‹ Théâtre de "Monsieur"Chapitre 13 sur 24 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

« Nos ennemis sont fugitifs ; ils n'ont pu nous résister et ils seront en opprobre parmi les nations. Peuples louez Dieu ! »

« Et tout le monde entonnait le Te Deum.

« L'œuvre dans son ensemble produisit un grand effet. »

Marc-Antoine Désaugiers était le père de Désaugiers, le chansonnier et vaudevilliste si populaire, sous la Restauration, qui fut encore auteur dramatique et Directeur du Théâtre du Vaudeçille.

C'était Martin, le baryton du Théâtre de MONSIEUR, qui chantait le Choryphée.

L'Eglise et le Théâtre ! « Epoque étonnante ou la Concorde et la Fraternité étaient assez fortes pour réaliser de semblables alliances. »

Août 1790. — Le 4 Août, le Théâtre de MONSIEUR donna la première représentation de // Caçalière errante, ou Don Quisciotte délia Mancia (Le Cavalier errant ou Don Quichotte de la Manche), opéra italien en 8 actes, musique del signor Tarchis.

Certains sujets de pièces ne sont jamais parvenus à réussir complètement au Théâtre. Don Quichotte est de ceux-là. Le roman de Michel Cervantes, a été mis à la scène sous toutes les formes, opéra, drame, vaudeville, comédie, féerie, et jamais il n'a rencontré le véritable succès.

Notre grand Sardou lui-même, à qui je suis si fier de dédier cet ouvrage, Sardou si fm, si ingénieux, si puissant en art dramatique, n'a su faire de cette œuvre et de ses personnages qu'un ouvrage de second ordre, incapable d'entrer en ligne avec les autres pièces du merveilleux auteur.

C'est que les héros du mordant romancier espagnol, portent en eux une philosophie tellement puissante, que le livre seul peut la produire et la faire comprendre.

Au Théâtre, Don Quichotte n'est plus qu'un fantoche grotesque et le sage Sancho un bouffon, grossier.

Même à cette époque on trouva le sujet « ancien et rebattu » ; aussi la pièce excita-t-elle fort peu la curiosité.

Le 22 Août, première représentation àd'.Les Amours de Coucy, ou le Tournois, comédie en 3 actes, avec « ses intermèdes. »

Ces intermèdes consistaient en danses de femmes, costumées en pages, et d'hommes revêtus d'armures de chevaliers.

A la première représentation le choc des armures fit un tel vacarme, que l'on entendait à peine les musiciens ; ce qui excita fort l'hilarité des spectateurs. Aussi, le compositeur de la musique, qui était M. La Houssaie, l'un des deux premiers violons de l'orchestre, demanda-t-il, qu'à la seconde représentation cette partie du divertissement fût supprimée. M. Viotti y consentit sans peine, l'ouvrage n'ayant pas obtenu les suffrages qu'il en attendait.

Septembre 1790. — Le jeudi, 9 Septembre, première représentation de : Ultaliana in Londra, [U Italienne à Londres) opéra italien en 3 actes, musique del signor Cimarosa,

Voici ce qu'en dit VAlmanach du sieur Froullé, libraire, quai des Augustins :

« La musique en est sublime ; les acteurs y sont étonnants ; et la foule se porte au spectacle quand on joue cette pièce. »

Le 14 Septembre, première représentation de Joconde, comédie en vers et en 3 actes, paroles de M. Desforges, musique de M. Jadin.

M. Jadin était récitant en second, au Forte-Piano de l'orohestre du Théâtre de MONSIEUR ; le premier récitant au même instrument était M. Ferrari.

La pièce réussit grandement, bien que les journalistes eussent critiqué légèrement le poëme ; mais la musique était si charmante, qu'on la déclara « l'une des plus agréables qu'on ait entendues à Paris. »

Octobre 1790. — Le vendredi, i^^ Octobre, M. Saint- Aubin^ mari de Mme Saint- Aubin, l'excellente chanteuse du Théâtre des Italiens, débuta dans une reprise de Vlsle enchantée.

