‹ Théâtre de "Monsieur"Chapitre 23 sur 24 · THEATRE FRANÇAIS ET OPÉRA BUFFA · texte numérisé non relu

THEATRE FRANÇAIS ET OPÉRA BUFFA

La haine contre la royauté était devenue telle qu'un jour le peuple s'amassa devant la boutique d'un boucher dont l'enseigne était : Au Bœuf couronné ! et fit, séance tenante, effacer le mot couronné et la couronne dont la tête du bœuf était ornée.

Quand le retour du Roi, après la fuite de Varennes, avait été annoncé, le comédien Grammont-Nourry^ qui avait appartenu à la Comédie-Française, grand ami de Santerre et son aide de camp, avait fait placarder dans tout le faubourg Saint- Antoine une affiche ainsi rédigée : « Quiconque applaudira le Roi, serabâtonné ; quiconque l'insultera, sera pendu ! »

C'était un exalté sanguinaire, que ce Grammont-Nourry^ un farouche cabotin, une sorte de fou avec le verbe haut, la parole facile, entraînante, toujours prêt à haranguer pour soulever les foules contre toute autorité qui n'était pas la sienne. Il s'était fait l'inséparable de Santerre, le terrible brasseur crapuleux, qui avait été nommé Général de la garde nationale.

Grammont commandait l'escorte qui, plus tard, conduisit Marie-Antoinette à l'échafaud ; lâche et ingrat, il devait pousser l'ignominie jusqu'à insulter, pendant le long parcours que suivit la monstrueuse charrette, celle qui avait été sa protectrice ; car c'est à elle qu'il devait d'avoir été réintégré à la Comédie-Française.

Il n'était pas, parait-il, sans talent, mais s'en croyait beaucoup plus qu'il n'en possédait réellement. Il rappelait de loin, de très loin, le puissant Lekain ; c'était son plus grand mérite.

Il avait dit un jour aux comédiens du Théâtre de MON- SIEUR : Votre théâtre est un repaire d '^aristocrates. Vous y passerez tous ; ou, l'on vous fermera.

Il s'était dès lors employé à dénoncer successivement

Léonard, Viotti, le régisseur Démarest, V allier es et tutti quanti.

Démarest, qui était une sorte d'hercule, lui avait dit : — «Monsieur Grammont, le jour où mon théâtre sera fermé et qu'il me sera prouvé que c'est vous, qui, par vos misérables menées, serez parvenu à nous mettre sur le pavé, ce jourlà, je vous casserai les reins. »

Grammont n'était pas parvenu à faire fermer le théâtre, bien qu'il eût tout fait pour cela ; mais il était de ceux qui avaient obtenu qu'on en transformât le titre.

Son fils, dont il avait refusé de faire un comédien, mais dont il avait exalté la tête, en lui inspirant ses fatales idées, et en le lançant à corps perdu dans la tourmente révolutionnaire, mourut sur l'échafaud en 1794, le même jour que lui, maudissant sur la charrette sanglante son père de l'avoir amené là où il était. Ils furent exécutés en la compagnie de VE^êque Gobel, et des veuves Hébert et Camille Desmoulins. Cette dernière, indignée des violences dont un fils osait accabler son père, quel qu'il fût, voulut imposer silence au forcené ; celui-ci reporta sa colère sur elle et l'accabla d'injures.

Grammont-Nourry était né en 1750, à La Rochelle.

Enfin, à la date du 4 juillet, le titre du théâtre de VOpéra- Bouffa se modifia de nouveau et devint :

THÉÂTRE DE LA RUE FEYDEAU (ci-devant de MONSIEUR).

Mais cette enfilade de mots était, même à cette époque, trop longue à prononcer pour les Parisiens, qui de tout temps ont aimé à raccourcir les dénominations et transforment encore de nos jours le Boulevard St-Michel en Boulmiche, les Délassements-Comiques en Délasscom ; et les Folies-Bergère en Foïberges ; on ne tarda pas à désigner l'ancien Théâtre de MONSIEUR sous le nom plus simple de

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