CHŒURS
VEcuyer.
Mm es
Denis.
Le Jeune.
Casser.
Bertet.
Rocourt.
Rondeau.
Thomas.
Genty.
Hinna.
Né dey.
Coutanceau
Le Breton .
Bénazekh.
Marcel.
Ces chœurs chantaient également les opéras ItaHens et Français. On ne pouvait en faire partie — je l'ai écrit déjà — qu'à la condition de solfier à livre ouvert. Parmi les hommes, on comptait des musiciens excellents et même des compositeurs de mérite.
Le souffleur-répétiteur et copiste était M. Armand de Lizarde.
Cet Armand de Lizarde était un fils d'excellente famille ; il avait été riche, et s'était fait ruiner par ses dissipations avec les trop jolies actrices dont il s'était créé le protecteur.
Un jour qu'on lui demandait : Pourquoi en aimez-vous tant à la fois ?.. Il avait grossièrement répondu : C'est pour être « plus cocu que les autres. »
Complètement ruiné, à bout de toutes ressources, il avait voulu se suicider en se pendant à un arbre du bois de Vincennes. Mais il avait été décroché à temps et s'était bien promis de ne plus recommencer. Alors, pour ne pas quitter complètement le théâtre, dans lequel il s'était complu à passer sa tapageuse et très joyeuse vie, il avait sollicité et obtenu, par l'entremise de Léonard^ lequel avait, dans les temps prospères, coiffé les nombreuses maîtresses de l'infortuné déchu, l'emploi modeste de souffleur.
Très intelhgent, il composait aussi des petites pièces de théâtre, qu'il vendait à des auteurs peu scrupuleux, lesquels les faisaient représenter sous leur nom.
Le souffleur de musique était M. Pascali, et le copiste spécial de musique^ M. Sauçan^ ancien secrétaire de musique de Monseigneur le Duc d'Orléans.
Parmi les débutants, au Théâtre de MONSIEUR, pour l'année 1791-92, nous citerons M. de Vigny^ comédien distin-
gué, qui devait tenir dans la nouvelle troupe sa place de premier amoureux, très honorablement.
M. Dorçille, baryton, avait été engagé pour doubler M. Martin, dont il était loin d'avoir la voix et la méthode ; mais il disait le poëme d'une façon très intelhgente.
M. Gavaudan, un acteur froid, mais un chanteur agréable, sans grande voix. Il possédait une diction très fine, une prononciation des plus correctes et une grande science de l'art du chant ; à ce point que « sans voix, il paraissait en avoir. »
M. Lanneau était un acteur de comédie plus que convenable et très apprécié pour la noblesse de son maintien, la distinction de son jeu, la justesse de sa diction, et un organe des plus agréables.
M. Juliet sortait du Théâtre- Franc aïs comique et lyrique, de la rue de Bondy,où il s'était acquis une très belle réputation, en jouant plus de cent fois de suite le rôle de Nicodème. C'était un acteur plein de naturel et de gaîté.
Passons aux actrices débutantes :
Une ancienne comédienne du Prince Henri de Prusse, Mme Doquer, débuta dans V Amour et V Intérêt, de M. Fabre d'Eglantine. Elle avait de la diction, de la finesse, portait grand et était fort belle ; mais on la trouva un peu maniérée, prétentieuse et provinciale.
Mlle Douté, jeune personne de dix-huit ans, était vive, sémillante et très johe. Indépendamment de ces qualités naturelles, elle possédait une gracieuse voix et une excellente prononciation.
Mlle Saint- James, qui avait passé par l'Opéra, avant d'aller à Nantes, et de venir débuter pour la première fois au Théâtre rfe MONSIEUR, était une belle personne, possédant une voix plutôt grande que johe ; mais au jeu froid et guindé. J'ai eu l'occasion déjà de parler de cette actrice, qui, certain soir qu'elle jouait, oublia de se présenter au théâtre, préférant, dit une feuille de l'époque, « les jeux de Cythère à ceux de Thahe. »
Elle rentrait au bercail, repentie, et — prétendait-elle — corrigée.
Mlle Théodora débuta comme duègne et réunit tous les
suffrages. On lui recommanda cependant de « moins précipiter son débit, en posant un peu plus sa diction. »
Le RÉGISSEUR de tout ce petit monde était, comme on l'a pu voir dans renonciation du tableau de la troupe, M. Démarest.
C'était un homme actif, intelligent, écouté, respecté des acteurs qu'il avait à instruire dans l'art du théâtre ; comprenant admirablement les jeux de la scène et le parti qu'on en pouvait tirer, susceptible de donner aux auteurs d'excellents conseils, et très apprécié de ses Directeurs.