Le rôle du Comte, qu'il joua, ne lui fut pas favorable. Après un second début, il demanda à ses directeurs la résihation de son engagement, sans faire de troisième début. C'était pourtant un très parfait Chanteur. Le côté Comédien lui convenait moins. Il devenait, quand il parlait, froid, lourd, compassé ; alors que lorsqu'il chantait il se montrait adroit, élégant et charmeur. MM. Léonard et Viotti acceptèrent la rupture que leur nouveau pensionnaire leur proposa.

UAlmanachde tous les spectacles dit, à propos de ce début :

« M. Saint-Aubin qui avait eu quelques succès à ce théâtre, pour le chant, n'a pas continué ses débuts. On le dit reparti pour la province. Cet acteur n'a pas l'âme et l'expression que les Parisiens exigent, avant toute autre chose. »

Le 3 Octobre, première représentation de : U Homme aux deux noms, pièce posthume, en 3 actes, en vers, de M. Imbert.

L'auteur, à peine âgé de 40 ans, était mort, le mois précédent, pendant que l'on répétait sa pièce.

Une note épitaphique dit :

« Cet auteur, dont les productions ne mourront pas, emporte les regrets de tous ceux qui l'ont connu. »

La pièce L'Homme aux deux noms eut du succès, mais un voile de tristesse s'était répandu sur tout le cours de la représentation et nuisit aux effets de rire qui eussent dû se produire en toute autre circonstance moins pénible.

Le vendredi, 22 Oc^oère, première représentation de: Adélaïde et Sainville, comédie en un acte, en vers.

Peu de succès ; cependant quelques traits assez plaisants.

C'est dans cette pièce, que M. Saint- Aubin avait effectué son second début.

Au Théâtre de MONSIEUR, on exigeait que les Chanteurs débutassent après un rôle de chant, dans un rôle de comédie. Ce second début, comme je l'ai dit plus haut, fut préjudiciable au débutant, et l'on écrivit sur lui des notes déplaisantes, dans le genre de celle-ci :

« M. Saint- Aubin, ancien acteur de Lyon, chante très agréablement, mais doit nuancer un peu plus son jeu. Il est disgracieux pour le spectateur de voir un homme dans une prison, déplorer sa captivité, du même ton dont il peindrait la fraîcheur de la rose et les douceurs de la volupté. »

Novembre 1790. — Le 2 Novembre, première représentation de V Amant travesti, ou les Muletiers, comédie en prose, en deux actes, mêlée d'ariettes, paroles de M. Dubreuil, musique de M. Désaugiers.

Le Journalde Parw dit de V Amant travesti: «Cette pièce doit son succès au talent du musicien, M. Désaugiers. Le sujet en est fort hbre ; la pièce n'est cependant pas très piquante. »

Le Journal général de France, rédigé par VAbbé de Fontenay, écritde son côté :« Cette pièce a réussi à peuprès... C'est un accès de gaité qui amuse le spectateur, plus avide que jamais de se dérider ; et la musique de M. Désaugiers a l'expression convenable à la chose. Ce compositeur a du mérite ; et l'on ne peut qu'engager les bons auteurs à lui confier leurs ouvrages.»

Le mardi, 9 Novembre, première représentation de : Le Procès de Socrate, ou le Régime des anciens temps, pièce en 3 actes, en prose, par M. Collot d'Herbois,

102 THÉATKE DE (( MONSIEUR »

« Cette pièce a fait du bruit et devait en faire. De grandes vérités énoncées avec hardiesse ; des allusions frappantes aux affaires présentes, des tableaux touchants, une philosophie mâle et courageuse et le jeu simple de M. Paillardelle, étonnant partout et particulièrement dans le rôle de Socrate^ ont assuré à l'ouvrage de M. Collot (THerhois^ un succès qui sera durable, en dépit de la cabale des égoïstes, intéressés à faire taire la vérité sur la scène. »

C'est ainsi que s'expiime dans sa critique théâtrale M. Etienne Lebrun.

