joie des chanteurs et aux applaudissements des badauds accourus de tous les côtés.
Le triomphe de M. Collot-d'Herhois fut complet.
Le Spectateur National^ journal de M. Levacher de Chamois^ écrivit : « Cette pièce de M. Collot-d'Herhois a été vivement applaudie. Il y a beaucoup de gaieté et de mots heureux, surtout dans le premier acte. »
Collot-d'Herhois ne s'appelait que Jean-Marie Collot. Il avait joué la Comédie, en province, et avait alors ajouté, à son nom de Collot celui de d'Herbois. Instruit, car il avait fait ses études chez les Oratoriens^ il s'était mis à composer des pièces de théâtre et avait su se faire remarquer comme auteur dramatique, aussi bien que comme acteur.
Il fut lancé dans la pohtique par cette pièce de la Famille Patriote.
Il avait joué l'emploi des Jeunes Premiers rôles à Bordeaux, à Lyon, à La Haye (Hollande) ; et était devenu, par la suite, Directeur du Théâtre de Genève, où il avait gagné assez d'argent, pour se retirer très jeune du théâtre. En 1790, il avait alors trente ans ; il vivait paisiblement et modestement à Chaillot.
La Révolution éclata. Il en adopta aussitôt toutes les idées grandes et généreuses, et devint plus tard membre du club des Jacobins.
Il possédait une voix retentissante, sonore, qu'il mettait au service d'un véritable talent d'orateur. Il y avait une grande puissance dans son geste, un peu théâtral et emphatique, qui séduisait les masses et les gagnait à sa cause.
On a prétendu que, comme acteur, il avait été jadis sifflé à Lyon, et que, devenu Proconsul dans cette ville, à la place de Couthon, il y exerça de terribles représailles.
« Représailles » ne peut être le mot juste ; car d'aucuns, même de ses plus ardents ennemis, ont dit et écrit que, bien au contraire, ses succès en cette ville, comme Comédien, avaient été retentissants.
N'oublions pas gue Beaulieu était un catholique forcené, fanatique, et que le « comédien » était pour lui l'être de toute réprobation et de tous vices.
L'abbé Guillon de Montléon^ dans ses Mémoires^ s'exprime encore ainsi sur Collot :
(( Quoique j'habitasse Lyon, au temps où l'on prétend que CoVm y fut sifflé, et quoique cela fût raconté dans 'outes les sociétés^ je n'ai jamais ouï dire que Collot eût reçu une pareille mortification en notre ville, où " son espèce de talent " plaisait beaucoup. »
Mlle Pélissier, soubrette de mérite mais fort acariâtre et très méchante, jouait dans la Famille Patriote. Elle dit à Collot, pendant le cours des répétitions :
— C'est étonnant comme vous êtes poli^ pour un ancien acteur.
Collai (THerhois lui répondit :
— Mademoiselle, ce sont les actrices comme vous, qui font le plus souvent les acteurs grossiers.
L'insolente réponse valait l'observation.
Il y avait eu, le 13 Juillet^ à l'occasion de l'anniversaire de ^a prise de la Bastille, une représentation — peut-on appeler cela autrement ? — en l'églse de Notre-Dame; représent'on à laquelle avaient participé l'orchestre, les artistes et les chœurs en entier du Théâtre de MONSIEUR.
Un immense et solennel Te Deum avait été joué et chanté on l'imposante et majestueuse Cathédrale, par tous les artistes des théâtres de chant, de Paris ; et Viotti, nullement patriote — Itahen, il n'avait aucune raison de l'être — mais courtisan de l'opinion générale, avait tenu à ce que tout son personnel et son orchestre figurassent dans la cérémonie ; lui-même y participant, au pupitre des premiers violons.
En agissant ainsi, le vaniteux virtuose espérait qu'on le remarquerait et qu'on le citerait spécialement pour cet acte, qu'il devait considérer comme un grand manifeste d'abnégation artistique. Il n'en fut cependant rien. Le superbe artiste fut perdu dans la foule des exécutants.
Toutes les feuilles du jour citèrent l'ensemble plus colossal
tHEATRE DE <( MONSIEUR » Ô7
que merveilleux, sous la conduite du chef d'orchestre de l'Opéra, le S^ Rey.
Ainsi, BeauHeu, écrivain royaliste, dans sa Biographie U nii* ers elle ^ dit :
(( CoUot avait exercé son art dans plusieurs grandes villes et notamment à Lyon, où il jouissait d'une espèce de considération. Sa conduite n'était pas celle d'un comédien. »
La veille, le lundi 12 Juillet, le Journal de Paris avait inséré cette note : Demain, mardi 13, en l'honneur de la prise de la Bastille, un Te Deum solennel sera exécuté dans Téglise métropolitaine de Paris, suivant le vœu de MM. les électeurs de 1789. ))
Dans un livre très intéressant de M. Juhen Tiersot : Les Fêtes et les Chants de la Résolution Française, je trouve de nombreux détails sur cette manifestation plus patriotique que reUgieuse et même qu'artistique. Je m'empresse de les reporter ici :
« Tous les artistes, écrit M. JuUen Tiersot, se rendirent à Notre-Dame, le 13 Juillet, les musiciens de l'Opéra, du Théâtre de MONSIEUR, des Italiens, des Français, de la troupe Montansier, et des autres spectacles, tous, jusqu'à ceux d'Audinot et de Nicolet.
« Mlle Rousselois, MM. Chéron et Lays, de l'Opéra, chantèrent les soli.
(( On y donna aussi la première audition d'une œuvre lyrique : La Prise de la Bastille, hiérodrame, tiré des livres saints, paroles et musique de Marc Antoine Désaugiers.
« Dans ce hiérodrame, le récit de la Prise de la Bastille était fait sur le ton prophétique de l'Ecriture, avec des fragments de strophes empruntées aux auteurs sacrés.
Voici un de ces fragments :
LE CITOYEN « Peuples, gémissez, et que votre joie se change en tristesse. »
LE PEUPLE Pourquoi ?