Je reprends maintenant la liste du répertoire courant, pour la nouvelle année théâtrale :
Mai 1191.— Le dimanche S Mat, première représentation de la reprise : le Noiweaii Don Quichotte., opéra français en 2 actes, musique de M. Champein.
La Chronique de Paris dit, de cette reprise, dans son numéro du 14 mai :
« On vient de remettre au Théâtre de MONSIEUR, le Nouveau Don Quichotte. La musique — on le sait — est de M. Champein, qui, sous le régime des privilèges, avait été obligé de cacher son nom sous celui de Zingarelli. Le succès de cet ouvrage auquel on a fait beaucoup de changements, a été des plus complets. »
« On assure qu'on va représenter à ce théâtre de grands opéras. M. Boulet, dont les machines ont été si admirées depuis trente années à l'Opéra, y porte ses talents. M. Novarre y fera exécuter des ballets de sa composition. M. Dauheri'al, sa femme et Mlle Hilisberg y danseront. »
« Il est certain que rien ne sera plus agréable qu'un beau ballet d'action, après avoir entendu la superbe musique, si admirablement exécutée par les virtuoses Italiens, et qu'en y joignant le grand opéra Français et l'opéra-comique, on réunira dans un emplacement avantageux, tous les genres de plaisir, tous les moyens d'enchanter les oreilles et de charmer les yeux. Ce sera encore au régime de la Liberté que nous devrons ces nouvelles jouissances. »
Le {>endredi 20 Mai, première représentation de : La Scuola de Gélosi, opéra itahen, musique del signor Saliéri,
M. Brochi débute dans le rôle de Blasio.
Cette pièce eut peu de succès. On reprocha à la musique de manquer « de chant, d'intention et d'originalité. »
Un critique écrivit :
« On a distingué cependant un duo très bien en situation et qu'on a fait répéter ; un quinqué, qui aurait fait encore plus de plaisir, si l'on avait été mieux préparé à l'entendre ; et un trio charmant que l'on attribue à M. Mengozzi.
« L'acteur nouveau, M. Brochi, a du caractère, une bonne figure et du comique. Il pourra être fort utile à ce théâtre, où le public a paru le voir avec plaisir. M. Viganoni et Mme Morichelli ont chanté avec leur perfection ordinaire. »
Le mardi 24 mai, première représentation de Mirabeau à son lit de mort, fait historique en un acte, par M. Pujoulx.
Mirabeau, qui venait de mourir le 2 Avril précédent, était à l'ordre du jour. Aux Italiens, on avait donné Mirabeau aux Champs-Elysées ; au Théâtre de la Liberté (Foire St-Germain) on avait représenté : Le couronnement de Mirabeau aux Champs- Elysées ; au même Théâtre des Italiens, une seconde pièce intitulée VOmbre de Mirabeau ; au Théâtre Français comique et lyrique de la rue de Bondy, on avait donné V Immortalité, ou les actes de Mirabeau. Enfin tous les théâtres proclamaient les vertus du célèbre tribun. Si quelque imprudent eût osé parler de ses vices, il eût été mis en capilotade, ce qui eût été, du reste, fort compréhensible, les grands actes devant, dans la vie, dominer les méchants faits et les effacer entièrement.
Les nobles actions de l'existence d'un héros doivent s'inscrire sur le marbre, et ses faiblesses sur le sable mouvant des plages.
Le Théâtre de MONSIEUR, comme les autres, avait sacrifié au grand mort de la veille.
Voici ce que dit le Journal de Paris, de la pièce d'actualité représentée sur la scène de MM. Léonard et Viotti :
« L'effet de cette pièce est terrible. Le sentiment qu'elle excite n'est pas sans doute celui que l'on vient chercher au
théâtre ; mais le genre une fois excusé, on doit beaucoup d'éloges à la manière dont il est traité par l'auteur. Il a enchaîné avec beaucoup d'adresse tous les mots que cet homme célèbre a laissé échapper les derniers jours de sa vie. Mais, il parait un peu extraordinaire de voir représenter sur un théâtre, des personnes vivantes, bien connues et que l'on rencontre tous les jours dans la société, comme M. Cabanis, M. de la Marck^ M. VEçêque d'Autun, etc., etc. On a rendu jusqu'aux cris du peuple qu'on entend de la rue, demander des nouvelles de Mirabeau, et qui sont peut-être, pour le spectateur, ce qu'il y a de plus déchirant. »
« L'auteur n'a pas oublié le désespoir de M. Combes, qui l'a entraîné au point d'attenter à sa vie. Il a peint son délire avec la plus grande énergie, augmentée encore par la manière dont l'acteur, M. de Vigny, l'a rendu. La pièce a eu le plus grand succès, et elle est de nature à n'en avoir pas un équivoque. »
« On a demandé l'auteur, qui n'a pas voulu paraître ; on a nommé M. Pujoulx, auteur du Coiwent, que l'on joue au même théâtre et de quelques autres pièces qui ont réussi au Théâtre Italien. »
On voyait encore en scène dans cette pièce, MM. Frochot et Petit, parfaitement vivants, et qui vinrent eux-mêmes dans la salle se voir passer sur la scène.