La réaction, connaissant les opinions très exaltées de M. Collot d'Herbois, s'était en effet groupée, pour siffler fortement la pièce nouvelle. Aussi, s'était-on quelque peu houspillé au parterre.

A ce propos une anecdote :

Un jeune folliculaire qui rédigeait le journal : Les Révolutions de France et de Brabant^ et s'était en politique donné le titre de Procureur général de la Lanterne, en deux mots, Camille Desmoulins, pria l'un de ses voisins, qui sifflait avec rage, d'avoir à cesser de lui écorcher les oreilles. Le jeune homme, pour toute réponse continua de siffler plus stridemment encore. Desmoulins le traita de « Siffle-en-cul )>. Le jeune homme lui envoya un soufflet. Ils se précipitèrent l'un sur l'autre. On les sépara. Une rencontre fut décidée pour le lendemain. On devait se battre à l'entrée du bois de Vincennes. Dès huit heures du matin, Camille Desmoulins était en compagnie de ses témoins et d'un médecin, à l'endroit indiqué. Le rendez-vous avait été fixé pour huit heures et demie. A neuf heures, seulement, une voiture, à grande Uvrée, déboucha d'une allée, et s'avança vers le groupe, qui commençait à s'impatienter. Le carrosse s'arrêta, un valet sauta à bas du siège, ouvrit la portière ; et, parut alors, un vieillard, suivi de deux autres messieurs.

— Lequel de vous. Messieurs, demanda le vieillard en s'avançant, est M. Camille Desmouhns ?

— C'est moi, Monsieur, fit celui-ci, en faisant un pas en avant.

— Monsieur, continua le vieillard, je suis le Marquis de L... Vous avez été gravement insulté hier, au parterre du Théâtre de MONSIEUR, par ma fille....

— Votre fille ?..

— Oui, Monsieur, une tête folle. Elle s'était travestie en homme, pour aller siffler la pièce de M. Collol d'Herhois^ dont nous n'aimons pas les idées. Je viens, Monsieur, vous présenter ses excuses !

— Mais, Monsieur,.... fit Camille Desmoulins assez interdit, je ne sais

— Et, au cas où vous ne les accepteriez pas, continua le vieux Gentilhomme, prendre son heu et place et me tenir à votre entière disposition.

Se battre avec un vieillard, qui ne l'avait en rien offensé, dont le ton rempli de dignité et de noblesse, imposait le respect, devenait un cas tout particulier.

Camille ne put que balbutier : Quand on a une fille comme la vôtre. Monsieur, on la tient à l'attache.

— C'est, croyez-le. Monsieur, répliqua M. de L.., sans nous prévenir, sa mère et moi, qu'elle s'est livrée à cette escapade en la compagnie d'une de ses amies, aussi folle qu'elle, à laquelle elle avait emprunté les habits de son frère.

— Enfin, me voilà avec un bon soufflet sur la joue, balbutia le pauvre Camille.

— Un soufflet de femme, n'a aucune portée, repartit le Marquis de L.... Et puis enfin. Monsieur, je vous le répète, si vous n'acceptez pas les excuses, que la malheureuse enfant, toute repentante, tout en larmes, ce matin, m'a prié de vous faire, je suis prêt à croiser le fer avec vous.

— Non, Monsieur, non !... dit Camille Desmouhns. Je me tiens pour satisfait. Mais, prévenez au moins Mademoiselle votre fille, continua-t-il gaiement, que tout soufflet de femme vaut un baiser ; et que si je la rencontre jamais, fût-elle en votre compagnie, je la reconnaîtrai et lui rendrai de mes lèvres sur sa joue, l'offense que j'ai reçue sur la mienne, de sa main.

Les hommes se saluèrent, remontèrent dans leur voiture respective et chacune tira de son côté pour rentrer dans Paris.

Le médecin, qui assistait Camille Desmoulins, s'appelait Jean-Paul Marat. C'est lui, qui plus tard, a conté l'anecdote.

Pour en revenir au Procès de Socrate, la pièce eut un gros succès, et M™®^ Verteuil et Lignac se firent très remarquer dans les principaux rôles.

