THÉÂTRE FRANÇAIS ET ITALIEN DE LA RUE FEYDEAU
Comment l'associé de Viotti, le véritable fondateur du r/îéa^re c?e MONSIEUR, Léonard Autié, avait-il pu se résoudre à voir ainsi changer l'enseigne qu'il avait créée, trouvée, caressée avec tant de soins ; par laquelle il avait triomphé ; pour laquelle il avait tant lutté, tant vaincu. Cela, on doit bien le penser, ne s'était pas exécuté tout seuL Léonard avait eu à soutenir de fortes discussions avec son associé avant d'en arriver à céder complètement sur le changement de titre de son cher théâtre.
Mais, on n'ignorait pas, dans le flot populaire, que son frère, Jean-François Léonard, avait accompagné, devancé même, en la compagnie de M. de Choiseul, la fuite du Roi et de la Reine à Varennes ; qu'il était même chargé de porter à l'étranger les diamants de la couronne afin de les mettre en sûreté ; ce dont il eut fort à se repentir par la suite,puisqu'on l'accusa de les avoir volés ; accusation des plus fausses, ainsi qu'a su le démontrer victorieusement M. Gustave Lenôtre, dans son livre si captivant, si savamment documenté du Drame de Varennes.
Bref, le nom de Léonard était devenu fort impopulaire ; ceux même qui savaient que le Directeur de Feydeau ne pouvait être un instant confondu avec son frère, le coëiïeur de Marie-Antoinette, n'en concluaient pas moins : Il est de la famille, il devait tout savoir.
Viotti, brutal dans ses paroles, comme profondément ingrat et égoïste dans ses actions, avait dit à son associé : Votre nom est compromettant pour les intérêts de notre théâtre ; vous devriez vous retirer.
Léonard, qui adorait son œuvre, car il se déclarait hautement et glorieusement le seul père du Théâtre de MONSIEUR, avait répondu : « Jamais ! »
Cependant un soir, que Léonard était au contrôle, un spectateur, s'adressant directement à lui, l'avait interpellé ainsi : — «Qu'est-ce que tu fais là, méchant perruquier ? Va donc surveiller les intérêts de ta Reine aux Tuileries. Tu y seras en pays de connaissance. »
Abreuvé de dégoût, il finit par consentir à ce que le nom
de MONSIEUR disparût du fronton de son théâtre et de ses affiches.
Aussi, à la date du 28 Juin^ dans la Chronique de Paris put-on Hre :
(( Nous avions plusieurs fois demandé que le théâtre dit de MONSIEUR changeât son nom si ridicule. Ce que la raison n'a pu obtenir, vient d'être fait par un sentiment d'indignation. Il vient de prendre le titre de :