Dès la seconde représentation, M. Frochot, prévenu qu'il avait été introduit dans la pièce, tint à se montrer au public, et s'écria tout haut en voyant entrer le comédien Bertille qui le représentait : « Mais je n'ai jamais été si vilain et si commun que ce Monsieur. »
Ce qui excita une grande hilarité.
M. Barçille écrivit le lendemain à M. Frochot :
« Si ridicule que je puisse être, en vous représentant. Monsieur, avouez qu'hier l'original l'a été beaucoup plus que la copie. »
M. Frochot répondit à M. Bandlle :
« J'avoue, Monsieur, que vous êtes absolument dans le vrai. »
Les acteurs jouant dans la pièce étaient MM. d'Alainval^ Chevalier., Gaçaux, Banville, Pèlissier et De Vigny.
Le 26 Mai, le S^ Bellemont^ qui venait du Théâtre de la Montansier, avait débuté dans le rôle de Manquinados^ du Nouveau Don Quichotte.
Sa voix parut « sèche et tout à fait ignorante de l'art du chant». Néanmoins, il fut applaudi, parce que — dit un journaliste — « un débutant qui a de l'intelligence et du jeu est toujours intéressant. »
Juin 1791. — Le mercredi 1^^ /tim, première représentation de: Le V endémie (Les Vendanges)., opéra itahen, musique del signor Giuseppe Gazzaniga.
M. Simoni débute par le rôle du Marquis.
Cet opéra fut le premier grand succès que remporta la troupe Itahenne dans la nouvelle salle de la rue Louvois. Le sujet était tiré d'une comédie de Destouches : La force du naturel.
Après avoir été représentée en France avec beaucoup de succès, la pièce avait été traduite en Itahen sous le titre de : Le Vendemie. Elle fut plus tard retraduite en français sous le titre de : Les Vendanges., sans qu'il ne fût plus question du pauvre auteur français, lequel, du reste, était mort en 1754.
La musique del signor Gazzaniga fut jugée « pleine de gaité, de grâces, de naturel et d'une mélodie charmante. »
On avait ajouté à la partition du maître — il en était ainsi à cette époque — quelques morceaux du plus grand effet. Entre autres un air « délicieux » de M. Mengozzi, admirablement chanté par Aille Baletti., et un sextuor de M. Chéruhini « qui est peut-être la plus belle chose qu'on ait entendue à ce théâtre. »
M. Simoni fit le plus grand plaisir comme acteur et comme chanteur. « On peut le regarder comme une des meilleures acquisitions de MM. Léonard et Viotti. »
Le jeudi 9 Juin, première représentation de : Encore des MénechmeSj comédie en 3 actes, en prose, par M. Picard.
Cette pièce obtint du succès. Son titre « prévenait le reproche qu'on eût pu faire à l'auteur d'avoir choisi un sujet usé. »
Dès cette époque on déclarait, usès^ les imbroglios par quiproquos.
La pièce fut très bien interprétée par MM. Paillardelle, Chevalier, Pélissier, de Vigny, Mongottier Folleçille, et par Mmes Josset et Dûment. Ce fut — dit La Chronique de Paris — le plus grand motif de sa réussite.
Le mardi 14 Juin, première représentation de La Nuit espagnole, opéra français en 2 actes, en prose, musique de M. Persuis.
La musique avait beaucoup plus de valeur que n'en possédait le poëme, lequel fut néanmoins assez applaudi.
Or, cette Nuit espagnole n'était autre que La Nuit de Grenade, comédie donnée à ce même théâtre, deux ans auparavant, en 1789. L'auteur l'avait transformée en un opéracomique.
C'était le début au théâtre du musicien Persuis. On reprocha à sa musique de « manquer de couleur dramatique, de nuances et surtout de chant. »
Les principaux rôles furent cependant très bien rendue par MM. V allier e. Canaux, Château fort, Belmont, et par Mlles Verteuil, Parisot et Dumont.
Sur la demande que fit le public de voir les auteurs, M. V allier e déclara anonyme l'auteur des paroles. Quant à M, Persuis, il se présenta sur la scène, aux deux premières représentations.
A la troisième, rappelé de même, il se présenta à nouveau ; mais un strident coup de sifflet lui fit comprendre toute l'inconséquence de sa maladresse. Il se redressa, salua le siffleur, sortit de scène et ne reparut plus au théâtre.
Le 24 Juin, le Théâtre de MONSIEUR cesse pour la première fois d'être annoncé sur l'affiche sous cette appellation et prend celle de :