Le 1^^ Novembre, première représentation de : Le Souper de Henri /F, pièce en un acte et en prose, par MM. Bouthillier et Valmont.

Le sujet plut beaucoup et provoqua de nombreux applaudissements.

Trois jours après, il se passa un incident qui mérite d'être signalé.

Une poissonnière. Reine Audu, que son prénom de « Reine » avait fait surnommer la Reine des Halles, proposa à ses collègues du marché au poisson et du marché à la volaille, d'aller assister, au théâtre de MONSIEUR, à la représentation du Souper de Henri IV , pièce dans laquelle, lui avait affirmé son amie Rose Lacombe, l'actrice, on voyait le bon Roi, fraterniser avec le peuple.

La proposition fut accueiUie avec enthousiasme, par toutes ces dames, poissonnières, légumières, écosseuses, etc., etc.

Cette Rose Lacombe, du Théâtre de Nicolet, était celle qui, le 6 octobre de l'année précédente, lors de la rentrée de la Cour à Paris, avait escorté le carrosse de la Reine, ne quittant pas la portière, et ne cessant de crier : Vive la mitronne et le petit mitron !... Elle était, disait-on, la maîtresse de Maillard, le sanglant révolutionnaire, qui mourut sur l'échafaut, en 1794, condamné par ses propres pairs.

Donc, le soir même, toute la corporation des Dames de la Halle, se rendit au Théâtre de MONSIEUR, à la Foire St- Germain.

A peine ces dames étaient-elles installées que Rose Lacombe, qui s'était jointe à elles, dit à son d^mie. Reine Audu : Quel dommage que le Roi ne soit pas là, pour nous voir applaudir son aïeul.

— Eh ! ben, mais, si on allait l'inviter, fit l'extravagante Reine Audu.

— Oui ! oui ! crièrent cent voix.

— Messieurs les acteurs, dit Reine Audu, en se levant, attendez-nous un peu, nous allons chercher le Roi ! Vous pouvez bien faire ça pour lui.

On juge de l'ébahissement de ceux qui étaient en scène.

Quant aux autres spectateurs de la salle, ils avaient beaucoup ri de l'étonnante interruption de la Reine des Halles.

Alors, toutes ces Dames sortirent de la salle, et, suivant leur Reine, coururent aux Tuileries, en demandant à voirie Roi.

Le Roi fit répondre « qu'il remerciait grandement ces Dames de leur politesse ; mais qu'étant au Conseil, il s'occupait des affaires de l'Etat, et ne pouvait se déranger. »

— On lui paiera sa place, cria Reine Audu^ provoquant un immense éclat de rire.

La garde des Tuileries repoussa ces dames « avec grands égards et ménagements » et elles revinrent sans trop maugréer reprendre leurs places à la représentation, qui avait été forcément suspendue.

C'était Rose Lacomhe^ qui, demeurée au Théâtre avec une quarantaine d'écosseuses et autres légumières, s'était chargée d'empêcher le jeu des acteurs, et était parvenue, à force de cris, à faire baisser le rideau, malgré la protestation des autres spectateurs.

Rose Lacomhe leur avait imposé silence, en leur criant : On attend le Roi !

La garde avait voulu s'en mêler et faire cesser le tapage de ces dames. Mais Maillard, qui était déjà fort connu et redouté comme révolutionnaire, s'était interposé en disant : Ces dames sont de braves patriotes ; et vous n'avez pas le droit de priver le Roi du plaisir de leur être agréable.

La députation revenue des Tuileries, quelque peu déconfite, la pièce put être continuée.

Mais, voilà qu'au moment où, sur la scène, Henri IV boit à la prospérité de la France, Reine Audu se leva et demanda à trinquer avec le bon Roi.

Sans attendre l'acceptation, toutes, poissardes, légumières et écosseuses se précipitèrent sur la scène, passant par les

portes de communication et même enjambant par-dessus l'orchestre des Musiciens. Arrivées en scène elles firent apporter du « véritable vin », en criant avec les acteurs : Vive le bon Roi Henri !... Vive l'aïeul de notre Roi !....

Enfin, la représentation prit fin au milieu de la gaité générale, et de l'expansion la plus cordiale, mais aussi la plus bruyante.

Le samedi^ 13 Novembre^ première représentation de : Il Dilettante^ intermède en un acte, musique de « plusieurs auteurs. »

L'affiche avait eu soin d'annoncer : « La signora Gerbini^ qui n'a jamais paru sur aucun Théâtre, débutera par le rôle de Dorilla et exécutera un concerto de violon, de la composition de M. Viotti. »

Le 15 Novembre^ parurent dans tous les journaux s'occupant de Théâtre, c'est-à-dire : Le Moniteur universel^ Le Journal général de France^ Les Petites affiches de Paris., Le Mercure de France., La Chronique de Paris., Le Spectateur National., Le Lendemain., ou V Esprit des Feuilles de la veille^ le Journal de Paris^ U Esprit des Journaux., Les Révolutions de Prud'homme., Les Lunes du Cousin Jacques^ Le Journal Encyclopédique., et Le Journal de Littérature et de Commerce., des articles fort élogieux pour la débutante.

Par le nombre de ces journaux, traitant de la question des Spectacles, de la valeur des pièces, du mérite des auteurs et du jeu des acteurs, on peut voir que le Théâtre était en grande vogue, et que la passion de la politique, si ardente qu'elle pût être, ne détruisait en rien celle qui lui était propre et qu'il savait inspirer.

Entre les articles de tous ces journaux, je choisis encore celui du Journal de Paris., qui me parait le plus sage et le plus raisonné :

« C'est un véritable concert que cette pièce de : // Dilettante. M. Raffanelli y a pourtant un rôle assez comique : celui d'un amateur qui fait l'empressé et se donne beaucoup de mouvement. ))

« On n'a pas toujours approuvé le choix des airs. »

« Cependant la signora Moricheîli, MM. Mongazzi et Roçédino y ont donné de nouvelles preuves de leurs talents et de leur savoir. »

« La signora Gerhini a déployé une très belle voix dans les morceaux qu'elle a chantés ; et elle a ensuite exécuté un concerto sur le violon, de manière à rivaliser avec les plus célèbres virtuoses. »

J'ai omis de signaler une note, envoyée au Journal de Paris, par la Direction du Théâtre de MONSIEUR, et parue le 9 Novembre^ quatre jours avant la première représentation de : // Dilettante.

Voici cette note :

« Le talent distingué de la signora Gerhini^ pour la musique et la beauté de sa voix, font espérer que le public saura gré à l'Administration du Théâtre de MONSIEUR, de lui faire entendre cette virtuose, qui cependant a besoin de quelque indulgence, attendu qu'elle n'a jamais paru sur aucun Théâtre. »

« La troupe Itahenne, connaissant le mérite de la Signora Gerhini et désirant lui éviter l'embarras que son inexpérience lui causerait nécessairement, dans un ouvrage de longue haleine, a imaginé de la faire débuter dans un petit intermède sans conséquence, et en un seul acte, où elle n'aura qu'à chanter. »

« Dans cet intermède, qu'on donnera incessamment, et qui a pour titre // Dilettante^ la signora Gerhini pourra développer ses talents et s'efforcera de mériter que le public lui donne le temps de se former à la scène et d'approcher les grands modèles qu'elle a sous les yeux. »

On a lu plus haut que la signora Gerhini avait réahsé les espérances de la Direction.

Le samedi^ 27 Novembre^ on redonne Vltaliana in Londra (L 'Itahenne à Londres) pièce dans laquelle la signora Morichelli fait ses adieux au pubhc du Théâtre de MONSIEUR.

Après un couplet dans lequel la signora Monchelli avait été très applaudie et même trissée, elle s'avança vers le pubhc,

salua, voulut prendre la parole, mais fondit en larmes. Le public plus étonné qu'ému se mit à crier : Parlez ! Parlez !

Alors reprenant sang- froid et courage, la pauvre Morichelli put parvenir à dire, entre plusieurs sanglots : Si je ne reste pas parmi vous, Messieurs, c'est que M. Viotti, après m'avoir fait des propositions malhonnêtes, que j'ai repoussées, m'a fait mille misères, ce qui m'a contraint à rompre mon engagement.

On cria : A bas Viotti !... Une voix plus forte que les autres cria même : A bas le porc !... Puis on se tut et la pièce se termina au milieu d'un certain tumulte.

Mais, Mme Morichelli avait son mari, chef machiniste au Théâtre de MONSIEUR. Le mari alla trouver Viotti et le menaça d'un gros procès. Le scandale avait été pubhc, il fallait que la réparation le fût; Viotti, effrayé du bruit que cette affaire allait soulever, fit des excoiises au mari offensé et s'inchna, en prétendant que sa délicieuse dame s'était trompée sur ses honnêtes intentions.

Trois jours après, une annonce fut faite aux spectateurs, leur annonçant, que l'administration revenant sur sa décision, avait renouvelé l'engagement de Mme Morichelli.

Viotti, très rancunier, ne fit cependant plus jouer que très rarement sa réengagée par force, lui payant ses appointements à rien faire, ce qui doubla la rage du vindicatif imprésario.

Le 30 Novembre^ MM. Léonard et Viotti donnèrent la première représentation de : Le Retour aux Isles des Amis, ou Le Capitaine Cook, opéra en 2 actes par M. Le Seine des Maisons^ musique des plus Célèbres maîtres d'Italie.

L'administration avait fait de grands sacrifices pour « le montage » de cette pièce. De fort beaux décors avaient été brossés par les frères Gotti. De nombreux et très originaux costumes étaient sortis des atehers de couture de M. Marillier et de Mlle Michelet. M. Morichelli avait construit un bateau, sur lequel on voyait le capitaine Cook aborder les Iles Océaniennes, entouré d'un équipage composé de vingt et quelques matelots.

Tout cela n'empêcha pas le Capitaine Cook de faire naufrage, sous les sifflets de nombreux spectateurs, alléchés par les promesses de l'affiche et le bruit fait par les réclames lancées à l'avance.

Les journaux traitèrent la pièce de « médiocrité repoussante. »

Décembreil90.— Le Dimanche 5 Décembre, première représentation de : Alceste à la campagne, comédie en 3 actes et en vers de M. de Moustier.

Le principal défaut reproché à cette comédie fut d'être « trop morale )>. Le fait est assez rare dans les annales théâtrales de cette époque, où le genre grivois et même Hbidineux réussissait fort. Cependant l'ouvrage fut assez malmené, quoique fort bien écrit, et justement pensé.

Dans son journal : Les Réi^olutions de Paris, Fabre d'Eglantine en fit une satyre, grossière jusqu'à la maladresse.

Fabre d'Eglantine, qui ne s'appelait que Fabre, avait emprunté son surnom aux jeux floraux de Toulouse, lesquels dans sa jeunesse lui avaient décerné comme prix l'Eglantino triomphante. Puis, peu 6 peu, le jeune Fabre de l'Eglantine était devenu Fabre d'Eglantine.

11 avait alors quarante ans.

Cet auteur dramatique, qui était loin d'être sans valeur, n'avait aucune indulgence pour ses collègues. Et le doux auteur des gracieuses et piquantes Lettres à Emilie sur la mythologie, était de ceux qui, cependant, en méritaient beaucoup.

Cela n'empêcha pas la pièce d'avoir quelque retentissement auprès de la « partie douce, saine et judicieuse du public. »

Le 16 Décembre, première représentation de V Histoire Universelle, comédie en 2 actes et en vers, mêlée de vaudevilles et d'airs nouveaux, par le Cousin Jacques.

Il est sage de savoir discerner et étabhr une juste balance entre « les fausses exaltations et les déclivités voulues » des hommes de passions, appelés à juger les choses.

Les compte-rendus de cette pièce offrent un exemple de ce que je viens d'avancer.

Le Journal de Paris écrivit : « Cette pièce n'a pas réussi. Mais il y a quelques scènes agréables dans le premier acte, et la stérilité du sujet est sauvée par quelques jolis couplets. »

En second lieu, le Spectateur national disait :

« L'Histoire Universelle est la pièce la plus récréative, la plus faite de mots d'esprit, la plus garnie de jolis couplets, la plus fournie d'airs agréables à l'oreille, que le public ait été à même d'entendre depuis longtemps. »

D'une autre part, M. Des Bordes mentionnait dans un article qui parut plus tard :

« Cette pièce jouée quarante fois en huit mois, sur un théâtre, où il y a six mois de l'année consacrés au genre Italien, a plu autant à la quarantième représentation qu'à la première ; et toutes les fois qu'on la donne, elle est aussi vivement applaudie que le premier jour. »

Le respect et l'amour pour le Roi étaient tels, encore à cette époque, que l'acteur V allier e^ qui dans cette Histoire universelle jouait un aubergiste, voyait tous les soirs le couplet qu'il chantait à la fin de la pièce, bissé et trissé par le public.

Voici ce couplet, qui n'avait pas été chanté à la première représentation, dans la crainte qu'il n'excitât les murmures des ardents révolutionnaires :

Air : Jupiter un jour en fureur.

Il est temps de suivre la loi ; Plus de désordre et de licence.

Français, oubliant la vengeance

Imitons notre bon Roi.

Que LOUIS soit notre modèle Et que son penchant pour la paix Devienne en France à jamais [his]

L'Histoire universelle {bis).

UAlmanach général des Spectacles de Paris et de la Province fit paraître cette note :

« Les passages les plus déhcats de cette pièce ont été vivement sentis et applaudis ; et les acteurs, les plus naturels dans leur jeu ont été les plus goûtés. Ce qui prouve à la fois

plusieurs choses bien essentielles à retenir : Que le suffrage du Peuple quand il est libre — et il l'était là, bien plus qu'aux élections — est le seul suffrage de la nature ; que le seul vrai talent est le talent de la vérité; que les Français ont fait un grand pas dans l'art d'observer et de sentir ; et que ce bon peuple serait heureux et paisible, si des suggestions bien coupables ne cherchaient pas à l'égarer. »

Le jeudi 23 Décembre^ première représentation de La Bella Pescatrice, opéra italien, en 3 actes, musique del signor Guglielmi.

Viotti comptait beaucoup sur cet opéra, qui avait obtenu de nombreux succès sur les théâtres d'Italie. Il n'en fut pas de même à Paris ; l'ouvrage tomba net.

Le 24 Décembre^ veille de Noël, « par ordre de la Municipalité )), tous les théâtres, du plus petit au plus grand, donnent leur représentation « AU PROFIT DES PAUVRES. »

Le 30 Décembre^ début de la signora Dragoni dans le rôle de la Meunière^ de la Molinarella.

Et le 31 Décembre, clôture du Théâtre de MONSIEUR, à la salle de la Foire St-Germain, par VAlceste à la Campagne et V Histoire Universelle.

Ce soir-là, le Cousin Jacques composa un couplet de circonstance, relatif au transfert de la troupe à la nouvelle salle de la rue Feydeau, et ce fut M. Le Sage qui le chanta, dans son rôle de Gentil. Il dit sur l'air :

Jupiter un jour de fureur.

Messieurs, en vous chantant adieu, C'est au revoir que l'on veut dire.

Nous partons d'ici pour éHre

Domicile en autre lieu.

Là, nous redoublerons de zèle, En multipliant nos travaux ; Et vous referez, en bravos {bis).

L'Histoire universelle [his).

Ainsi se termina cette seconde année du Théâtre de MON- SIEUR, et de cette Révolution Française, si fertile en terribles événements, si pénible pour le plus grand nombre, si grosse de nuages sombres, lesquels s'amoncelaient peu à

peu à l'horizon politique, pour éclater avec fracas sur la tête des insouciants et des aveugles, incapables de prévoir les conséquences qui devaient en résulter et dont les imprévoyants insensés se riaient encore.

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